
- Encadrant le chef de la junte Than Shwe, l’état-major de l’armée birmane assiste à un défilé lors du Jour des Forces armées. Naypidaw, 27 mars 2009. © AFP/Hla Hla Htay
La junte militaire a lancé un projet de réforme politique, début 2003. Pompeusement intitulé « Feuille de Route vers la Démocratie », il a été mené de façon unilatérale par les militaires, sans réelle concertation avec les opposants politiques ou les représentants des minorités ethniques du pays. Il a conduit à un référendum sur une nouvelle Constitution en mai 2008, quelques jours après que toute une partie du sud du pays ait été dévastée par le cyclone Nargis [1], une enseignante vivant à Rangoun. Le vote était secret, mais dans l’ambiance de peur généralisée qui règne dans ce pays et après des semaines de propagande, j’étais impressionnée par la présence de ces représentants et par leurs regards soupçonneux. J’ai voté en faveur de la Constitution afin d’éviter tout risque de représailles. Vous devez comprendre qu’“ils” peuvent vous casser en une minute. Tous vos projets et ceux de votre famille peuvent être ruinés par une seule décision des autorités. L’intimidation était encore plus forte dans la fonction publique, où il était possible de voter sur son lieu de travail. Un fonctionnaire m’a dit que son supérieur hiérarchique lui avait tendu le bulletin de vote et l’avait regardé faire son choix ! Il faudrait être très courageux et vouloir risquer de gros ennuis pour son emploi et sa famille pour oser voter “non” dans un tel contexte. »
UN QUART DES SIÈGES AUX MILITAIRES
La prochaine étape de la « Feuille de Route » est prévue pour 2010, avec la tenue d’élections. La nouvelle Constitution contient cependant de nombreuses dispositions qui ne laissent planer aucun doute sur la volonté de la junte militaire de se maintenir au pouvoir coûte que coûte après ce scrutin. Elle réserve à l’armée 25% des sièges au Parlement ainsi que des pans entiers des pouvoirs exécutif et judiciaire. Elle garantit l’impunité aux auteurs de violations des droits humains commises par le passé et elle accorde aux militaires le droit de suspendre tous les droits fondamentaux « en cas d’urgence ».
La Constitution interdit par ailleurs à toute une série de Birmans de se présenter au scrutin, dont ceux qui ont vécu en dehors du Myanmar pendant cinq ans ou plus, ceux qui se sont mariés à une personne étrangère, etc. Ces clauses permettent au régime d’interdire à la figure de proue de l’opposition, Aung San Suu Kyi, de participer aux élections. Son parti, la NLD [2], avait largement remporté les élections de 1990, mais les militaires avaient refusé de lui céder le pouvoir. La junte aura bien de la peine à faire croire à la crédibilité du scrutin de l’an prochain si les principaux opposants n’ont pas la possibilité d’y participer.
À l’intérieur du Myanmar, personne ne se fait d’illusion sur l’issue des élections de 2010. « La majorité des Birmans ne sont pas intéressés par ce scrutin, estime une ancienne prisonnière politique vivant à Rangoun. Beaucoup n’ont pas de conscience politique ou sont las de la politique. Ils détestent le gouvernement actuel, mais ils ne voient pas d’alternative parmi les opposants birmans en exil car ceux-ci sont assez divisés. Les politiciens de l’opposition restés au pays n’ont guère de crédit, les gens ne savent donc plus à qui faire confiance, sauf peut-être aux opposants plus âgés, mais ils sont presque tous en prison… ou en résidence surveillée. Le récent procès d’Aung San Suu Kyi a intéressé beaucoup de Birmans car elle demeure un symbole, un espoir pour tout le peuple. Pour le reste, le problème des gens est de trouver de quoi manger pour le soir et le lendemain matin ».
S. G.




