Plus de 80 000 taxis circulent dans les rues et avenues encombrées du Caire. Dans ces cafés du commerce sur quatre roues, on peut parler de tout, de la politique, de la religion et des femmes. De ses nombreuses courses à travers la ville, le journaliste, producteur et réalisateur Khaled Al Khamissi rapporte ces monologues et conversations avec un chauffeur de taxi mises en scène telles qu’il les a vécues ou romancées. Il s’en dégage un portrait vivant et plein de drôlerie de la société égyptienne. Dans tous les pays, le langage de la rue se partage entre les indignations, les jugements excessifs et l’intuition la plus fine. Ainsi, les parfait inconnus qui se présentent aux élections présidentielles face à Hosni Moubarak pour donner l’illusion d’une démocratie ne devraient pas s’étonner d’être comparés à des abrutis dont même leur mère n’a jamais entendu parler. Sans illusion, ces philosophes du bitume ont conscience qu’ils vivent dans une société où l’ordre et la loi sont élastiques et où les interdictions ne valent que pour ceux qui ont décidé de les appliquer. Et c’est avec une mauvaise foi et un humour omniprésents qu’ils tentent de lutter contre un sentiment d’impuissance. Mais ce qui se décante de manière inexorable de toutes ces tranches de vie, c’est le fossé de plus en plus infranchissable entre les pauvres et les nantis, les élites et le reste, alimentant une frustration qui ne pourra que déborder d’un jour à l’autre.
Gilles Bechet
Taxi, Khaled Al Khamissi, Actes Sud, 192 pages, 18,80 €




