Prisonniers politiques
Aung San Suu Kyi est toujours assignée à résidence depuis mai 2003. Le 26 mai 2006, son ordre de détention arrivait pourtant à expiration. Malheureusement, le 27 mai, la junte lui a imposé une année supplémentaire d’assignation à résidence. Pour le moment, rien ne présage sa libération. Son emprisonnement pourrait bien être prolongé dans les semaines à venir. En effet, la Convention nationale, formée de différentes institutions mais pas de la NLD, est en train de rédiger une nouvelle constitution. Il y aura ensuite un référendum puis des élections. Certains analystes pensent que la NLD ne pourra participer à ces élections et que dès lors, ASSK ne sera libérée qu’après le déroulement de celles-ci.
Le 11 novembre 2006, le représentant de l’ONU, Ibrahim Gambari, a pu rencontrer ASSK pendant une heure. Il a dit l’avoir trouvée dans un état de santé raisonnable, mais a affirmé qu’elle devait pouvoir rencontrer son médecin plus souvent. Cette remarque a porté ses fruits car le 25 janvier, elle a pu recevoir son médecin privé qu’elle n’avait plus vu depuis quelques mois.
L’année 2006 a été tristement marquée par le décès du prisonnier Thet Win Aung à la prison de Mandalay. Le groupe de LLN était chargé de son dossier. Il avait été torturé, souffrait de malaria, et avait fait une grève de la faim en 2002 afin de protester contre le manque de soins et la nourriture insuffisante dans les prisons.
La situation sanitaire des prisons ne s’est malheureusement pas améliorée. Les visites en prison du Comité international de la Croix Rouge sont interdites depuis décembre 2005. Très peu de gouvernements dans le monde ont essayé de réduire les visites du CICR dans les lieux de détention. Mais la junte birmane n’a pas hésité à le faire. Le CICR a également du fermer six bureaux en novembre 2006 et deux bureaux en mars 2007. Il pourrait finir par quitter totalement la Birmanie en raison de l’obstruction des autorités militaires. Il faut savoir que la Croix Rouge fournissait la moitié des médicaments et produits d’hygiène de base aux 90 prisons et camps de travail qu’elle visitait. Les prisonniers ne reçoivent toujours pas de nourriture suffisante et de soins médicaux appropriés. Dans certaines prisons, les familles ne peuvent apporter ni nourriture, ni médicaments. Elles doivent les acheter au sein de la prison à des prix exorbitants.
L’AAPP a publié un rapport pour dénoncer la corruption dans les prisons. Pour échapper à une bastonnade, il faut donner 30$ ; une visite à un prisonnier coûte 7$... De plus, il y a un projet d’autofinancement des centres carcéraux pour 2009, ce qui risque d’aggraver encore la corruption interne. Les choses ont déjà commencé à Mandalay. Des prisonniers ont été utilisés comme travailleurs sur des chantiers à l’extérieur de la prison et leurs salaires ont été versés directement à la prison. Les habitants de la région sont très mécontents car ils perdent leur emploi, les prisonniers coûtant nettement moins cher. Pour le moment, cette pratique est suspendue, mais elle pourrait reprendre.
Manifestations de résistance et de protestation
Il semble que des gens osent s’élever contre les autorités. Quelques exemples…
Mi-février quand les résultats des examens dans les lycées ont été connus, il y a eu de vives critiques des parents d’élèves et des enseignants contre un système qu’ils jugent injustes pour les élèves ruraux et les moins riches. En effet 80% des bons élèves viennent de familles riches de Yangon qui peuvent acheter des sujets d’examen ou payer des cours privés très chers, car les enseignants sont mal payés.
La campagne « Open Heart » lancée en janvier par les anciens étudiants de la Génération 88, qui consiste à envoyer des lettres de doléances au SPDC a dû être prolongée, vu l’intérêt que marque la population qui ose s’exprimer. Début février plus de 10 000 modèles de lettres avaient été distribuées. Cette campagne s’est achevée le 5 mars ; les lettres sont en cours d’enregistrement pour transmission à la junte. Cette campagne a été bien perçue à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, car elle montre que l’on peut mener une campagne politique de manière pacifique. Tous les mardis, un groupe interreligieux d’une quarantaine de personnes se réunit à la pagode Shwedagon pour prier pour la libération des prisonniers politiques. Ils sont régulièrement harcelés par les officiels de la pagode et les militaires qui y sont en faction : arrosés à l’eau savonneuse pendant leur repas, hauts parleurs pour couvrir les prières. Il semble que ce harcèlement ait cessé depuis plusieurs semaines. Le 22/2, 15 personnes ont tenu une conférence de presse et manifesté avec des banderoles et des slogans pour demander une réduction de l’inflation, de meilleures conditions de santé et d’éducation et plus d’électricité. Suite à cette manifestation, des personnes ont été arrêtées pour interrogatoire par la police. Elles ont été libérés au bout de 24 heures mais ils ont dû signer une déclaration s’engageant à ne pas reprendre leurs activités politiques.
Gouvernement
Il semble qu’il y ait une lutte de pouvoir au sein de la direction du SPDC entre Shwe Mann à qui Than Shwe a confié le contrôle des forces armées fin septembre, et Maung Aye, numéro 2 de l’armée qui a délégué ses fonctions à un commandant régional. A tout de rôle, ils opèrent des mutations et des transferts dans l’armée.
Il y a eu de vastes purges dans le service de douanes. Plus de 500 agents ont été interpellés pour corruption. Ces purges reflètent les rivalités au sein de la junte et permettent aux militaires de réaffirmer qu’ils sont les maîtres du Myanmar, et qu’ils n’ont que faire des protestations internationales. Les généraux se savent soutenus par la Chine et la Thaïlande, et même l’ASEAN qui continue à prôner un « engagement constructif ».
De nombreuses rumeurs circulent sur la santé des dirigeants. Than Shwe souffrirait d’un cancer. Le premier ministre, Soe Win, aurait la leucémie, Maung Aye souffrirait d’un cancer de la prostate et Thein Sein aurait des problèmes cardiaques. On est peut-être à la veille d’un grand changement au sein du gouvernement. Le Général Shwe Mann et le Lieutenant Général Myint Shwe (ministre de la Défense) pourraient être promus prochainement.
Relations avec les organisations internationales
Conseil de Sécurité de l’ONU
Le 15 septembre le Conseil de Sécurité de l’ONU a voté pour inscrire la question du Myanmar à son ordre du jour (lobbying intense d’AI à New York depuis le mois de mai, et action conduite aussi par Info Birmanie) sur la base d’un rapport qui avait été commandité par Vaclav Havel et Desmond Tutu. L’inscription à l’ordre du jour a été obtenue par 10 pays contre 4 (Chine, Russie, Qatar et RDC) et 1 abstention.
Le 12 janvier, la Russie et la Chine ont utilisé leur droit de veto pour rejeter un projet de résolution dénonçant la Birmanie pour violation des droits de l’homme. Le projet n’a recueilli que 9 voix pour, 3 voix contre (Chine, Russie, Afrique du Sud) et 3 abstentions (Congo, Indonésie, Qatar). Or, pour être adopté, une résolution doit recueillir au moins 9 voix, sans susciter un vote négatif, qui équivaut à un veto (de la part d’un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité).
Sous la conduite des Russes et des Chinois, les partisans du « non » au texte ont expliqué leur attitude sur une question de principe. Pour eux, les problèmes de droits de l’homme n’avaient pas à être discutés au Conseil de sécurité mais au sein des organes spécialisés de l’ONU comme le Conseil des droits de l’homme, l’Organisation internationale pour les migrations ou l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ils ont rappelé que le Conseil de sécurité est compétent pour les sujets présentant une menace à la paix et à la sécurité internationales. Or, les problèmes liés à la Birmanie ne relèvent pas d’une menace.
Les Etats-Unis sont d’un avis contraire. Rangoun est accusé de violations massives des droits de l’homme et de laxisme dans la lutte contre le sida, la grippe aviaire et le trafic de drogue. Ce qui pour Washington suffit pour définir ces problèmes comme une menace à la paix et à la sécurité régionales.
Le texte exigeait la libération de tous les prisonniers politiques, notamment Aung San Suu Kyi, et le fonctionnement libre pour les partis. Il ne contenait pas de sanctions mais appelait Rangoun à stopper les attaques militaires contre les civils dans les zones peuplées majoritairement composées des minorités ethniques et à arrêter les « viols et autres formes de violence sexuelle perpétrés par les membres des forces armées ».
Organisation Internationale du travail (OIT)
En juin 2006, la conférence générale de l’OIT a fixé des dates limites pour que le Myanmar se conforme à des exigences précises, sauf de quoi le pays serait traduit devant la Cour Internationale de Justice. Devant l’absence de progrès dans les négociations entre Richard Horsey (représentant de l’OIT à Rangoon) et la junte, en novembre 2006, l’OIT a mis en route un plan pour traduire le Myanmar devant la Cour de Justice de La Haye pour ne pas avoir éradiqué le travail forcé. Les autorités birmanes ont réagi à cette menace en concluant un accord avec l’OIT en février 2007. Cet accord est à l’essai pour 12 mois. Les victimes de travail forcé pourront librement porter plainte (sans risque de représailles) auprès du représentant de l’OIT à Rangoon qui fera une première évaluation de la plainte. Ensuite le gouvernement devra enquêter et prendre des mesures contre les coupables. Les minorités ethniques sont particulièrement visées par le travail forcé.
ONG étrangères
Les ONG étrangères sont victimes de harcèlement.
Médecins sans frontières a décidé de cesser ses activités dans certains états de la Birmanie car il n’avait plus de liberté de circulation. Les autorités birmanes ne veulent pas de témoins gênants pour leurs activités de déplacements forcés, de recrutements forcés et d’incendies de villages. Il leur est aussi interdit de diffuser des données médicales sur les situations d’épidémie. Les médecins birmans qui travaillent pour MSF à Rangoon pour le traitement des malades du SIDA sont aussi harcelés.
Le fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme a annoncé en 2005 qu’il mettait un terme à sa présence au Myanmar en partie en raison des difficultés rencontrées. La population a pourtant besoin de l’aide de ces différentes organisations. 40% des enfants souffrent de malnutrition malgré les ressources largement suffisantes dont dispose le pays.




