
- Par Par Lay, l’un des comédiens de la troupe des Frères Moustache. Rangoun, 25 août 2009. © Samuel Grumiau
La troupe des Frères Moustache existe depuis plus de 40 ans. Mélange de danses, chants et blagues, leurs spectacles comportent des critiques drôles des dirigeants militaires. Ceux-ci n’ayant malheureusement pas le sens de l’humour ni de l’autodérision, Par Par Lay, l’un des comédiens vedettes de la troupe, a déjà été emprisonné à trois reprises. « La première arrestation remonte à 1990, il a été détenu six mois suite à une blague, explique son frère Lu Maw, lui aussi comédien. Il a de nouveau été arrêté le 7 janvier 1996, trois jours après que nous ayons joué un spectacle chez Aung San Suu Kyi . Notre cousin Lu Zaw et des organisateurs du spectacle ont été arrêtés en même temps. » Là aussi, les comédiens s’en étaient pris au régime par des blagues.
« Cette fois, ils ont été condamnés à sept ans de prison, poursuit Lu Maw. Par Par Lay a passé les deux premiers mois de cette détention dans un camp de travail, enchaîné. Il devait casser des pierres du matin au soir dans une zone montagneuse. Chaque semaine, deux ou trois prisonniers mourraient dans ces camps en raison des mauvais traitements, de l’eau et de la nourriture sales, des maladies, …
Par Par Lay et Lu Zaw n’ont été libérés que le 13 juillet 2001. Depuis lors, le régime interdit à notre troupe de jouer hors de chez nous. Au Myanmar, il faut une autorisation des autorités pour inviter une troupe d’artistes à une fête privée. Personne ne peut nous inviter car la junte nous a placés sur une liste noire. Nous ne pouvons plus jouer nos spectacles qu’à l’intérieur de notre domicile, nous avons donc aménagé dans notre rez-de-chaussée une mini-scène entourée de quelques chaises. » Actuellement, les Frères Moustache ne jouent plus qu’en anglais, pour les touristes, afin de limiter les risques.
Suite aux manifestations de septembre 2007, Par Par Lay a de nouveau été arrêté, cette fois durant 35 jours. Comme lors de ses précédentes arresta- tions, Amnesty a contribué à mobiliser la communauté internationale. « Si nous sommes plus ou moins libres aujourd’hui, c’est grâce au soutien international, notamment celui de stars d’Hollywood et de mouvements de défense des droits humains qui ont dénoncé la répression envers les artistes birmans, souligne Lu Maw. Notre seule protection face à la répression est la vigilance de la communauté internationale. Pour nous, la présence des touristes est donc vitale. Je les incite d’ailleurs à faire beaucoup de bruit durant notre spectacle, pour éloigner les agents de la version birmane du KGB ! »
Les Frères Moustache ne sont pas les seuls artistes birmans à subir régulièrement les foudres de la dictature militaire. Le 4 juin 2008, le comique et réalisateur Zarganar a été arrêté pour avoir critiqué la manière dont le gouvernement avait réagi face au cyclone Nargis. Il avait pris la tête des acteurs de la société civile souhaitant apporter une assistance humanitaire aux victimes et il diffusait des informations sur la crise. Il a été condamné en octobre à… 45 ans de prison, au titre de dispositions floues qui figurent dans des lois réprimant toute opposition, même pacifique [1]. On pourrait encore citer l’exemple de Nay Phone Latt, arrêté en 2008 pour des photos et des dessins humoristiques publiés sur ses blogs, et condamné à plus de 20 ans de prison. Le poète Saw Wai a quant à lui été arrêté en janvier 2008 pour avoir introduit un message caché dans un poème pour la Saint-Valentin. Il a été condamné à deux ans d’emprisonnement.
Maung, taxi de nuit à Rangoun, conclut ironiquement une conversation sur le régime : « Vous trouvez que nos dirigeants n’ont pas le sens de l’humour ? Mais vous voyez pourtant que devant chaque commissariat de police, il est affiché “Puis-je vous aider ?” Comme c’est bien le dernier des endroits où un Birman irait chercher autre chose que des coups ou des ennuis, je trouve que nos généraux sont aussi capables de nous faire rire, fût-ce d’un rire jaune. »
S.G.




