Cela promettait d’être une belle soirée. Une entreprise pharmaceutique invite tout son personnel à une réception dans un château. Tout le monde est sur son 31 et tout le monde a des noeuds dans l’estomac, car sous le couvert du lancement d’un nouveau produit, il s’agit en réalité d’une épreuve de coaching où une conversation impromptue entre un verre de mousseux et un plateau de zakouskis cache une évaluation des compétences, décisive quant au futur de la carrière. On assiste à un jeu de massacre et de faux-semblants, alimenté par le moulin à rumeurs, car l’entreprise a quelques soucis financiers. Dans une écriture astucieuse, le réalisateur revient sur des scènes-clés en dévoilant certains éléments volontairement occultés, en fonction du point de vue des personnages. Un jeu de caches et contre-caches qui réserve des surprises, celui qui apparaissait comme une victime devenant un bourreau. Une métaphore pour restituer le fonctionnement du monde de l’entreprise où chacun est de fait interchangeable et où tout le monde surveille tout le monde. Écrit bien avant la crise actuelle, ce premier film d’un jeune réalisateur français qui a étudié à l’INSAS prend évidemment aujourd’hui une résonance toute particulière. Très plaisant à voir, Rien de personnel n’a rien d’un film militant et rappellerait plutôt les comédies sophistiquées où souffle un vent d’anarchie. Une brise bienvenue pour contrer les vents mauvais de l’économie spéculative balayant le monde du travail.
Gilles Bechet
Rien de personnel, de Mathias Gokalp, sortie nationale le 20 janvier





