Autoproclamée plus grande démocratie du monde, l’Inde est dans les faits un pays profondément inégalitaire. C’est aussi un vivier littéraire apparemment inépuisable de jeunes auteurs qui inscrivent leurs récits dans ce chaudron social bouillonnant. Histoire de mes assassins met en scène un journaliste d’investigation qui apprend un matin qu’il vient d’échapper à une tentative d’assassinat dans laquelle seraient impliqués cinq criminels venus des entrailles de l’Inde rurale. Le roman alterne les doutes et questionnements de la supposée victime avec l’exploration du passé de ces hors-la-loi. C’est une plongée hallucinante dans un environnement qui produit des assassins aussi sûrement qu’une poule pond un œuf. Propriétaires terriens et paysans sans terre, musulmans et hindous, élite anglophone et campagnards incultes, chaque différence et chaque division instituée deviennent une source de frustration, d’humiliation et de mépris. Marqués dès leur enfance par leur origine, ils trouvent dans la violence une échappatoire à leur cruelle condition. L’un apprend à manier le couteau comme un instrument de précision, un autre découvre les infinies possibilités du marteau, outil idéal pour fracasser les crânes comme pour briser les os. Pour d’autres, faute de mieux, la prison ou les toits de la gare de Delhi feront office d’école de la vie. En suivant le parcours de ces assassins et miséreux anonymes Tarun Tejpal leur rend l’humanité que la société leur dénie. Seul petit bémol au roman, c’est qu’en contraste avec ces portraits saisissants, les relations conflictuelles du journaliste avec sa maîtresse et celles, pourtant assez drôles avec son maître à penser, paraissent bien insignifiantes.
Gilles Bechet
Histoire de mes assassins, Tarun J. Tejpal, Buchet-Chastel, 592 pages, 25 €




