« C’est le soutien d’Amnesty International et la solidarité que vous m’avez témoignée qui m’ont permis de garder le moral. Merci encore : je resterai honnête, loyal et résolu à défendre impartialement les droits humains tant que je serai de ce monde ». Mudawi Ibrahim Adam sortait tout juste de sept mois de prison quand il a envoyé ces mots, par courrier électronique, au Secrétariat d’Amnesty International, le 8 août 2004.
À 49 ans, cet ingénieur soudanais longiligne, à la barbe grisonnante, au sourire rassurant, est le directeur de Sudo, une des rares structures indépendantes soudanaises qui collectent des informations sur les violations des droits humains. Une source d’information fiable et essentielle pour Amnesty International à qui l’accès au pays reste la plupart du temps interdit.
Le mouvement bénévole Sudo possède neuf bureaux implantés sur l’ensemble du pays. Ses activités s’organisent essentiellement autour de l’aide humanitaire et de la formation aux droits humains. Un vrai défi, dans un pays à peine sorti de vingt et un ans de guerre civile entre le Nord et le Sud et secoué par un violent conflit, à l’Ouest, dans le Darfour. Mudawi s’est rendu dans cette région, à la fin de l’année 2003.
De retour chez lui à Khartoum, la capitale, il est interpellé, conduit à l’Agence nationale de sécurité puis transféré à la prison de Kober. Inculpé sans qu’aucune charge ne soit retenue contre lui, il entame une grève de la faim : « je voulais juste les forcer à me condamner ou à me relâcher ». Deux jours plus tard il se retrouve devant le procureur général. Inculpé de crimes contre l’État, il risque alors la peine de mort. La possession de deux actions urgentes d’Amnesty sera retenue comme une preuve aggravante...
Privé de liberté uniquement en raison de ses activités de défenseur des droits humains, Mudawi Ibrahim Adam a été immédiatement considéré comme un prisonnier d’opinion par Amnesty. Le 7 août 2004, après l’envoi de nombreuses actions urgentes, les charges retenues contre lui sont abandonnées et Mudawi est relâché.
A sa sortie de prison, le militant soudanais déclarait : « Je suis déterminé à me battre pour la liberté et les droits de mon peuple. Je suis aujourd’hui d’autant plus convaincu d’être du bon côté de la barrière ». Rentré chez lui auprès de sa femme et de ses quatre enfants, Mudawi a repris ses activités au sein de la Sudo. Il multiplie les voyages en Europe et continue d’informer la communauté internationale sur les violations des droits humains commises au Soudan.
En septembre 2004, lors d’une mission amnestienne de haut niveau dans ce pays, il a rencontré la Secrétaire générale Irène Khan. Cette renommée grandissante ne l’empêche pas d’être à nouveau emprisonné en janvier puis en mai 2005. Il expérimente les « prisons fantômes » dont certaines sont rebaptisées « Abu Ghraib » par les Soudanais.
Dans ce centre de détention secret, près de la prison de Kober, Mudawi est détenu seul dans une pièce sans fenêtre. Retenu sans accusations, il entame une grève de la faim qui durera plusieurs jours au terme de laquelle il est hospitalisé puis relaxé. « Comme ils n’avaient aucune preuve contre moi, ils m’ont accusé de tentative de suicide », raconte-t-il avec un sourire ironique. Sa dernière incarcération ne dure que quelques jours.
Invité en Irlande, en mai dernier pour recevoir le prix de l’organisation Frontline, il est interpellé la veille de son départ. Objectif : l’empêcher de se rendre en Irlande où il devait renconter la présidente Mary Mc Aleese. « Une fois la cérémonie passée je leur ai demandé si je pouvais partir, ils m’ont dit oui. Alors j’ai pris mes papiers et j’ai quitté la prison ».
Inlassablement, malgré les menaces, Mudawi poursuit avec ses collaborateurs le travail de Sudo. Son comportement pudique, comme son engagement, sont pourtant des décisions mûrement réfléchies. Pourquoi risque-t-il ainsi sa vie ? le Soudanais répond avec une simplicité déconcertante : « Il m’est juste impossible de me taire quand je vois des gens se faire tuer tous les jours sans que personne ne bouge ».
Marion Grassi
(*) ONG : organisation non gouvernementale




