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Halte à la violence à l’encontre des femmes

vendredi 2 avril 2004

Battues, violées, torturées, mutilées, harcelées ...

Trois femmes sur cinq sont victimes de la violence dans le monde(*).

Ce chiffre semble tout simplement incroyable, n’est-ce pas ?

De prime abord, on pourrait penser qu’il s’agit là de femmes qui vivent dans des contrées où les mœurs imposent encore une forme de discrimination inscrite au plus profond des mentalités.

Il n’en est rien. La violence d’un mari ou d’un partenaire est la forme d’agression la plus courante envers les femmes.

Au moins 20% d’entre elles en sont victimes, dont quatre millions en Europe (**). En Angleterre, une femme appelle à l’aide chaque minute pour se plaindre de violences domestiques. Sept cent mille femmes seraient violées chaque année aux Etats-Unis. En 1999, quatorze mille femmes ont été tuées par leur partenaire ou un membre de la famille en Russie.

Au Moyen-Orient, ou au Bangladesh, la tradition justifie les pires des atrocités : ces crimes prétendument « d’honneur » commis à l’aide d’acide sulfurique qui défigure définitivement la victime et la stigmatise aux yeux d’une société entière ; quand il ne s’agit pas purement et simplement de meurtres perpétrés par des proches.

Ailleurs, dans des pays ravagés par la guerre ou des conflits, les femmes et les fillettes sont les premières victimes des militaires et des bandes armées.

En République démocratique du Congo, cinq mille femmes ont été violées dans la région d’Uvira entre octobre 2002 et février 2003. Cette stratégie de la terreur avait également été employée dans les conflits qui ont ravagé l’Ex-Yougoslavie, lors de la précédente décennie.

Nous pourrions continuer longtemps cette lugubre énumération. Mais le plus poignant est que, derrière chacun de ces chiffres accablants, la même détresse répétée des victimes se profile.

Les drames qui se déroulent à huis clos, ou non, engendrent des traumatismes considérables et de longue durée.

Aux dommages corporels immédiats s’ajoutent, si paradoxal que cela puisse paraître, la honte et la culpabilité que ressent la victime d’avoir été ainsi en proie aux sévices. Certaines des femmes détruites sur le plan psychologique sombrent dans l’alcoolisme, la toxicomanie, la dépression. D’autres attentent à leurs jours et y parviennent parfois. Certaines, faute d’une solution ou pour préserver leurs enfants, se résignent et continuent d’endurer, jour après jour, un calvaire qui les rendent étrangères à elles-mêmes.

Et sur tous ces drames pèse ce même et lourd silence de plomb pourtant si préjudiciable ! Silence des victimes, silence des bourreaux, silence de la justice souvent... trop souvent !

Pourtant, les violences à l’encontre des femmes ne sont pas inéluctables. Et s’il n’existe pas de solution miracle pour résoudre ce problème , il existe toutefois des armes efficaces pour protéger les victimes et tenter de changer les mentalités.

L’une de celles-ci et non des moindres est de rompre le silence. La mise en place d’un arsenal de mesures juridiques et d’accompagnement appropriées et spécifiques aux contextes particuliers des femmes victimes s’avère également incontournable. Enfin, dès le premier âge, les enfants devraient être éduqués dans le respect de l’autre.

C’est à tout cela qu’Amnesty a décidé de consacrer ses efforts de façon intense au cours des prochaines années. Si nous voulons changer les choses, votre soutien est donc plus que jamais nécessaire.

Nous ne pourrons rien y faire si une véritable prise de conscience des individus et des institutions policières, de la magistrature ou encore du monde politique ne s’opère et si nous ne nous élevons pas d’une seule voix pour dire « halte aux violences à l’encontre des femmes ».

C’est ce que nous vous invitons à faire en soutenant nos actions et en nous donnant les moyens d’agir. Nous savons que pour ce combat, nous pouvons compter sur vous.

(*) chiffre avancé par l’OMS (organisation mondiale de la santé). (**) sources Unicef

Espagne

Alicia Arístregui a été battue et maltraitée par son époux tout au long de leurs quatorze années de mariage. Elle subissait des agressions aussi bien physiques que psychologiques. Après qu’elle l’a quitté, il a continué à la menacer et a enfreint à plusieurs reprises une décision de justice lui interdisant de s’approcher d’elle. Avec sa famille, elle a prévenu la police et les tribunaux mais ses plaintes n’ont pas été prises en considération. Son époux est parvenu à la retrouver quatre mois après leur séparation. Elle venait de laisser ses enfants à l’arrêt du bus scolaire. Il l’a tuée à coups de couteau. Alicia avait quitté son époux en janvier 2002 et trouvé refuge dans un centre dépendant de l’État. Lorsqu’elle a demandé que la justice interdise à son époux d’entrer en contact avec elle, elle a indiqué avoir eu besoin d’une prise en charge psychologique à cause des mauvais traitements qu’il lui avait infligés. Selon elle, il exigeait la garde des enfants et le logement familial et avait lancé des menaces contre elle et ses proches pour obtenir satisfaction ; elle craignait qu’il ne mette ses menaces à exécution. À maintes reprises, Alicia et ses frères ont signalé au juge que l’époux d’Alicia avait enfreint l’interdiction de s’approcher d’elle. Cependant, ces informations n’ont pas été transmises à la police municipale de la ville où Alicia résidait. Les multiples demandes de protection provenant de sa famille sont également restées sans effet. En juillet 2003, la plus haute instance judiciaire espagnole (le Conseil général du pouvoir judiciaire) a apporté son soutien au juge, en soulignant qu’il n’appartenait pas au système judiciaire d’assurer la coordination entre les différents corps de police. Depuis la mort d’Alicia, un de ses frères a fondé une organisation destinée à obtenir une protection policière pour les personnes victimes de violences liées au genre. Dans de nombreux cas, les tribunaux n’ont pas pris au sérieux les femmes signalant les menaces de mort et les agressions de leurs compagnons et n’ont pas ordonné aux auteurs présumés de ces actes de ne plus s’approcher des plaignantes, ce qui a parfois entraîné des issues fatales. En outre, les fonds de l’État alloués aux centres d’urgence et aux refuges sont insuffisants ; ces structures sont mal réparties sur le territoire car elles dépendent essentiellement des moyens des organisations non gouvernementales.

Swaziland

Sibongile (le nom a été modifié pour la protéger) n’avait que sept ans quand son oncle a abusé d’elle pour la première fois. Sibongile vivait chez sa tante depuis la mort de son père. Conformément à la tradition, sa mère avait épousé son beau-frère à la suite de ce décès. Avec la naissance d’autres enfants, la mère de Sibongile s’est appauvrie ; c’est pourquoi Sibongile a été envoyée vivre chez une tante qui n’avait pas d’enfants. Quand Sibongile a expliqué à sa tante ce qui se passait, celle-ci n’a rien fait pour mettre un terme aux agissements de son époux. Sibongile a alors cherché à obtenir l’aide d’un voisin pasteur. Ce dernier l’a à son tour violée dans les toilettes ; comme elle hurlait, il l’a menacée d’un couteau. Finalement, un autre voisin l’a aidée à se rendre au commissariat de police. En janvier 2000, Sibongile a contracté des infections causées par ces agressions sexuelles répétées. Les policiers l’ont emmenée au bureau du Swaziland Action Group Against Abuse (SWAGAA, groupe d’action swazi contre les violences), une organisation nationale qui vient en aide aux femmes et aux enfants victimes ou risquant d’être victimes d’actes de violence domestique et sexuelle. Cette organisation a trouvé une place pour Sibongile dans un refuge public et a collecté des fonds pour lui acheter des vêtements. Elle a également veillé à ce qu’elle bénéficie d’un traitement médical. En revanche, Sibongile n’a pas pu passer de test de séropositivité au VIH car aucun membre de sa famille n’était présent pour en donner l’autorisation. En juillet 2003, deux hommes accusés de viol ont été présentés devant un tribunal. Sibongile a fait une déposition en présence des auteurs présumés des actes. Selon certaines sources, les deux hommes ont été acquittés. Le cas de Sibongile fait partie du petit nombre d’affaires portées devant un tribunal. La plupart des viols et des agressions sexuelles au sein de la famille sont commis en toute impunité ; des pressions sont exercées sur les victimes pour qu’elles règlent ces affaires à l’amiable. De plus, les lois et les procédures judiciaires peuvent nuire aux droits des plaignants. Au Swaziland, les femmes et les filles sont souvent victimes de violences domestiques et sexuelles. En outre, elles subissent une importante discrimination au niveau économique, social et juridique. L’épidémie du sida a eu un impact dévastateur sur les femmes et les filles. En 2002, 38,6 p. cent des femmes enceintes effectuant des examens prénataux étaient séropositives !

La campagne d’Amnesty De la naissance à la mort, en temps de paix comme en temps de guerre, les femmes sont exposées à des actes de discrimination et de violence. Chaque année, des millions de jeunes filles et de femmes sont violées par leurs partenaires, des membres de leur famille, des amis, des inconnus, des employeurs et des collègues, des agents des forces de sécurité et des soldats. La violence contre les femmes ignore les barrières de la richesse, de la race ou de la culture. On la trouve dans toutes les sociétés du monde. Les chiffres révèlent qu’au moins une femme sur trois a été battue, forcée à des rapports sexuels ou violentée à un moment de sa vie. Selon les données recueillies par le Conseil de l’Europe, la violence domestique est, pour les femmes de seize à quarante-quatre ans, la principale cause de mort et d’invalidité, avant le cancer ou les accidents de la route. La cause sous-jacente de la violence contre les femmes réside dans la discrimination, qui refuse aux femmes l’égalité avec les hommes dans tous les domaines de la vie. De plus, les institutions sociales et politiques peuvent encourager la docilité des femmes et la violence dont elles sont victimes.

La campagne Halte à la violence contre les femmes, lancée par Amnesty International, veut soutenir les efforts des mouvements des droits des femmes du monde entier.

Le rapport publié par Amnesty souligne la responsabilité de l’État, de la société et des individus, qui doivent agir pour faire cesser la violence contre les femmes. Les traités internationaux doivent être respectés, des lois doivent être adoptées, d’autres abolies, des systèmes d’aide mis en place. Et surtout, les préjugés et les croyances qui favorisent et renforcent la violence contre les femmes doivent absolument changer. Pour prévenir la violence contre les femmes, nous devons :
- nous élever contre cette violence, écouter les femmes et entendre ce qu’elles ont à nous dire ;

- rappeler que la violence contre les femmes est la violation la plus répandue en matière de droits humains ;

- dénoncer ceux qui détiennent l’autorité s’ils ne font rien pour prévenir, réprimer et réparer les conséquences de cette violence ;

- contester les stéréotypes religieux, sociaux et culturels qui attentent à l’humanité des femmes ;

- promouvoir l’égalité dans l’accès des femmes au pouvoir politique, aux postes de responsabilité et aux ressources ;

- enfin, soutenir les femmes qui s’organisent pour faire cesser la violence.

La violence contre les femmes ne devrait jamais être ni tolérée ni justifiée. Tant que ses auteurs pourront perpétrer leurs crimes sans craindre d’être poursuivis ou punis, le cycle de la violence ne sera pas rompu.

Lune de miel, lune de fiel

Extrait de « La guère secrète, vaincre la violence conjugale » - Nathalie Zebrinska - l’Harmattan - 2003

« Le fait de partager pendant un laps de temps plus ou moins long une intimité violente et inquiétante, engendre un univers tourmenté mais unique auquel appartiennent, qu’ils le veuillent ou non, victimes et coupables. Qu’ils le veuillent ou non, tous les autres sont étrangers à cet univers. Un lien indéniable se tisse donc entre les personnes qui occupent un même espace-temps hermétique, qu’il soit sain ou au contraire complètement perverti. En ce qui concerne la maltraitance domestique, un autre élément spécifique et fondamental doit être pris en compte : c’est la capacité que possède l’homme violent à changer de personnalité, ou du moins, à faire croire qu’il change de personnalité. Il a à portée de main au moins deux masques, qu’il permute à volonté. Il y a le masque de l’ange et celui du diable. C’est ce que j’appelle « le double je » ou qui peut aussi s’entendre comme « le double jeu »). Si vous vivez avec un homme violent, ne croyez surtout pas en l’authenticité de ces personnages. Vous n’êtes pas avec un prince à deux têtes. Il s’agit de théâtre, et votre conjoint n’a en vérité qu’une seule facette : celle d’un homme déséquilibré. Le masque de l’ange est celui qui l’exonère de sa faute, qui efface ses délits, qui lui sert à vous garder auprès de lui, c’est son « joker ». Après chaque scène de violence et à chaque fois qu’il vous sentira prête à le quitter, il brandira son masque angélique et vous jouera le grand jeu. C’est la phase de « lune de miel », durant laquelle il se plie en quatre pour vous faire oublier l’horreur, vous couvre d’attentions et de cadeaux, vous regarde comme une madone et, alors vous vous dites « ce n’est pas possible, ce n’est pas le même homme qui m’a brutalisée ». Pourtant si. »...

P.-S.

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