Aung San Suu Kyi
Dernier ajout : 8 juillet 2009.
Quand j’honore mon père, j’honore tous ceux qui défendent l’intégrité politique en Birmanie
We achieve everything by our efforts alone. Our fate is not decided by an almighty God. We decide our own fate by our actions. You have to gain mastery over yourself. It is not a matter of sitting back and accepting.
Daw Aung San Suu Kyi
L’attribution du Prix Nobel de la Paix en 1991 à Aung San Suu Kyi a fait connaître au monde entier cette femme admirable qui combat pacifiquement mais fermement la tyrannie dans son pays, le Myanmar, autrefois appelé Birmanie.
Biographie
Rien pourtant ne semblait prédestiner Aung San Suu Kyi à devenir le héraut de la population birmane. En effet, elle épousa en 1972 un citoyen anglais, professeur à l’université. Jusqu’en 1988 elle partageait son temps entre ses activités à l’université d’Oxford et ses occupations familiales (elle a deux fils, Alexander et Kim).
Cependant, depuis sa plus tendre enfance, Suu s’est toujours inquiétée de ce qu’elle pouvait faire pour aider son peuple. Jamais elle n’a oublié qu’elle était la fille du héros national birman, Aung San, l’homme qui a mené la lutte pour l’indépendance contre l’empire colonial britannique, puis contre l’occupation japonaise.
Sa vie bascula un soir de mars 1988 lorsque le téléphone sonna : sa mère venait d’avoir une attaque cérébrale. Deux jours plus tard, elle se trouvait à plusieurs milliers de kilomètres d’Oxford, au chevet de sa mère à Rangoon.
Huit mois avant son mariage, en 1972, elle écrivait, par une étrange prémonition, ceci à son mari : "Je ne te demande qu’une chose, si jamais mon peuple a besoin de moi, c’est de m’aider à remplir mon devoir envers lui. Serais-tu contrarié si une telle situation se présentait ? Je ne peux dire aujourd’hui si elle est probable, mais je sais qu’elle est possible. Parfois je suis assaillie par la crainte que les circonstances et les considérations patriotiques ne nous arrachent l’un à l’autre alors que nous sommes si heureux ensemble... mais j’ai la certitude que l’amour et la compassion finiront par triompher."
Et c’est ce qui est arrivé. Lorsqu’elle revint en Birmanie en 1988, le pays était en ébullition : des millions de personnes, étudiants en tête, manifestaient à travers le pays, pour réclamer la démocratie. Après le décès de sa mère, elle décida de ne pas rentrer immédiatement en Angleterre avec son mari et ses fils et contribua à lancer une rébellion politique. En 1989, les généraux au pouvoir la condamnèrent en l’assignant à domicile. Lorsqu’en mai 1990, la junte birmane, convaincue d’en sortir gagnante, organisa des élections libres, le parti fondé par Aung San Suu Kyi (la Ligue Nationale pour la Démocratie) remporta plus de 80% des sièges. Ce vote était un plébiscite personnel : séquestrée pendant dix mois avant les élections, sa place dans le cœur des Birmans n’avait fait que croître.

La junte ne tint cependant aucun compte du vote démocratique (à ce jour elle tient toujours les rênes du pouvoir à Rangoon) et souhaitait que Aung San Suu Kyi quitte le pays pour retrouver sa famille en Angleterre. Sachant que, dans ce cas, elle ne serait plus autorisée à rentrer au Myanmar, elle fit le choix de rester près de son peuple. En mars 1999, après presque dix ans de séparation, son époux refit une demande de visa. Il était en phase terminale d’un cancer de la prostate et souhaitait passer ses derniers jours auprès de son épouse. Le visa lui fut refusé. La junte encouragea Aung San Suu Kyi à rejoindre son mari, espérant ainsi être débarrassée de sa principale opposante. Le dilemme redouté qu’elle avait prédit avant son mariage devenait réalité. Encore une fois, elle fit un choix déchirant au nom de la démocratie...

Mais revenons en arrière…
Deux ans après ces élections ‘confisquées’ la commission des Nations Unies pour les Droits Humains nomma un représentant permanent pour surveiller les évènements au Myanmar. Au cours de cette même année, une ouverture sembla se profiler : le SLORC permit à Aung San Suu Kyi de revoir son mari et ses enfants, une centaine de membres de l’opposition sont libérés, les universités furent réouvertes. Cependant, chaque fois que les membres de l’opposition essayaient de se regrouper pour former une alternative démocratique, le pouvoir les harcelait aussitôt. En décembre 1996, les étudiants se soulevèrent à Rangoon, puis à Mandalay. D’où une nouvelle fermeture des universités.
En novembre 1997, un remaniement au sein du régime transforma le SLORC en SPDC (State Peace and Development Council), mais rien ne changea en pratique. Si Aung San Suu Kyi fut libérée de sa résidence surveillée, le 6 mai 2002, de nombreux membres du NLD demeurèrent, en revanche, emprisonnés, et les activités du parti furent toujours autant contrôlés par la junte.
En 2003 les tensions politiques s’exacerbèrent au cours d’une tournée de la NLD dans le Haut Myanmar : une violente attaque contre leurs dirigeants fut commanditée le 30 mai par la ligne dure du SPDC. Plusieurs dizaines de personnes furent tuées ou arrêtées durant cette embuscade. Aung San Suu Kyi reussit à s’échapper grâce à son chauffeur Ko Kyaw Soe Lin, mais fut arrêtée un peu plus tard. Elle fut alors à nouveau emprisonnée à la prison de Insein à Yangon puis transférée en maison d’arrêt en septembre 2003 à cause de ses problèmes de santé et d’une hystérectomie.
En mars 2004, Razali Ismail, l’envoyé spécial des Nations Unies au Myanmar put la rencontrer mais il démissionna de son poste l’année suivante en partie du fait qu’il se vit refuser l’entrée en Birmanie.
En 2005 la période de résidence surveillée d’Aung San Suu Kyi fut prolongée de 6 mois en vertu de la loi de 1975 de la protection de l’Etat (Article 10b) visant à « protéger l’Etat d’éléments destructeurs ».
Le 5 décembre commencèrent les travaux de la troisième session de la Convention Nationale, censée élaborer une nouvelle constitution, qui devrait être ensuite approuvée par référendum, puis suivie d’élections législatives. La NLD refusa de se joindre à cette Convention Nationale, parce que certaines conditions souhaitées n’étaient pas remplies : la libération des deux dirigeants Aung San Suu Kyi et U Tin Oo, ainsi que la réouverture des bureaux de partis notamment.
En mai 2006 Ibrahim Gambari, un autre envoyé spécial des Nations Unies put rencontrer Aung San Suu Kyi, la première visite étrangère depuis 2004. Son assignation à résidence fut cependant prolongée d’un an, ce qui souleva les protestations des Nations Unies. En juin elle fut hospitalisée suite à de sévères diarrhées. Sa ligne téléphonique fut coupée, son courrier filtré et elle n’avait pas accès aux soins médicaux nécessaires.
Bien qu’un appel fût lancé par une cinquantaine d’anciens dirigeants du monde entier pour réclamer sa libération, le 25 mai 2007, le régime militaire birman a prolongé d’un an son assignation à résidence et de nouveau le 27 mai 2008, totalisant ainsi sept ans d’assignation à résidence forcée.
En septembre 2008, des inquiétudes s’expriment quant à sa santé. Elle refuserait la nourriture qui lui est apportée par la junte militaire. En mai 2009, son état de santé est de plus en plus inquiétant. « Elle ne peut pas manger, sa tension est faible, et elle souffre de déshydratation », d’après son assistante médicale.
Aung San Suu Kyi est à nouveau placée en détention en mai 2009 par les autorités birmanes suite à une rocambolesque affaire : un Américan, John William Yettaw, 53 ans, a été arrêté alors qu’il retraversait le lac Inya à la nage, après avoir réussi à entrer dans la résidence de l’opposante pour demander de la nourriture et un endroit pour se reposer. Selon la secrétaire d’État française Rama Yade, l’arrestation d’Aung San Suu Kyi, accusée d’activité subversive à quelques jours de sa libération, est un « prétexte manifestement recherché pour l’écarter du processus électoral, d’autant plus que la LND, le parti politique d’Aung San Suu Kyi, est totalement laminé ». L’objectif du régime est de « tout mettre en place pour arriver aux élections législatives de 2010 sans gêne, sans entrave ». La présence d’une entreprise comme Total n’y peut rien, car « c’est un État qui vit sous la terreur depuis vingt ans ».
En août 2009, Aung San Suu Kyi est condamnée à 18 mois de détention, ce qui la prive de tout moyen de participer à l’élection générale de 2010.
Finalement, le 13 novembre 2010, aux alentours de 12 heures (heure française), la police birmane enlève les barrières posées devant la résidence d’Aung San Suu Kyi permettant sa libération, après de longues années dans sa résidence sous surveillance permanente.
Plusieurs de ses partisans attendant près de sa maison ont fondu en larmes de bonheur quand ils ont entendu les nouvelles de sa libération. Certains ont également salué les soldats birmans qui ont quitté le quartier dans lequel résidait sous haute surveillance la lauréate du Prix Nobel de la paix pendant 15 ans au cours des 21 dernières années.
A 17 heures 45 heure locale, Suu Kyi est apparue devant la foule, estimée à au moins 10.000 personnes et a prononcé un discours de dix minutes.
« Nous ne nous sommes pas vus depuis longtemps. Nous avons tellement de choses à nous dire », a déclaré Suu Kyi au public qui a répondu par des acclamations et des applaudissements.
La libération d’Aung San Suu Kyi pourrait constituer, de la part de la junte, un premier pas pour obtenir une révision des sanctions occidentales qui frappent ce régime, considéré par les organisations de défense des droits de l’homme comme l’un des plus corrompus et répressifs au monde.
Elle pourrait aussi détourner l’attention de l’Europe, les Etats-Unis ou le Japon des dernières élections, qualifiées de « simulacre » par la communauté internationale et remportées par l’USDP, un parti créé de toutes pièces par les militaires.
« Il existe des domaines où elle peut jouer un rôle considérable si on lui en donne la possibilité, et l’Occident tentera de se servir d’elle dans ce but », estime Derek Tonkin, ancien ambassadeur de Grande-Bretagne en Thaïlande et spécialiste reconnu de la Birmanie.
« Le moment est venu où la Birmanie a besoin d’aide », a déclaré Aung San Suu Kyi dimanche à des journalistes à l’issue de son discours. « Les pays occidentaux, les pays orientaux, le monde entier (...), tout commence par le dialogue. »
Yves Cogneau
Bibliographie :
La Dame de Rangoon, Aung San Suu Kyi.
Un Nobel en Prison. Par Barbara Victor.
Se libérer de la peur. Par Aung San Suu Kyi. 1991.
Dossier Noir Birmanie. Par Alan Clements.
Aung San Suu Kyi. La Voix du Défi. Par Alan Clements.
http://www.larbredesrefuges.com/t15...




