À 17 ans, Fengfang pose se valises à Pékin, laissant derrière elle l’étouffant village du sud de la Chine où elle a grandi. Comme elle adore le cinéma, elle se présente aux Grands studios de la capitale dans l’espoir de décrocher un premier boulot de figuration. C’est avec le formulaire 6787 que débute sa dérive dans une ville en constante mutation, de cachet dérisoire en plan foireux, d’appartement minuscule en immeuble collectif sans intimité. Avide d’amour, la jeune fille multiplie les liaisons en cul-de-sac, quittant un chinois jaloux pour un Américain de passage. Pour l’amour romantique, elle repassera. D’ailleurs, il paraît qu’aucun dictionnaire chinois ne contient d’équivalent au mot romantique. Dans la métropole surpeuplée, la meilleure option est donc de se fondre dans la foule, car en Chine, tout ce qui sort de la norme devient louche et l’individualiste est considéré comme un danger pour la société. Entre le passé figé et la modernité en trompe l’oeil, Fengfang ne trouve pas sa place. Écrivaine, cinéaste et photographe, Xiaolu Guo décrit par petites touches, dans de courts chapitres introduits par des photos, le parcours d’une jeune chinoise postmoderne qui ne veut pas décrocher la lune ou faire la révolution, qui veut juste mordre la vie à pleines dents.
Gilles Bechet
Xiaolu Guo, Vingt fragments d’une jeunesse vorace, Buchet/Chastel, 192 pages 17 €





