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Exigeons la Dignité - Des initiatives sur tous les continents

mardi 3 novembre 2009, par Pascal Fenaux

Lancée voici cinq mois par Amnesty International, la campagne « Exigeons la Dignité » poursuit son bonhomme de chemin, sans mauvais jeu de mots.

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Lancement de la Caravane contre la Mortalité maternelle dans la capitale sierra-léonaise. Freetown, 22 septembre 2009. © AI/Philippe Hensmans

Le 22 septembre dernier, la secrétaire générale d’Amnesty International, Irene Khan, à la tête d’une mission d’AI à laquelle participait également le directeur d’AIBF, Philippe Hensmans, a donné à Freetown le signal de départ à la caravane d’Amnesty International destinée à sensibiliser la population sierra-leonaise au fait que le problème des décès liés à la maternité relève des droits humains en SIERRA LEONE et pour demander au gouvernement sierra-léonais une amélioration des services de santé dans le pays. Ce fléau ravage particulièrement ce petit État d’Afrique subsaharienne déjà lourdement frappé par une guerre civile atroce qui, de 1991 à 2002, fit quelque 100000 morts et provoqua le déplacement forcé de plus de 2 millions de personnes.

Le rapport qui accompagnait cette action, Out of Reach : The Cost of Maternal Health in Sierra Leone (Index AI : AFR 51/005/2009) [1], se fonde sur des témoignages personnels qui montrent que de nombreuses femmes et jeunes filles ne peuvent pas bénéficier de soins qui leur sauveraient la vie parce qu’elles sont trop pauvres pour se les payer. Ainsi, en Sierra Leone, une femme sur huit risque de mourir pendant la grossesse ou l’accouchement. Il s’agit de l’un des taux de mortalité maternelle les plus élevés au monde. Des milliers de femmes meurent d’hémorragie après l’accouchement. La plupart meurent chez elles. Certaines meurent en se rendant à l’hôpital, en taxi, en motocyclette ou à pied. En Sierra Leone, moins de la moitié des naissances se passent en présence d’une accou- cheuse compétente et moins d’un accouchement sur cinq a lieu dans un établissement de santé.

La date du 22 septembre n’avait pas été choisie au hasard car, au moment même, les dirigeants de la planète se réunissaient à New York pour discuter de l’accroissement du financement des soins de santé dans les pays en voie de développement. Cependant, a déclaré Irene Khan à Freetown, « l’argent supplémentaire ne résoudra pas à lui seul le problème. En Sierra Leone, la tragédie terrible de la mortalité maternelle trouve en effet ses origines dans la discrimination dont les femmes font l’objet et dans le statut social dévalorisé qui est le leur. Dans ce pays, les filles sont contraintes de se marier très jeunes, sont exclues des écoles et subissent la violence sexuelle. Or, les besoins des femmes en matière de santé ne sont pas considérés comme prioritaires par les familles, les dirigeants communautaires et le gouvernement. »

Toujours en lien avec la mortalité maternelle ou les droits sexuels et reproductifs, Amnesty International a salué les autorités du PÉROU et les a encouragées à poursuivre leurs efforts en faveur de la dépénalisation de l’avortement dans le pays. Le retrait des sanctions pénales devrait contribuer à empêcher que des femmes et des jeunes filles vivent dans l’angoisse et ne mettent leur vie en danger en recherchant des traitements clandestins à l’issue incertaine, et sans suivi médical adapté, tout en courant le risque d’être incarcérées si elles sont découvertes .

UNE VÉRITÉ PASSÉE SOUS SILENCE

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Par ailleurs, la secrétaire générale d’AI a mis à profit le 17 octobre, date de la Journée internationale pour l’Élimination de la pauvreté, pour appeler les dirigeants politiques internationaux à modifier leur approche de la pauvreté. Alors que ce débat se focalise généralement sur les questions économiques, il ne s’intéresse que peu aux problèmes sociaux liés directement et indirectement aux droits humains, des droits humains dont les violations plongent et retiennent les populations dans la pauvreté. Pour Irene Khan, « la discrimination, la répression exercée par les autorités, la corruption, l’insécurité, la violence sont des caractéristiques de la pauvreté, tout autant que l’absence de ressources matérielles. Ces problèmes de droits humains ne peuvent pas être résolus en augmentant simplement les revenus. »

Promouvant à New York la sortie de son livre intitulé The Unheard Truth : Poverty and Human Rights [2], un ouvrage salué par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, qui considère qu’il s’inscrit parfaitement dans le cadre des Objectifs du Millénaire pour le développement. Dans ce livre, non encore traduit en français, Irene Khan soutient qu’il est nécessaire, pour éliminer la pauvreté, que les droits économiques, sociaux et culturels (par exemple les droits à la santé, à l’éducation ou au logement) soient respectés tout autant que les droits civils et politiques. « Nous ne pouvons aborder les droits humains de façon fractionnée ou incomplète si nous voulons résoudre la question de la pauvreté. Il est aussi important d’exiger le droit à la participation que d’affecter les ressources nécessaires à la satisfaction de besoins essentiels comme la nourriture, la santé et le logement. La protection des personnes contre la violence est tout aussi décisive que la fin de la discrimination. Pour réduire la mortalité maternelle, il faut un meilleur suivi sanitaire, mais il faut aussi améliorer la condition des femmes. »

EXPULSIONS

Après la sortie le 30 juin 2009 d’un épais rapport consacré à l’industrie pétrolière du Delta du Niger (voir Libertés ! n°456 de septembre 2009), laquelle ne signifie pour la majorité des habitants que paupérisation et violence, le NIGERIA a fait également l’objet d’une action à l’occasion de la Journée mondiale de l’Habitat du 5 octobre 2009. Cette action était consacrée aux violations massives et systématiques du droit au logement dans ce pays. Ainsi, sur l’ensemble du territoire nigérian, plus de deux millions de personnes ont été expulsées de chez elles depuis le début du XXIe siècle. La plupart d’entre elles étaient déjà marginalisées et beaucoup vivaient depuis des années sans avoir accès à une eau potable, à un système sanitaire correct, à des services de santé dignes de ce nom ou encore à l’enseignement. En 2006, le Nigeria a été désigné par le Centre sur les droits au logement et les expulsions, basé à Genève, comme étant l’un des trois pays où les autorités bafouent le plus les droits au logement.

Aujourd’hui, les expulsions se poursuivent de plus belle dans tout le pays. Pour la seule capitale, Abuja, on estime à environ 800 000 le nombre de personnes qui ont été forcées de quitter leur domicile depuis 2003. De mai à juillet 2008, des expulsions ont eu lieu presque toutes les semaines à Lagos. Certains groupes ont connu à cette époque leur troisième déplacement forcé. À Port Harcourt, capitale de l’État de Rivers et ville la plus peuplée du delta du Niger,les pouvoirs publics procèdent à des expulsions massives le long des berges, alors que le gouvernement de l’État avait promis qu’aucune mesure de ce type n’aurait lieu. Des milliers de personnes risquent ainsi de se retrouver sans abri.

DISCRIMINATIONS

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Des migrantes chinoises d’ethnie coréenne dans un refuge pour femmes. Séoul, novembre 2008. © AI

La CORÉE DU SUD est un autre pays couvert par la campagne « Exigeons la Dignité ». En effet, bien que des dispositions réglementaires destinées à protéger leurs droits aient été adoptées, un grand nombre de travailleurs migrants y sont brutalisés, soumis à la traite à des fins d’exploitation sexuelle et privés de salaire durant de longues périodes, écrit Amnesty International dans un nouveau rapport. Dans un rapport de 98 pages [3], l’organisation présente des informations montrant que les migrants travaillent souvent sur de grosses machines et avec des produits chimiques dangereux, sans équipement de protection et en n’ayant pas été suffisamment formés pour ces tâches. Ils sont davantage exposés aux accidents du travail, qui se révèlent parfois mortels, et sont moins rémunérés que leurs collègues sud-coréens.

Bien que la Corée du Sud ait été l’un des premiers pays d’Asie à inscrire dans la législation les droits des travailleurs migrants et à accorder à ces personnes un statut identique à celui des travailleurs locaux, cinq ans après l’entrée en vigueur du système relatif aux permis de travail, un grand nombre des 220 000 migrants restent dans une situation difficile et sont toujours victimes de violations de leurs droits. Pour tenir sa promesse de réduire ce chiffre de moitié d’ici à 2012, le gouvernement sud-coréen a déclenché une action massive, et parfois violente, contre les travailleurs migrants. Les fonctionnaires de l’immigration et les policiers sont accusés de parfois agir en dehors du cadre légal et recourir à une force excessive contre les étrangers.

Enfin, le 27 octobre, Amnesty International a publié un rapport [4] accusant ISRAËL de priver les PALESTINIENS de leur droit d’accéder à une eau suffisante en poursuivant une politique discriminatoire qui limite abusivement l’accès à l’eau dans les territoires palestiniens occupés et empêche les Palestiniens de mettre en place un réseau de distribution efficace. Israël ne laisse les Palestiniens utiliser qu’une faible quantité des ressources communes en eau, qui se situent principalement en Cisjordanie occupée, alors que les colonies israéliennes y bénéficient d’un approvisionnement quasi illimité. De même, dans la bande de Gaza, le blocus israélien n’a fait qu’aggraver une situation déjà catastrophique.

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Israël utilise plus de 80 % de l’eau provenant de l’aquifère de montagne, principale source souterraine en Israël et dans les territoires palestiniens occupés, tout en limitant à seulement 20 % la consommation des Palestiniens. Or, il s’agit de l’unique source d’eau pour les Palestiniens en Cisjordanie, alors qu’Israël dispose de plusieurs sources d’approvisionnement et utilise toute l’eau disponible du Jourdain. Tandis que la consommation d’eau des Palestiniens s’élève à peine à 70 litres par personne et par jour, celle des Israéliens dépasse 300 litres par jour, soit quatre fois plus. Dans certaines zones rurales, les Palestiniens survivent avec à peine 20 litres par jour, le minimum recommandé pour un usage domestique en situation d’urgence. Quelque 180 000 à 200 000 Palestiniens vivant dans des zones rurales n’ont pas accès à l’eau courante et l’armée israélienne les empêche souvent de recueillir l’eau de pluie.

Par ailleurs, les limitations sur les déplacements dans les territoires palestiniens occupés accentuent les difficultés que rencontrent les Palestiniens pour mettre sur pied des projets relatifs aux réseaux d’eau et d’assainissement ou simplement pour distribuer de petites quantités d’eau. Dans la bande de Gaza, l’aquifère côtier, unique source d’eau, est contaminé à 90 à 95 % et impropre à la consommation.

Israël s’est approprié de vastes secteurs des terres palestiniennes occupées riches en eau, interdisant aux Palestiniens d’y accéder. Il a en outre instauré un système complexe de permis que les Palestiniens sont tenus d’obtenir de l’armée israélienne et de certaines autorités pour mener à bien des projets hydrauliques dans les territoires palestiniens occupés. Bien souvent, leurs demandes sont rejetées ou retardées. Dès lors, les colons israéliens, établis en Cisjordanie en violation du droit international, ont recours à l’irrigation intensive pour leurs cultures et disposent de jardins luxuriants et de piscines. Quelque 450 000 colons utilisent autant d’eau, sinon plus, que l’ensemble de la population palestinienne estimée à 2,3 millions.

Enfin, les mois de novembre et décembre, la Belgique sera également le lieu de plusieurs actions menées dans le cadre de la campagne « Exigeons la Dignité », comme on le verra dans les pages Mouvement de ce numéro (p.10-12).

Pascal Fenaux

Notes

[1] Une synthèse, couplée à une proposition d’action, existe en français : Des vies écourtées (Index AI : AFR 51/001/2009).

[2] The Unheard Truth : Poverty and Human Rights, W. W. Norton & Co, 272 p.

[3] South Korea : Disposable Labour : Rights of migrant workers in South Korea (Index AI : ASA 25/001/2009).

[4] Israel/Occupied Palestinian Territories : Demand Dignity : Troubled waters – Palestinians denied fair access to water (Index AI : MDE 15/027/2009).

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