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L’étouffoir tunisien

mardi 3 novembre 2009, par Pascal Fenaux

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Des renforts militaires se déploient à Redeyef, secouée par des manifestations des syndicats des mines de phosphate. Juin 2008. © Privé

Le 25 octobre, les électeurs tunisiens étaient convoqués pour un double scrutin présidentiel et législatif. Comme de coutume depuis 22 ans, le président sortant, Zine el Abidine Ben Ali, a été officiellement et triomphalement élu avec 89,62 % des voix), tandis que le parti présidentiel, le Rassemblement constitutionnel (ou destourien) démocratique (RCD) a obtenu une victoire écrasante en emportant 161 sièges sur 214 à la Chambre des députés, soit une victoire officielle de 75 %. Zine el Abidine Ben Ali est arrivé au pouvoir en 1987, à la suite de ce que la population tunisienne, avec fatalisme et humour, avait qualifié de « coup d’État médico-légal ». En effet, voici 22 ans, le président Habib Bourguiba, qui régnait en « despote éclairé » sur la Tunisie depuis son indépendance en 1956, était destitué officiellement pour raisons de santé par celui à qui il avait (imprudemment) confié les charges de patron de la Sûreté nationale, de Premier ministre et de ministre de l’Intérieur.

Depuis ce coup d’État, les autorités tunisiennes n’ont jamais ménagé leurs efforts sur la scène internationale pour présenter la Tunisie comme une société ouverte et tolérante régie selon les règles de l’État de droit. Or, une répression constante frappe les partis d’opposition qui sont systématiquement interdits ou entravés dans leurs droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion. Des fonctionnaires ou des individus agissant pour le compte des autorités font subir aux détracteurs du gouvernement et aux défenseurs des droits humains une surveillance oppressante, des menaces, des manœuvres de harcèlement et des violences physiques. Quant aux médias, ils restent en grande partie la propriété de l’État ou sous le contrôle ou l’influence de celui-ci, tandis qu’en critiquant le gouvernement ou en relayant les soupçons de corruption incriminant les sphères du pouvoir, les rares journalistes indépendants prennent également le risque de se faire harceler, intimider et emprisonner.

Le 29 octobre, le journaliste et opposant éprouvé Taoufik Ben Brik a été écroué pour la prétendue agression contre une Tunisienne, tandis que, la veille, le blogueur Slim Boukhdhir a été passé à tabac et momentanément enlevé par des inconnus. Quelques heures auparavant, il avait eu le « tort » de répondre à une interview de la BBC. Lors du lancement de sa campagne électorale, le 11 octobre dernier, le président Ben Ali n’avait pourtant pas craint d’affirmer, entre autres déclarations solennelles, que, depuis son accession au pouvoir, il avait accordé aux droits humains « une place prépondérante dans [son] projet civilisationnel. »

Pascal Fenaux

Pour en savoir plus :
Tunisie – Les violations des droits humains se poursuivent au nom de la sécurité (Index AI : MDE 30/010/2009)

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