Pour les tribus juives qui vivent dans les régions montagneuses du nord de l’Éthiopie, Jérusalem a longtemps été un rêve lointain et inaccessible. En 1984, l’Opération Moïse allait permettre à plusieurs milliers de ces Juifs éthiopiens de rejoindre la terre promise et de passer du rêve à la réalité, non sans mal. Dans un roman limpide traversé d’images oniriques, un jeune auteur israélien d’origine éthiopienne s’inspire du périple qu’il a accompli avec sa famille pour livrer un beau récit sur l’apprentissage à la vie et sur le choc des cultures. Le monde que le jeune berger Petgu et sa famille vont quitter est un univers hors du temps. Ils y mènent une vie en complète harmonie avec la nature, ses beautés et ses démons, baignés des récits magiques des gens de Beita Israël comme ils se font appeler. Quand le grand voyage commence, ils partent à pied jusqu’à la frontière soudanaise, rencontrent les brigands et les soldats pour se retrouver dans un camp de réfugiés de la Croix- Rouge. La Jérusalem qui s’offre aux yeux de Petgu est loin de la ville sainte aux toits couverts d’or des récits de sa grand-mère. La réalité qu’il y découvre a les couleurs du racisme, de la cupidité et du mépris. Il apprend à maîtriser, la frustration, la colère et la haine qu’il éprouve vis-à-vis des Israéliens blancs à qui il voudrait pourtant par moments ressembler. Avec ce premier roman parfaitement maîtrisé, Omri Avera parvient en écoutant sa voix intérieure à maintenir, jusque dans les circonstances les plus brutales, un émerveillement face à la vie.
G.B.
Omri Teg’Amlak Avera, Asteraï, Éditions Actes Sud, 286 pages, 22 €





