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Justice pour les Libanais

vendredi 4 décembre 2009, par Pascal Fenaux

Voici vingt ans, en novembre 1989, les différentes milices et factions libanaises signaient en Arabie saoudite les Accords de Taëf. Conclus sous le haut patronage d’une Syrie dont l’armée contrôlait 80% du territoire libanais, ces accords étaient censés mettre un point final à un entrelacs de guerres civiles et d’interventions syriennes et israéliennes qui, depuis 1975, saignaient à blanc ce pays trois fois plus petit que la Belgique. Qu’on en juge : les bilans les plus raisonnables de la déferlante de feu qui s’est abattue sur le Liban font état de 150 000 morts, un million de blessés et 17 000 disparus. Or, les autorités libanaises n’ont pris quasiment aucune mesure réelle pour que la vérité soit établie et pour que justice soit rendue aux victimes. Au contraire, les gouvernements libanais qui se sont succédé depuis vingt ans n’ont fait que renforcer l’impunité en adoptant des lois d’amnistie en faveur des auteurs d’atteintes aux droits humains commises par le passé.

La Loi d’Amnistie générale n°84/91 du 26 août 1991 accorde… l’amnistie générale, à quelques exceptions près, pour les crimes commis avant le 28 mars 1991. Ce climat d’impunité est aggravé par le fait que ni l’État d’Israël ni la République syrienne n’ont jamais mené d’enquêtes sérieuses sur les crimes imputés à leurs forces armées, tandis que la « communauté internationale » n’a jamais manifesté le moindre intérêt pour l’ouverture d’enquêtes au niveau international.

En 2009, de trop nombreux citoyens libanais et réfugiés palestiniens en sont encore à se morfondre en interrogations morbides quant au sort de ces milliers de proches enlevés pendant la guerre civile. Le 25 novembre, après que des tests ADN eurent identifié dans la plaine de la Bekaa la dépouille d’un journaliste britannique, Alec Collett, enlevé à Beyrouth en 1985, Amnesty International a lancé un appel aux autorités libanaises pour qu’elles prennent enfin les mesures nécessaires pour élucider les disparitions. Or, le Liban n’a toujours pas établi de banque de données contenant des échantillons ADN de proches des personnes disparues, banque de données que réclament depuis plus de dix ans les associations de familles de victimes de la guerre civile. De même, les autorités libanaises n’ont jamais procédé à des exhumations systématiques sur les sites utilisés comme fosses communes pendant le conflit, même lorsqu’elles en ont officiellement reconnu l’existence. Fragile et constamment menacé de paralysie par l’opposition entre ses composantes « prosyriennes » et « antisyriennes », le gouvernement formé le 9 novembre dernier par le Premier ministre Saad Hariri ne devrait sans doute pas changer la donne.

Pascal Fenaux

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