Toutes les forces armées impliquées dans le conflit en RDC ont commis des viols et des actes de violences sexuelles, y compris les forces armées gouvernementales de la RDC, du Rwanda, du Burundi et de l’Ouganda. Ces viols sont perpétrés parce que les forces qui les commettent bénéficient d’une impunité quasi absolue. Les auteurs de viols ne risquent que rarement des sanctions judiciaires ou disciplinaires. De nombreux combattants semblent considérer le viol comme un « butin » de guerre. Les violences sexuelles sont aussi généralement accompagnées par la destruction systématique des moyens de subsistance économique des victimes dont les biens sont pillés et les maisons incendiées.
Le viol : une arme de guerre
La superstition et le fétichisme constituent une autre motivation chez certains combattants qui semblent croire que le fait d’avoir des relations sexuelles avec un enfant pré-pubère ou une femme ménopausée les immunisera contre des maladies, notamment le VIH/sida, les guérira s’ils ont déjà contracté le VIH, les protègera contre des blessures ou la mort durant le combat ou encore les renforcera par d’autres moyens. Au-delà des motivations individuelles, le viol semble avoir été fréquemment utilisé en RDC comme une stratégie délibérée de guerre. Ces actes ont été perpétrés au moins dans certains cas avec l’encouragement ou sur l’ordre de commandants militaires. En ayant recours à la violence sexuelle, les groupes armés ont cherché à déstabiliser les forces qu’ils combattaient en terrorisant et humiliant les hommes, les femmes et les enfants de la communauté à laquelle, croyaient-ils, leurs adversaires appartenaient. Le viol est également utilisé à titre de représailles contre des personnes, des familles ou des communautés. Cela a parfois conduit les groupes armés à commettre des exactions, notamment des viols, contre des membres de leur propre communauté. Les auteurs de ces viols ont également cherché à attaquer les valeurs fondamentales et la structure sociale de la communauté notamment en humiliant et en rabaissant au maximum la victime et les témoins de ces actes. De nombreux cas font état du viol d’une mère et de ses filles perpétré devant leur famille, de viols de masse, de viols en public ou de victimes contraintes d’avoir des relations sexuelles avec des membres de leur famille. Des brutalités et des cruautés inimaginables accompagnent souvent ces viols. Dans certains cas et dans certaines régions de la RDC, la violence sexuelle a une dimension clairement ethnique et les combattants choisissent sciemment leurs victimes au sein d’un groupe ethnique « ennemi ». Les combattants commettent également des viols afin de s’assurer, par la peur et l’intimidation, le contrôle des populations vivant sur le territoire qu’ils cherchent à occuper. Leur objectif majeur est de contrôler ou de maintenir leur contrôle sur des territoires qui sont riches en ressources naturelles telles que le diamant, l’or et le coltan
« cela n’a aucune importance » : un auteur de viol
Toutes les couches de la population dans l’est de la RDC sont touchées par la violence sexuelle. Les victimes sont issues de tous les groupes ethniques, de tous les niveaux sociaux, de tous les groupes d’âge, et de zones aussi bien urbaines que rurales. Dans certaines régions, les viols d’hommes et de jeunes garçons sont fréquents.
Les femmes et les jeunes filles sont attaquées sur les routes, dans les champs ou chez elles. Des enfants se trouvant sur le chemin de l’école ainsi que des familles allant à l’église ont été victimes d’agressions. Dans de nombreuses régions, les femmes et les jeunes filles ne peuvent marcher seules ou même en groupe de peur d’être attaquées et souvent elles ont renoncé à se rendre au marché ou à aller chercher de l’eau. Si d’autres membres de la famille protestent ou tentent de protéger les femmes, ils sont tués ou passés à tabac. Le viol est également souvent accompagné du pillage des biens du foyer ou des biens que les femmes transportaient. Après les avoir violées, les combattants forcent parfois les victimes à transporter les biens pillés.
L’immense population des personnes déplacées constitue un autre groupe à risques. En effet, ces personnes sont forcées de vivre dans des camps de fortune ou des maisons vides ou sont condamnées à vivre dans la forêt, sans-abri, sans eau, nourriture ou vêtements. Ne bénéficiant d’aucune sécurité, elles sont fréquemment victimes d’agressions sexuelles. L’éclatement généralisé des structures familiales à l’est de la RDC qui a été provoqué par le conflit armé a rendu de plus en plus d’enfants vulnérables à des attaques.
Blessures physiques et psychiques
De nombreuses victimes de viol souffrent de prolapsus utérins (la descente de l’utérus dans le vagin, ou au-delà), de fistules vésico-vaginales ou recto vaginales et d’autres blessures affectant le système reproducteur ou le rectum, qui s’accompagnent souvent de saignements ou de suintements internes ou externes. Les fistules provoquent l’incontinence urinaire et fécale, difficile à dissimuler à l’entourage, ce qui augmente le sentiment de détresse de la victime. D’autres blessures, telles que la fracture du pelvis, qui survient lorsque le viol s’accompagne de violences extrêmes, sont assez répandues. Dans de nombreux cas, la vie sexuelle des victimes est affectée à long terme. Celles-ci peuvent devenir stériles ou avoir des difficultés à avoir des relations sexuelles normales pour des raisons aussi bien physiques que psychologiques. Les menstruations peuvent durer plus longtemps et être accompagnées de graves douleurs et même disparaître. La reconstruction chirurgicale des organes sexuels en particulier peut nécessiter plusieurs opérations plus ou moins coûteuses. Cependant, dans les circonstances actuelles en RDC, peu de femmes ont accès à des soins dignes de ce nom, en raison du non fonctionnement des centres de soins et des hôpitaux qui manquent d’équipement, de médicaments, et de personnel médical compétent. Dans tout le pays, seuls deux hôpitaux gérés ou fortement soutenus par des ONG humanitaires internationales ont actuellement la capacité et les compétences pour soigner les victimes de viol, et ils ne peuvent traiter qu’une infime partie de celles qui en ont besoin. Il arrive que les femmes qui tombent enceintes à la suite d’un viol meurent en couches, à la suite de complications qui pourraient facilement être évitées si des soins adéquats leur étaient dispensés. Le taux de mortalité infantile et celui des mères en RDC sont parmi les plus élevés au monde. Les conséquences psychologiques pour les victimes de violence sexuelle sont nombreuses : troubles émotionnels tels que la dépression, syndrome de stress post-traumatique, choc, sentiments intenses de terreur, de rage, de honte, perte de l’estime de soi, sentiment de culpabilité, pertes de mémoire, cauchemars ou flashbacks de l’agression pendant la journée. Ces troubles se manifestent par des symptômes physiques comme des maux de tête, des nausées, des douleurs au ventre, des rougeurs, des dysfonctionnements sexuels, des insomnies ou de la fatigue. Plusieurs de ces symptômes peuvent se manifester simultanément. Les sentiments de peur, de colère, et d’anxiété peuvent s’exprimer par des pleurs, des rires, ou une grande agitation ; chez certaines femmes, ils peuvent s’exprimer par de l’indifférence ou de l’apathie. Ces effets ont tendance à durer pendant des années. En RDC, le soutien et les traitements thérapeutiques sont quasiment inexistants, exception faite du soutien psychologique donné de manière informelle par des associations de femmes congolaises qui luttent contre le viol et d’un très petit nombre de psychologues d’ONG internationales. Les problèmes de santé mentale des victimes sont en outre aggravés par la peur d’être répudiées par leur mari ou rejetées par leur famille ou leur communauté. La peur d’avoir contracté le virus du sida ou d’autres IST, ou encore de tomber enceinte contre leur gré intensifie encore le traumatisme.
Témoignages
Stéphanie âgée de soixante-douze ans et vivant dans la province du Maniema, fait partie des femmes âgées victimes de viol que les délégués d’Amnesty International ont rencontrées. En septembre 2003 elle a été enlevée par un groupe de Maï maï qui l’ont détenue durant trois mois. Elle a raconté à Amnesty International : « J’étais violée chaque jour. Parfois même, par trois hommes. Lorsque nous tentions de refuser, ils nous frappaient. Ils ont également introduit des bouts de bois dans mon vagin. Maintenant je souffre d’un prolapsus utérin. Ils nous ont toutes traitées de la même manière quel que soit notre âge. Je leur disais : ’Je suis vieille, tuez-moi et laissez partir les autres’. Ils m’ont relâchée lorsque mon frère leur a envoyé une petite chèvre. Mais les autres sont encore là-bas. »
Rose est âgée de quatorze ans. Elle a été recrutée par les Maï maï dans le Sud-Kivu lorsqu’elle avait onze ans. Elle a survécu à des combats au cours desquels certains de ses amis, notamment d’autres enfants soldates, ont été tués. La nuit, elle était violée par le commandant de son unité. « Il disait qu’en ayant des relations sexuelles avec moi, il serait protégé sur le champ de bataille. » Elle est tombée enceinte à la suite d’un de ces viols et a donné naissance à un bébé en brousse. Mais après huit mois, le bébé est tombé malade et, ne pouvant bénéficier d’autres traitements que des médicaments « traditionnels » concoctés avec des herbes et des feuilles, il est mort. Rose s’est alors enfuie et a trouvé abri auprès d’une organisation locale de défense des droits de l’enfant qui l’a aidée à retrouver sa famille et à retourner à la vie civile.
Marguerite est une veuve âgée de quarante ans. Elle a raconté à Amnesty International qu’en octobre 2002 deux membres d’un groupe rebelle burundais ont pénétré de force chez elle une nuit et l’ont violée. « Ils m’ont conduite devant mes enfants et ont commencé à me violer. Frédéric, mon fils de huit ans, était très effrayé et il a commencé à pleurer et à crier. Les soldats, qui étaient en train de me violer, se sont tournés et ils l’ont abattu... Avant de partir, ils ont mis le feu à la maison. »
Bernadette, âgée de quarante ans, est tombée gravement malade après avoir été violée une première fois en octobre 2002. « Comme il n’y a pas de médicaments dans le centre de soins local, j’ai dû marcher jusqu’à la ville pour recevoir des soins. Sur la route, j’ai été arrêtée par deux soldats. Je leur ai dit que j’étais malade et que j’allais me faire soigner parce que j’avais été violée. Mais l’un d’eux m’a dit : ’Cela n’a aucune importance’ et ils m’ont jetée là, par terre, sur la route et m’ont violée à nouveau. Depuis lors je ne peux plus dormir. Je ne cesse de revivre ce qui m’est arrivé et j’ai peur que cela ne m’arrive à nouveau... ». Bernadette a finalement reçu des soins médicaux grâce à une organisation internationale mais elle continue à souffrir de graves douleurs au ventre. « Parfois les saignements de mes règles durent un mois entier », a-t-elle dit à Amnesty International. Les hommes qui l’ont violée lui ont pris tous ses biens. Démunie, elle et ses enfants sont actuellement déplacés dans l’une des principales villes de la province du Sud-Kivu.
Christine, alors âgée de vingt-quatre ans se rendait par la route à un enterrement en juin 2000 lorsqu’elle a été conduite de force dans la brousse par un soldat appartenant apparemment au RCD-Goma. L’homme l’a violée puis a tiré plusieurs balles de son fusil automatique dans son vagin. Les balles ont détruit une bonne partie du vagin, de l’utérus et de la vessie. Elle est restée par terre dans la brousse durant près de trois heures, saignant abondamment et perdant régulièrement connaissance avant que de l’aide n’arrive. Elle a, par la suite, subi quatre opérations destinées à reconstruire ses organes de reproduction mais ces opérations n’ont pas pleinement réussi. Elle est restée incontinente, a été abandonnée par son mari et expulsée de son logement « à cause de l’odeur ». Une dernière opération, menée en février 2002, a réussi et Christine commence à récupérer et a repris ses études . Mais elle continue d’avoir très peur à l’idée de retourner dans sa région d’origine où l’attaque a eu lieu et, a-t-elle dit, « lorsque je pense à ce qui m’est arrivé, cela me blesse au plus profond de moi. » En juillet 2004, Christine a réussi son diplôme national et cherche maintenant à devenir médecin parce que elle a « connu tellement de femmes qui ont été violées et n’ont reçu aucune aide ».
Nadine, âgée de quarante-deux, se rendait dans les champs avec ses trois filles âgées de douze, quinze et vingt ans lorsque des combattants Maï maï venus de Katambe les ont attaquées et les ont emmenées dans leur camp situé dans la forêt. Là, Nadine a été séparée de ses filles. « C’était très difficile. Chaque jour, ils violaient les femmes le matin, à midi et le soir et ils nous frappaient en même temps. Mais le pire cela a été lorsque j’ai appris qu’après qu’ils nous ont séparées, mes filles ont tenté de résister au viol et l’un des soldats leur a tranché la gorge à toutes les trois. Je ne pense pas que je puisse survivre après cela. Mon mari m’en veut encore, il m’a déshéritée et dit que tout cela est de ma faute. »
Judith, âgée de vingt-cinq, a été violée par dix combattants en décembre 2002. Depuis le viol, elle est tombée très malade et craint d’avoir contracté le VIH. « J’ai constamment mal au ventre et je souffre de diarrhée. C’est comme si mes jambes ne fonctionnaient plus, et je sais que je perds du poids ». Elle est extrêmement inquiète de ne plus avoir de menstruations et pense que c’est pour cela qu’elle a des crampes si douloureuses dans le ventre. Mais elle veut que les gens se souviennent de son histoire. « Ils devraient savoir cela, ils devraient me regarder ».
Joachim est un pêcheur qui vit près de Baraka dans le territoire de Fizi. Âgé de quarante-six ans, il est marié et a huit enfants. « Il y a quelques mois, je marchais avec un ami dans la colline pour aller vendre du poisson, lorsque nous avons croisé des rebelles burundais sur la route. Ils étaient très nombreux ; ils nous ont jetés à terre et nous ont violés. Ils nous ont dépouillés de tout ce que nous avions, même de nos vêtements et nous ont laissés nus sur la route. Lorsque nous sommes arrivés à un village, des gens nous ont donné des habits. De retour chez nous, des parents ont collecté de l’argent pour nous permettre de nous rendre à Uvira pour y être soignés. Mais depuis lors, j’éprouve des douleurs dans la partie inférieure de mon corps. Les soldats nous ont dépouillés de tout, je n’ai donc plus de matériel de pêche et ne peux vendre du poisson. Je ne peux payer maintenant les frais scolaires de mes enfants. Je sens que les membres de ma communauté me regardent avec mépris. Lorsque je parle avec d’autres hommes, ils me regardent comme si je ne valais plus rien. »
Pétition
Amnesty International, 9 rue Berckmans - 1060 Bruxelles
Merci de reproduire la pétition ci-dessous et de nous la renvoyer. Nous l’adresserons de votre part au gouvernement de la RDC. A l’attention de Son Excellence Général Major Joseph KABILA
Monsieur le Président ,
J’ai pris connaissance des terribles souffrances endurées par quantité de victimes qui ont subi un viol dans votre pays. Je vous fais part de ma vive préoccupation quant à l’absence de traitement adéquat pour ces fillettes, femmes et hommes concernés par ces violences..
Je vous demande donc de o donner des instructions claires à toutes les forces armées afin qu’elles cessent toutes les formes de violence sexuelle et qu’elles relèvent de leurs fonctions tous ceux qui seraient impliqués dans de telles agressions ; o mettre un terme à l’impunité dont bénéficient les auteurs de viols ou d’autres violences en menant une enquête rapide et impartiale sur tous les faits rapportés, en traduisant en justice les responsables présumés dans le respect des engagements internationaux en matière de droits humains et en permettant aux victimes d’obtenir une réparation complète ; o organiser, en partenariat avec les donateurs internationaux, un programme médical d’urgence pour les personnes ayant subi un viol dans l’est de la RDC, ainsi qu’une mission d’experts pour l’évaluation des besoins prioritaires du système de santé de la RDC.
Dans l’espoir d’une réponse positive à ma requête, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président l’expression de ma haute considération.
Nom : Prénom : Adresse :
Signature :
Des mots d’encouragement bienvenus
Adressez une carte postale et des mots d’espoir à :
Madame Chantal Andjelani Kakozi SOFIBEF P.O. Box 1345 Kigoma TANZANIA
La SOFIBEF-FIZI est une organisation de femmes du Sud-Kivu qui aide les victimes des violences sexuelles. Elle accueille les femmes qui viennent de tous les coins de la région, après avoir parfois marché trois ou quatre jours en étant malades et blessées. Elles reçoivent de premiers soins mais les médicaments, la nourriture, le savon et la place manquent cruellement. Lorsque les femmes acceptent, leurs témoignages sont enregistrés pour être éventuellement portés un jour devant la justice. Enfin, les membres de l’association essaient d’intervenir auprès des familles et des maris qui rejettent ces femmes qui ont subi de tels sévices. La région étant toujours très insécurisée, les membres de cette organisation travaillent dans des circonstances difficiles et parfois dangereuses. Elles ont été menacées à plusieurs reprises.
Le Kivu, région à l’Est de la RDC, est le théâtre d’affrontements sanglants qui opposent différents groupes armés depuis cinq ans. D’après une estimation du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires, quelque 5 000 femmes ont été violées dans la province du Sud-Kivu entre octobre 2002 et février 2003, soit une moyenne de 40 par jour. Dans bien des cas, les victimes de viols ont été délibérément blessées ou tuées. Des milliers de femmes et de fillettes ont été enlevées ou contraintes par une extrême pauvreté à devenir des esclaves sexuelles ou des combattantes envoyées en première ligne des affrontements. A cela, il faut ajouter le risque de contamination par le sida.





1 Message