apre etre rentree a rangoun, ma ville natale, et avoir vu les victimes de mes propres yeux, je ne peux que dire « merci, Jane, de tout mon cœur, de la part de ceux qui souffrent dans mon pays natal, pour tes efforts, pour ton courage, et pour ton amour pour le peuple birman ! ».
je me disais, avant de rentrer a rangoun, que je connaisais la situation mieux que les autres (les non-birmans)puisque je suis une birmane et je connais tres bien mon gouvernement (j’ai vecu 30 ans en Birmanie), a quel point ils peuvent etre ... (j’ai pas reussi a trouver un adjectif pour decrire ce gouvernement qui tue son peuple) !
quand je suis arrivee a rangoun il y a un mois, je me suis dit « oh la, c’est pire que je le croyais ».
quand j’ai vu ma copine qui travaille benevolement dans le delta pour les victimes du cyclone et quand elle m’a raconte la situation actuelle, j’etais stupefaite et je n’arretais pas de dire « quelle horreur ! comment ils osent le faire ? ».
eh la ma copine m’a demande une seule question « tu n’es pas birmane ? »
et oui je suis une birmane et donc tout simplement je n’aurais pas du etre etonnee quand elle dit que les biscuits sont revendus dans les marches, que les benevoles humanitaires locals doivent distribuer aux victimes seulement dans la nuit pas pour etre arretes, et que c’est tres dangereux pour descendre le long du riviere dans la nuit en bateaux mais ils n’ont pas de choix puisque les bateaux a rames ne font pas de bruit.
elle me dit aussi « Pour connaitre VRAIMENT la situation, faut que tu Y ailles, sort de Rangoun, et ecoute, regarde et vis avec les victimes. Sinon tu serais comme une expate de l’ONU qui se croit tout connaitre mais en realite, RIEN ! »
je me mefiais des photos des generaux avec les victimes qu’on voyait dans les journaux, je me mefiais surtout des visites de Ghanbari, de ban ki-moon puisqu’ils se croient connaitre la situation. je ne suis pas une ingrate mais on ne voit tjrs pas le resultat apres leurs visites. jusqu’a quand on doit attendre ?? en plus aung san suu kyi n’est pas immortelle.
vous allez peut-etre vous dire, « alors, descends dans la rue ma fille ! bats-toi pour avoir ta liberte ! ».
mais appelez-moi une lache si vous voulez mais moi je connais trop bien mon gouvernement pour descendre dans la rue.
tout ca, c’est pour vous dire que la situation est 100 fois pire que vous le croyez, vous la lisez dans les journaux. et aussi pour dire « un grand merci » a tous ceux qui font des efforts pour sauver mon peuple in one way or another.
et surtout pour vous demander de ne pas oublier les gens courageux qui vivent DANS le pays et qui font de leur mieux pour sauver leur peuple malgre la tyrannie !!
voici un poeme, traduit par une amie, apres la manif en septembre.
« L’irrawaddy dans les rues » par Phone Min Zun
Je ne pleure pas maman
dans ma petite cellule
en me demandant ce que j’ai fait de mal.
J’ai du mal à respirer, maman.
Premier jour -
l’echo des chants des moines
comblait les rues de birmanie.
En applaudisant les moines courageux,
mes pieds étaient ancrés par la peur, maman.
Deuxieme jour-
en admirant les moines mouillés et pieds nus
j’avais des larmes aux yeux, maman.
Il y avait une Irrawaddy safran dans les rues,
je suis enfin devenu l’ Irrawaddy moi aussi, maman.
Le lendemain -
tout simplement, maman
pour les moines qui manifestent
malgré la pluie et la fatigue,
j’ai fait tout ce que j’ai pu pour eux.
Je suis sûr que tu en seras fière, maman.
Il n’est pire fou que celui qui est fou de pouvoir.
Le pire, c’est ce fou qui donne des ordres
aux militaires qui lui obéissent à tout prix.
En plus ils ont des armes dans les mains,
c’est très inquiétant, maman.
Mais comment peut -on laisser notre future
dans les mains de ces monstres ?
Dis-le moi, maman !
Ô maman
Les esprits des moines martyres
viennent me parler de la non violence dans ma cellule ;
Leurs cadavres sont couverts de blessures, maman.
En effet, maman,
avant que les monstres ne tirent
sur ces robes safranes,
les rues étaient emplies des chants des moines, maman.
Ô maman
Il y a aussi l’esprit d’un étudiant,
mort à cause d’une balle dans le cœur,
qui vient me parler dans ma celulle.
"J’ai rendu hommage aux moines
je leur ai donné des offrandes,
j’ai récité des prêches de Bouddha.
Voilà tout ce que j’ai fait.
A part ça, je n’ai fait rien de mal,
je n’ai pas mérité cette balle dans mon cœur ..."
Je ne sais pas quoi lui dire, maman.
C’est vrai, maman,
on a suivi les moines malgré notre peur.
C’est ce qu’on devait faire pour notre peuple, maman.
Avec très peu d’espoirs,
on est descendu dans les rues ;
les chemises blanches des étudiants
sont devenues tout rouges
à cause de ces monstres, maman.
Ô maman
Pendant ces jours,
les pagodes sont devenues des cimitières de moines.
Il y coulait aussi le sang des étudiants.
J’étais horrifié, maman.
Ô maman
Pour avoir un changement, on doit sacrifier des gens.
J’en ai entendu parler,
mais demande-leur à ma place
jusqu’où on doit sacrifier ;
il ne reste plus beaucoup de gens chez nous, maman.
Malgré les flingues prêts à tirer,
les bâtons aux coins des rues,
je suis sûr d’une chose :
peu importe combien ils tuent,
peu importe combien ils torturent,
il y aura toujours une Irrawaddy rouge
qui coulera dans notre cœur, maman.
(En mémoire de tous ceux qui sont tombés pour que d’autres aient accès à la liberté...)
Répondre à ce message