D’après les Nations unies, deux femmes sur trois en sont victimes en Afrique. De 66 à 70 % des femmes subissent, dans le monde et à un moment donné de leur vie, des agressions commises par une connaissance, un proche, un mari ou un frère. Deux millions de femmes et de filles sont mutilées sexuellement chaque année ; 80 % des Afghanes subissent des violences domestiques, etc. Ces chiffres accablants ne sont que des estimations et ne représentent sans doute que la partie visible de l’iceberg. Dans les violences entre partenaires, les femmes sont les souffre-douleur, les exutoires du malheur des hommes. L’alcool, le chômage ou les difficultés de la vie sont invoqués pour justifier ce fléau, mais la vraie raison trouve ses sources dans la discrimination et la volonté de prise de pouvoir de l’un sur l’autre.
Il s’agit d’un phénomène universel présent au-delà de toute culture et de tout niveau social, qui nous concerne toutes et tous. En effet, il appartient à la société de protéger sa population et les femmes en particulier car une société dans laquelle les droits des femmes sont bafoués et où les violences sont tolérées est une société en déclin et donc en péril.
La section belge d’Amnesty, en coordination avec les associations spécialisées et de terrain, suit de très près l’évolution de la prise en compte de ce problème par les pouvoirs publics belges. Après l’élaboration et l’adoption de plusieurs Plans d’action nationaux (PAN), des procédures ont été mises en place. Ainsi, par exemple, les circulaires de la ministre de la Justice de 2006, dites de « Tolérance zéro » et en vertu desquelles toute plainte devra être spécifiquement traitée par du personnel judiciaire et de police spécifique. Or, un magistrat de référence spécialisé n’est pas encore désigné dans tous les arrondissements judiciaires.
Ainsi également, tous les commissariats ne disposent pas de locaux appropriés pour trois quarts des dossiers classés sans suite pour des raisons diverses et variées, et parfois « techniques » ! Or, pour lutter efficacement contre un phénomène, il faut pouvoir le quantifier. Le Conseil de l’Europe estime que, dans les différents pays, entre un cinquième et un quart des femmes ont subi des violences physiques au moins une fois dans leur vie d’adulte et que plus d’un dixième des femmes ont subi des violences sexuelles avec usage de la force. Toutes formes de violence confondues, y compris la persécution, ce chiffre s’élève à 45 %. En Belgique, dans un sondage mené en 2005 par Amnesty, une personne interrogée sur trois disait connaître dans son entourage proche un couple dans lequel la violence était présente. Mais combien de femmes sont mortes l’an dernier, en Belgique, sous les coups de leur conjoint ? La question a été posée récemment aux différents services publics concernés… Aucune réponse !
Dans un document d’évaluation de la politique belge de lutte contre les violences entre partenaires, Amnesty se montre vigilante. Ainsi, notre mouvement se réjouit de la récente mise en place d’un Numéro Vert d’urgence gratuit dans la partie francophone du pays. Mais, si on a pu libérer les budgets nécessaires pour que cette ligne soit disponible du lundi au samedi de neuf à vingt heures, que fait-on des personnes qui ont besoin d’aide à d’autres moments ? Elles sont dirigées vers un site Internet ! On se trouve face à un exemple flagrant de la limite des moyens humains et financiers accordés à une décision politique.
Une réelle volonté politique de lutte contre les violences entre partenaires s’évalue à la mesure des moyens qu’on lui accorde. Ces moyens devraient être affectés aux mesures d’accueil des victimes et de soutien aux centres d’accueil spécialisés, aux mesures de protection des victimes et d’accompagnement des auteurs, et enfin (et surtout) à l’évaluation et au suivi.
Mais il faut également agir en amont : la prévention passe par un changement des comportements, des attitudes et des réactions. Comme nous le disions plus haut, beaucoup a été fait (plus ou moins efficacement) et pourtant, trop de femmes sont encore victimes et en danger. Si l’on estime que la violence entre partenaires est à jamais intolérable, il faut en être convaincu et agir en conséquence au quotidien. Nous pouvons tous et toutes agir à notre niveau, mais des campagnes de sensibilisation à long terme et régulières doivent être menées. Quelques-unes l’ont effectivement été. Mais il ne s’agit que de « one shots », alors que le travail devrait être permanent et dirigé vers un public plus large.
Dans les écoles, ce sujet doit être rappelé chaque année. Combien d’établissements d’enseignement osent aborder ces questions ? Nous en avons approché plusieurs, aucun n’avait une charte ou un règlement d’ordre intérieur stipulant que la violence à l’égard des filles ne serait pas tolérée et que l’établissement s’inscrivait dans une approche d’éducation égalitaire et respectueuse. Dans les entreprises aussi, Amnesty recommande de sensibiliser le personnel et de former les délégués syndicaux et les personnes en charge des ressources humaines afin de prévenir et gérer tout comportement lié à ce phénomène. C’est clair, le combat contre ce fléau doit être global, tant au niveau politico-institutionnel qu’au niveau individuel. La vie de trop de femmes en dépend.
Françoise Guillitte




