Kaléidoscope en noir et...noir !
Les armes légères (*) jouent un rôle particulier car elles contribuent à l’accroissement de la pauvreté et des souffrances. On trouve des armes légères dans tous les pays du monde. Elles sont utilisées dans le moindre conflit. Davantage de décès, de blessures, de déplacements forcés, d’enlèvements, d’actes de tortures sont commis avec des armes légères qu’avec tout autre type d’armes.
Il y a 639 millions d’armes légères dans le monde aujourd’hui. Elles sont fabriquées par plus de 1.135 entreprises dans au moins 98 pays. Huit millions d’armes sont produites chaque année. Près de 60% des armes légères sont aux mains des civils. Au moins 16 milliards d’unités de munitions militaires ont été conçues pour la seule année 2001, soit plus de deux balles pour chaque homme, femme et enfants de la planète !
(*) Expression utilisée comme abrégé pour « armes légères et de petits calibres » en opposition à « armes lourdes ». Les armes de petits calibres incluent les revolvers et les pistolets automatiques, les fusils et les carabines, les mitrailleuses, les fusils d’assaut et les mitrailleuses légères. Les armes légères incluent les mitrailleuses lourdes, les lance-grenades, les missiles anti-aériens et antichars portatifs, les fusils sans recul, les lanceurs portatifs de missiles antichars, les systèmes de roquettes et les systèmes de missiles antiaériens, les mortiers d’un calibre inférieur à 100 mm, les munitions, les obus et les missiles pour l’ensemble des systèmes précités, les grenades, les mines terrestres et les explosifs.
RDC : la galère
En dépit du catalogue de misère humaine, hélas fort nourri, en République Démocratique du Congo (RDC), depuis le conflit qui a débuté en 1998 et fait plus de 3 millions de victimes, de nombreux pays ont continué à fournir en armes les belligérants dans ce pays.
Amnesty International a trouvé des preuves de fournitures militaires étrangères sous la forme de cartouches pour des mitrailleuses lourdes fabriquées en Chine, en Corée du Nord et en Russie, de pistolets de fabrication russe, de fusils d’assaut sud africains, d’armes anti-aériennes chinoises, de lance-grenades fabriqués en Bulgarie, en Russie ou en Slovaquie. Le gouvernement britannique n’interdit pas aux pilotes de fournir des armes étrangères aux forces armées en RDC, responsables de violations massives des droits humains. L’Italie a quant à elle exporté des munitions et des explosifs pour un montant de près de 10 millions.
Que vaut une vie ?
Outre le nombre de morts et de violences en tout genre qu’elles engendrent au cours des conflits, les nombreuses armes en circulation sont responsables du déclenchement et de la prolongation de conflits au cours desquels le bilan des victimes civiles ne cesse d’augmenter. L’utilisation des armes peut empêcher le développement et l’accès des personnes à des moyens de vie décente, à la santé et à l’éducation, auxquels elles ont droit. Les armes sont par ailleurs utilisées arbitrairement et sans discrimination pour menacer les gens et les contraindre parfois à fuir leur maison.
En Iraq, à al-Hilla, un bombardement avec des bombes à fragmentation, menée par la coalition a fait plus de 200 blessés dont 80% étaient des civils
En Croatie, des psychiatres soignent des femmes qui ont été violées sous les menaces d’armes, qui ont perdu un ou plusieurs proches ou qui ont été contraintes de fuir. Ces psychiatres estiment qu’il faudra deux à trois générations pour que s’estompent les effets psychologiques de la guerre
A la fin de 2002, environ 22 millions de personnes à travers le monde étaient des déplacés de l’intérieur. Environ 13 millions étaient des réfugiés ou des demandeurs d’asile qui cherchaient refuge.
En Ouganda, l’Armée de la Résistance du Seigneur (Lord’s Resistance Army - LRA) a enlevé plus de 20.000 enfants depuis 1986 et les a réduits en esclavage : enfants-soldats, porteurs ou victimes d’abus sexuels, les enfants n’ont d’autre avenir que de tuer ou de se faire tuer.
Le sort et le lieu où se trouvent environ 20.000 personnes en ex-Yougoslavie demeurent à ce jour inconnus. Les familles arriveront-elles un jour à en faire le deuil ?
Dans l’ouest de la Tanzanie, des voleurs se servent d’armes subtilisées dans les camps de réfugiés pour attaquer des pêcheurs du Lac Victoria à qui ils dérobent prises, filet et argent. Sans moyens pour assurer leur gagne-pain, les pêcheurs ont recours aux produits agrochimiques qu’ils versent dans le lac pour tuer les poissons. Ces derniers, une fois morts, remontent à la surface où ils sont récupérés pour être vendus sur les marchés locaux. Cette méthode est responsable de la pollution et de problèmes de santé. Elle accroît la spirale de la paupérisation des pêcheurs locaux.
La violence exacerbée
Les périodes d’extrême violence engendrent une culture de la violence. Les études montrent que si les armes ne sont pas retirées et si des moyens d’existence alternatifs et viables ne sont pas proposés, le risque de violence armée demeure élevé parce que la disponibilité des armes fournit un moyen violent pour régler les différends.
bien que des accords de paix aient été signés en 1996, une étude a montré en 2000 que 75% de Guatémaltèques avaient le sentiment d’un accroissement de l’insécurité due à la détention et à la prolifération des armes à feu.
Au Cambodge, juste avant la signature de l’accord de paix en 1991, il y avait 147 blessés par armes pour 100.000 habitants. Au cours de la période de transition sous les auspices des Nations unies, ce chiffre est tombé à 71 pour 100.000. Cinq mois après le départ des Nations unies, sans avoir procédé au désarmement complet de la population, ce chiffre est remonté à 163 pour 100.000 personnes
Usage abusif des armes par les forces de police
De nombreux policiers et responsables de l’application des lois à travers le monde font un usage abusif de leur droit à recourir à la force, avec des conséquences fatales. La plupart des policiers sont armés, mais ont une formation insuffisante pour être capables d’évaluer quand et où faire usage de leurs armes. Or, il est nécessaire que les agents de l’État responsables de l’application des lois aient à répondre de leurs actes lorsqu’ils font usage d’armes à feu. Le rôle de la police au sein de la population est de servir le bien public ; l’usage des armes à feu par des policiers doit être en accord avec ce rôle. Les normes internationales sont claires : l’usage des armes à feu doit être l’exception et non la règle en matière de maintien de l’ordre. Les armes à feu ne doivent être utilisées qu’en cas d’absolue nécessité pour protéger des vies.
Dans de nombreux pays les ressources disponibles pour équiper et entraîner les policiers et s’assurer qu’ils seront pleinement responsables de leurs actes sont insuffisantes. Les forces de police sont mal équipées pour faire face à la prolifération des armes dans la population et la population ne peut avoir confiance dans une police locale qui utilise la force de manière injustifiée contre elle. L’augmentation des actes de recours injustifiés à la force meurtrière par la police augmente les risques que la population veuille rester armée pour se protéger.
Au Brésil, dans beaucoup de quartiers, la police est liée aux « escadrons de la mort » responsables de l’assassinat de centaines de personnes, y compris d’enfants, et qui sont restés impunis. En 2002, une enquête fédérale a montré que tout l’appareil de l’Etat d’Espirito Santo a été infiltré par le crime organisé, avec pour conséquence l’augmentation des violations systématiques des droits humains, dont des exécutions sommaires par la police.
Les enfants sont victimes de brutalités policières comme au Honduras. Au moins 187 enfants des rues ont été tués au cours des cinq dernières années.
Ils le disent ...
La gravité des tragédies - Taber en Alberta/ Canada ou Littleton au Colorado - est directement reliée à l’accessibilité aux armes. C’est ce qu’énonce la Société canadienne de pédiatrie et l’Association canadienne pour la santé de l’adolescent. Les provinces canadiennes où l’on recense le plus haut pourcentage d’armes à feu à domicile présentent le plus de décès d’adolescents causés par une arme à feu. La présence d’une arme accroît le risque de suicide d’adolescents, la deuxième cause de décès parmi les adolescents canadiens après les accidents de véhicules automobiles.
Les diamants de la guerre et le trafic d’armes en Afrique
Le commerce du diamant en vue d’acquérir des armes au Libéria et dans la République Démocratique du Congo (RDC) implique des réseaux complexes de compagnies aériennes, de marchands d’armes et d’agents maritimes. Selon les enquêtes menées par les Nations unies en 2001 et en 2002, deux des principaux trafiquants d’armes étaient Victor Bout, un homme d’affaires russe basé dans les Emirats arabes unis et Sanijivan Ruprah, un ressortissant kenyan basé au Libéria.
Dans une livraison en novembre 2001, il y avait des mitraillettes officiellement destinées à la Guinée. L’avion qui les transportait, commandité par Victor Bout, a modifié sa route pour se rendre au Libéria. Sur le chemin du retour, l’avion a atterri à Kisangani, en RDC, où Sanjivan Ruprah a été autorisé à exploiter une concession diamantifère de 4.000 km2 par les autorités du pays. L’avion a également chargé des mitraillettes en Ouganda destinées au Liberia aux termes d’un contrat impliquant Sanjivan Ruprah. Ce dernier tentait de vendre des diamants en Belgique quand il a été arrêté par les autorités en février 2002 pour contrefaçon et usage de faux passeport.
Citations
Ouganda Charles Logwe, acheteur et revendeur d’armes en petites quantités. Un jour, son oncle et son frère ont été blessés au cours d’une embuscade. Son frère a perdu une jambe. « Quand je les ai vus eux et d’autres avec des blessures terribles sur tout le corps, cela m’a retourné et m’a donné à réfléchir. J’ai alors su que je ne pourrai plus jamais vendre des armes »
« J’aurais préféré avoir inventé une machine que les gens ordinaires auraient pu utiliser et qui aurait pu aider les paysans - une tondeuse à gazon par exemple » Mikhail KALASHNIKOVS - 2002
« Certains des hommes qui reviennent du front... violent les femmes, battent leurs enfants, couchent avec une mitraillette sous l’oreiller, violent leur épouse quand celle-ci dort, détruisent les meubles, hurlent, crachent, accusent » L’une des fondatrices de la ligne de téléphone spéciale pour les femmes à Belgrade - 1992




