
- Des écolières passent devant un mur recouvert du graffiti : « Dadis, on ne peut pas tromper tout un peuple. » Conakry, 22 octobre 2009. © AFP PHOTO/Sia Kambou
Avec plus de 157morts, la répression qui s’est abattue contre les participants à une manifestation de l’opposition, le 28 septembre 2009 dans le Stade du 28 Septembre de Conakry, est d’ores et déjà considérée comme l’un des pires carnages commis en une seule journée depuis un quart de siècle dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, dirigé depuis son indépendance en 1958 par des militaires et où l’armée est régulièrement accusée de graves exactions. De son côté, une source policière ne parle « que » de 87 personnes tuées. Non contentes de tirer sur la foule, les forces de sécurité se seraient également livrées ensuite à de véritables scènes de barbarie, dont de multiples viols.
Dans les heures et jours qui ont suivi cette répression, des forces de sécurité comprenant des membres du Bataillon autonome des Troupes aéroportées (BATA) et de la garde présidentielle (les « Bérets rouges ») ont ratissé plusieurs quartiers de la capitale Conakry connus pour leur opposition à la junte au pouvoir. Des personnes ont été arrêtées chez elles ou dans la rue. Certaines ont été frappées, puis mises dans des coffres de véhicules par des militaires et ont depuis lors disparu. D’autres enfin ont été victimes d’exécutions extrajudiciaires à l’arme à feu et à l’arme blanche. Plusieurs cadavres remis à leurs familles par les autorités portent des marques de torture.
Par ailleurs, Amnesty International est très préoccupée par le sort du lieutenant Mohamed Lamine Diallo, âgé de trente-sept ans, arrêté à la caserne militaire Alpha Yaya à Conakry, le 7 octobre 2009, par des membres du Bataillon autonome des troupes aéroportées (BATA). Depuis lors, personne n’a pu l’approcher et l’on ignore l’endroit où il est détenu. Amnesty International craint pour sa sécurité et sa vie car, dans le passé, un certain nombre de soldats ont été torturés en détention. Depuis l’arrivée au pouvoir du chef de la junte, Daddis Camara, en décembre 2008, plusieurs soldats ont été arrêtés et au moins 11 se trouvent encore actuel- lement incarcérés au secret et sans inculpation dans un lieu de détention situé sur l’île de Kassa, à l’ouest de Conakry.
Amnesty International a appelé à l’établissement d’une enquête internationale, ainsi qu’à la cessation immédiate de tout approvisionnement du gouvernement guinéen en matériels de sécurité et de police susceptibles d’être utilisés pour commettre des violations graves des droits humains, et ce, tant que le gouvernement guinéen n’aura pas mis en place des mesures concrètes visant à prévenir de telles atteintes par les forces de sécurité et à traduire en justice les responsables de ces actes.
Le 27 octobre, la présidence suédoise de l’Union européenne a annoncé que les ministres des Affaires étrangères de l’UE avaient décrété des sanctions ciblées (gels d’avoirs, interdictions de visas, etc) à l’encontre du CNDD (Conseil national pour la Démocratie et le Développement, junte au pouvoir) et un embargo sur les armes a indiqué la présidence suédoise de l’UE.
P.F.




