Il va sans dire que l’exploitation des ressources naturelles dans les régions déshéritées est souvent un fléau pour les populations locales. Comme son nom le suggère, Altiplano se situe quelque part dans les Andes où l’exploitation des mines d’or a des conséquences désastreuses pour les Indiens qui vivent sur ces hauteurs reculées. Délaissant le documentaire, Pete Brosens et Jessica Woodworth, un couple de réalisateurs belgo-américains, poursuivent leur travail de fiction avec un film d’une grande maîtrise et d’une grande beauté. Dès les premières images qui suivent la sortie d’une statue de la Vierge escortée d’Indiens masqués, s’ouvre un monde où le réalisme magique est la meilleure clé pour ouvrir les portes d’une autre culture. La caméra panoramique s’intéresse autant aux préparatifs de mariage d’un jeune couple du village qu’aux efforts d’une équipe de médecins venus sur place pour soigner les maladies des yeux, comme à l’angoisse d’une photoreporter, restée en Belgique après une expérience tragique en Irak. Blancs et Indiens vivent chacun dans leur monde et ne se comprennent pas malgré une certaine bonne volonté, et l’incompréhension comme toujours mène au rejet. Incarnés avec beaucoup de force et sans la moindre lourdeur psychologique, les personnages gardent cette part de mystère qui les rend paradoxalement plus humains. Visuellement superbe, Altiplano pose un regard réenchanté sur un monde global. Par la grâce du cinéma, il réussit à rendre l’étranger plus proche sans pour autant l’expliquer.
Gilles Bechet
Altiplano, Pete Brosens et Jessica Woodworth, sortie nationale le 25 novembre





