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Armes légères : Kaléïdoscope en noir et ... noir !

mardi 15 juin 2004

« Thomas, 6 ans pour toujours »... lit-on sur les panneaux qui fleurissent le long de nos autoroutes ces derniers mois.

A Littleton au Colorado, les adolescents abattus dans leur école, au Burundi, les enfants tombés au front ou encore à Rio de Janeiro au Brésil, les victimes de règlements de compte entre gangs rivaux, n’auront droit, eux aussi, à tout jamais, qu’à des anniversaires mortuaires ! Pour certains, il n’y aura jamais ni fleurs, ni couronnes.

Tous ont vu leur vie brisée. Tous sont tombés sous le coup de balles mortelles.

La mort frappe sans doute aveuglément, mais les armes qui tombent le plus souvent dans les mains les plus mal intentionnées, elles, sèment avec plus ou moins de discernement mort, terreur et désolation...

Leur dangerosité est d’autant plus forte qu’on les trouve en grand nombre sur tous les marchés du monde, leur contrôle laissant fortement à désirer. Toutes les 60 secondes, un être humain est tué, victime de la violence armée. Au total, ce sont ainsi plus d’un demi-million d’hommes, de femmes et d’enfants qui décèdent de mort violente par an.

Vingt-deux milliards de dollars (*)sont annuellement consacrés aux ventes d’armes dans les pays d’Afrique, d’Asie, du Moyen-Orient et d’Amérique latine, au détriment du développement. Les armes créent le chaos et l’anarchie, elles sont sources de terreur et les populations civiles en paient le prix fort : elles n’ont plus accès aux hôpitaux, aux champs, aux marchés, à l’éducation. Qui plus est, la panique qu’inspire l’utilisation des armes concourt aux déplacements internes de millions de personnes, déstabilisant à long terme les structures économique, politique et sociale des régions concernées.

Le commerce des armes - très lucratif - représente un marché mondial dangereusement incontrôlé. Aujourd’hui, la prolifération anarchique des armes sur une grande échelle et la violence armée ont atteint un seuil réellement critique. La « guerre contre la terreur » a modifié de façon radicale les politiques de certains gouvernements. Davantage d’armes sont exportées sans que ne soit vérifiée leur véritable utilisation. Par ailleurs, on assiste à un changement en profondeur dans les comportements : les armes font désormais partie intégrante de la vie quotidienne d’un nombre croissant de communautés et de villes de par le monde.

Les gouvernements les plus puissants de la planète sont aussi les plus importants fournisseurs d’armes (**). S’il est de la responsabilité de chaque gouvernement de contrôler les armes (celles qu’elles possèdent sur leur territoire pour protéger leurs ressortissants et celles qu’elles exportent pour faire respecter le droit international relatif aux droits humains et le droit humanitaire dans le monde entier), ces mêmes gouvernements ont encore une responsabilité plus grande pour contrôler les ventes à l’échelon international.

Que pouvons-nous faire en tant qu’individu face à cette situation ? Et comment y mettre un terme tous ensemble ?

Amnesty International, Oxfam et le Réseau d’action international sur les armes légères (RAIAL) ont décidé de lancer conjointement une campagne mondiale pour le contrôle des armes. Les pressions gouvernementales fortes et un soutien populaire mondial ont donné naissance en 1997 à un Traité contre les mines antipersonnel, donnant un sacré coup de frein à l’exportation de mines terrestres.

Aujourd’hui, nous avons besoin de vous pour faire en sorte qu’une Convention-cadre sur les transferts internationaux d’armes soit adoptée.

Vous avez les moyens de participer au combat contre l’insécurité qui va croissant dans le monde et le pouvoir de dire « non » à cette spirale infernale. Plus forte sera la pression, plus grandes seront nos chances de voir aboutir cette demande.

Rejoignez-nous dans ce combat en signant la pétition en ligne (www.controlarms.be) et en nous donnant les moyens financiers d’agir. Enquêter, rassembler des preuves, dénoncer, faire un travail de pression, garantir l’indépendance de nos actions... tout cela demande des moyens. Merci de nous donner les ressources financières de notre autonomie et de notre vigilance.

Vincent Forest Président

(*) : 18.138.614.099,49 euros (taux en date du 5 mai 2004) (**) : Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU - La France, la Chine, le Royaume Uni et les Etats-Unis exportent 88% des armes conventionnelles dans le monde. Extrait du rapport « Vies Brisées - Plaidoyer pour un contrôle renforcé des ventes d’armes à l échelon international » - Amnesty International/Oxfam - 2004 (disponible sur demande à Amnesty International : Tél. O2/538.81.77 ou sur le site : http://www.controlarms.be)

Kaléidoscope en noir et...noir !

Les armes légères (*) jouent un rôle particulier car elles contribuent à l’accroissement de la pauvreté et des souffrances. On trouve des armes légères dans tous les pays du monde. Elles sont utilisées dans le moindre conflit. Davantage de décès, de blessures, de déplacements forcés, d’enlèvements, d’actes de tortures sont commis avec des armes légères qu’avec tout autre type d’armes.

Il y a 639 millions d’armes légères dans le monde aujourd’hui. Elles sont fabriquées par plus de 1.135 entreprises dans au moins 98 pays. Huit millions d’armes sont produites chaque année. Près de 60% des armes légères sont aux mains des civils. Au moins 16 milliards d’unités de munitions militaires ont été conçues pour la seule année 2001, soit plus de deux balles pour chaque homme, femme et enfants de la planète !

(*) Expression utilisée comme abrégé pour « armes légères et de petits calibres » en opposition à « armes lourdes ». Les armes de petits calibres incluent les revolvers et les pistolets automatiques, les fusils et les carabines, les mitrailleuses, les fusils d’assaut et les mitrailleuses légères. Les armes légères incluent les mitrailleuses lourdes, les lance-grenades, les missiles anti-aériens et antichars portatifs, les fusils sans recul, les lanceurs portatifs de missiles antichars, les systèmes de roquettes et les systèmes de missiles antiaériens, les mortiers d’un calibre inférieur à 100 mm, les munitions, les obus et les missiles pour l’ensemble des systèmes précités, les grenades, les mines terrestres et les explosifs.

RDC : la galère

En dépit du catalogue de misère humaine, hélas fort nourri, en République Démocratique du Congo (RDC), depuis le conflit qui a débuté en 1998 et fait plus de 3 millions de victimes, de nombreux pays ont continué à fournir en armes les belligérants dans ce pays.

Amnesty International a trouvé des preuves de fournitures militaires étrangères sous la forme de cartouches pour des mitrailleuses lourdes fabriquées en Chine, en Corée du Nord et en Russie, de pistolets de fabrication russe, de fusils d’assaut sud africains, d’armes anti-aériennes chinoises, de lance-grenades fabriqués en Bulgarie, en Russie ou en Slovaquie. Le gouvernement britannique n’interdit pas aux pilotes de fournir des armes étrangères aux forces armées en RDC, responsables de violations massives des droits humains. L’Italie a quant à elle exporté des munitions et des explosifs pour un montant de près de 10 millions.

Que vaut une vie ?

Outre le nombre de morts et de violences en tout genre qu’elles engendrent au cours des conflits, les nombreuses armes en circulation sont responsables du déclenchement et de la prolongation de conflits au cours desquels le bilan des victimes civiles ne cesse d’augmenter. L’utilisation des armes peut empêcher le développement et l’accès des personnes à des moyens de vie décente, à la santé et à l’éducation, auxquels elles ont droit. Les armes sont par ailleurs utilisées arbitrairement et sans discrimination pour menacer les gens et les contraindre parfois à fuir leur maison.

- En Iraq, à al-Hilla, un bombardement avec des bombes à fragmentation, menée par la coalition a fait plus de 200 blessés dont 80% étaient des civils
- En Croatie, des psychiatres soignent des femmes qui ont été violées sous les menaces d’armes, qui ont perdu un ou plusieurs proches ou qui ont été contraintes de fuir. Ces psychiatres estiment qu’il faudra deux à trois générations pour que s’estompent les effets psychologiques de la guerre
- A la fin de 2002, environ 22 millions de personnes à travers le monde étaient des déplacés de l’intérieur. Environ 13 millions étaient des réfugiés ou des demandeurs d’asile qui cherchaient refuge.
- En Ouganda, l’Armée de la Résistance du Seigneur (Lord’s Resistance Army - LRA) a enlevé plus de 20.000 enfants depuis 1986 et les a réduits en esclavage : enfants-soldats, porteurs ou victimes d’abus sexuels, les enfants n’ont d’autre avenir que de tuer ou de se faire tuer.
- Le sort et le lieu où se trouvent environ 20.000 personnes en ex-Yougoslavie demeurent à ce jour inconnus. Les familles arriveront-elles un jour à en faire le deuil ?
- Dans l’ouest de la Tanzanie, des voleurs se servent d’armes subtilisées dans les camps de réfugiés pour attaquer des pêcheurs du Lac Victoria à qui ils dérobent prises, filet et argent. Sans moyens pour assurer leur gagne-pain, les pêcheurs ont recours aux produits agrochimiques qu’ils versent dans le lac pour tuer les poissons. Ces derniers, une fois morts, remontent à la surface où ils sont récupérés pour être vendus sur les marchés locaux. Cette méthode est responsable de la pollution et de problèmes de santé. Elle accroît la spirale de la paupérisation des pêcheurs locaux.

La violence exacerbée

Les périodes d’extrême violence engendrent une culture de la violence. Les études montrent que si les armes ne sont pas retirées et si des moyens d’existence alternatifs et viables ne sont pas proposés, le risque de violence armée demeure élevé parce que la disponibilité des armes fournit un moyen violent pour régler les différends.
- bien que des accords de paix aient été signés en 1996, une étude a montré en 2000 que 75% de Guatémaltèques avaient le sentiment d’un accroissement de l’insécurité due à la détention et à la prolifération des armes à feu.
- Au Cambodge, juste avant la signature de l’accord de paix en 1991, il y avait 147 blessés par armes pour 100.000 habitants. Au cours de la période de transition sous les auspices des Nations unies, ce chiffre est tombé à 71 pour 100.000. Cinq mois après le départ des Nations unies, sans avoir procédé au désarmement complet de la population, ce chiffre est remonté à 163 pour 100.000 personnes

Usage abusif des armes par les forces de police

De nombreux policiers et responsables de l’application des lois à travers le monde font un usage abusif de leur droit à recourir à la force, avec des conséquences fatales. La plupart des policiers sont armés, mais ont une formation insuffisante pour être capables d’évaluer quand et où faire usage de leurs armes. Or, il est nécessaire que les agents de l’État responsables de l’application des lois aient à répondre de leurs actes lorsqu’ils font usage d’armes à feu. Le rôle de la police au sein de la population est de servir le bien public ; l’usage des armes à feu par des policiers doit être en accord avec ce rôle. Les normes internationales sont claires : l’usage des armes à feu doit être l’exception et non la règle en matière de maintien de l’ordre. Les armes à feu ne doivent être utilisées qu’en cas d’absolue nécessité pour protéger des vies.

Dans de nombreux pays les ressources disponibles pour équiper et entraîner les policiers et s’assurer qu’ils seront pleinement responsables de leurs actes sont insuffisantes. Les forces de police sont mal équipées pour faire face à la prolifération des armes dans la population et la population ne peut avoir confiance dans une police locale qui utilise la force de manière injustifiée contre elle. L’augmentation des actes de recours injustifiés à la force meurtrière par la police augmente les risques que la population veuille rester armée pour se protéger.
- Au Brésil, dans beaucoup de quartiers, la police est liée aux « escadrons de la mort » responsables de l’assassinat de centaines de personnes, y compris d’enfants, et qui sont restés impunis. En 2002, une enquête fédérale a montré que tout l’appareil de l’Etat d’Espirito Santo a été infiltré par le crime organisé, avec pour conséquence l’augmentation des violations systématiques des droits humains, dont des exécutions sommaires par la police.
- Les enfants sont victimes de brutalités policières comme au Honduras. Au moins 187 enfants des rues ont été tués au cours des cinq dernières années.

Ils le disent ...

La gravité des tragédies - Taber en Alberta/ Canada ou Littleton au Colorado - est directement reliée à l’accessibilité aux armes. C’est ce qu’énonce la Société canadienne de pédiatrie et l’Association canadienne pour la santé de l’adolescent. Les provinces canadiennes où l’on recense le plus haut pourcentage d’armes à feu à domicile présentent le plus de décès d’adolescents causés par une arme à feu. La présence d’une arme accroît le risque de suicide d’adolescents, la deuxième cause de décès parmi les adolescents canadiens après les accidents de véhicules automobiles.

Les diamants de la guerre et le trafic d’armes en Afrique

Le commerce du diamant en vue d’acquérir des armes au Libéria et dans la République Démocratique du Congo (RDC) implique des réseaux complexes de compagnies aériennes, de marchands d’armes et d’agents maritimes. Selon les enquêtes menées par les Nations unies en 2001 et en 2002, deux des principaux trafiquants d’armes étaient Victor Bout, un homme d’affaires russe basé dans les Emirats arabes unis et Sanijivan Ruprah, un ressortissant kenyan basé au Libéria.

Dans une livraison en novembre 2001, il y avait des mitraillettes officiellement destinées à la Guinée. L’avion qui les transportait, commandité par Victor Bout, a modifié sa route pour se rendre au Libéria. Sur le chemin du retour, l’avion a atterri à Kisangani, en RDC, où Sanjivan Ruprah a été autorisé à exploiter une concession diamantifère de 4.000 km2 par les autorités du pays. L’avion a également chargé des mitraillettes en Ouganda destinées au Liberia aux termes d’un contrat impliquant Sanjivan Ruprah. Ce dernier tentait de vendre des diamants en Belgique quand il a été arrêté par les autorités en février 2002 pour contrefaçon et usage de faux passeport.

Citations

Ouganda Charles Logwe, acheteur et revendeur d’armes en petites quantités. Un jour, son oncle et son frère ont été blessés au cours d’une embuscade. Son frère a perdu une jambe. « Quand je les ai vus eux et d’autres avec des blessures terribles sur tout le corps, cela m’a retourné et m’a donné à réfléchir. J’ai alors su que je ne pourrai plus jamais vendre des armes »

« J’aurais préféré avoir inventé une machine que les gens ordinaires auraient pu utiliser et qui aurait pu aider les paysans - une tondeuse à gazon par exemple » Mikhail KALASHNIKOVS - 2002

« Certains des hommes qui reviennent du front... violent les femmes, battent leurs enfants, couchent avec une mitraillette sous l’oreiller, violent leur épouse quand celle-ci dort, détruisent les meubles, hurlent, crachent, accusent » L’une des fondatrices de la ligne de téléphone spéciale pour les femmes à Belgrade - 1992

P.-S.

Vous pouvez convaincre les gouvernements de la nécessité de prendre rapidement des mesures efficaces pour instaurer un contrôle sur les ventes d’armes. Vous pouvez apporter votre soutien à la pétition qui ambitionne de réunir à terme un million de réactions individuelles.

La pétition en ligne « Un million de visages » (http://www.controlarms.be) vous offre la possibilité d’ajouter votre photo ou votre autoportrait aux documents déjà très nombreux qu’elle a réunis

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