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Cuba / États-Unis – Embargo, bientôt la fin ?

mardi 29 septembre 2009

Le 2 septembre dernier, Amnesty International demandait au président américain Barack Obama de faire le premier pas pour permettre la levée de l’embargo imposé par les États-Unis contre Cuba depuis près d’un demi-siècle. Rappel.

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Un Cubain pêche dans le port de La Havane. Lors du dernier Sommet des Amériques, les dirigeants cubains ont demandé à l’administration américaine de lever le blocus imposé depuis un demi-siècle. La Havane, 21 avril 2009. © AFP PHOTO

Aux États-Unis et en Europe, on parle de l’embargo, mais à Cuba, on préfère parler du bloqueo (blocus). Selon le Robert, l’embargo est la suspension des exportations d’un ou de plusieurs produits par un État à titre de sanction ou de moyen de pression, tandis que le blocus est l’ensemble des mesures prises contre un pays pour le priver de toute relation commerciale. C’est donc à juste titre que les Cubains considèrent qu’en suspendant non seulement les échanges commerciaux mais aussi les transactions financières et les déplacements de personnes, Cuba subit un blocus, le plus long de l’histoire puisqu’il fut décrété en 1962, dans le but de faire tomber un régime considéré comme ennemi. Rappelons son histoire.

Le 1er janvier 1959, alors que les révolutionnaires cubains progressent péniblement dans la jungle de la Sierra Madre, un coup de théâtre se produit lorsqu’à la surprise générale, le président-dictateur Fulgencio Batista prend la fuite. La place est vide. Les révolutionnaires n’ont plus qu’à l’occuper après un périple victorieux de Santiago à La Havane sous les acclamations d’un peuple en liesse. Se met alors en place, autour de Fidel Castro, une nouvelle équipe que dans un premier temps le reste du monde ne tarde pas à reconnaître, en ce compris les États-Unis. Mais l’euphorie est courte aux États-Unis. En effet, la même année, une réforme agraire a lieu, au terme de laquelle 1 200 000 hectares de terre appartenant à des entreprises et des citoyens américains sont expropriés sans compensation. La riposte américaine est immédiate : « Nous n’achèterons plus votre sucre ». « Nous bien », disent les Soviétiques, alors que la Guerre froide bat son plein.

Le 17 avril 1961, Les États-Unis décident d’utiliser la force. Organisée par la CIA une tentative d’invasion de l’île a lieu à la Baie des Cochons (Bahía de Cochinos). C’est un échec total. En 72 heures, les 1 500 mercenaires engagés dans l’affaire sont en fuite, tués ou faits prisonniers. C’en est trop. L’histoire de David et Goliath est sur toutes les lèvres. L’Amérique est ridiculisée. Il faut venir à bout de ce régime qui se rapproche de plus en plus de l’ennemi communiste. Mais comment ? En l’affamant, disent les stratèges. Par un étranglement économique, financier et commercial, en isolant le pays, en empêchant les voyages, en entraînant les alliés dans cette aventure. Le blocus a commencé.

Renforcé en 1992 (loi Torricelli) et en 1996 (loi Helms–Burton), assoupli en 1998 par Bill Clinton puis en 2009 par Barack Obama qui facilite les voyages des Américano-Cubains, ainsi que les transferts d’argent, le blocus n’a pas encore desserré complètement ses mâchoires. Ses effets dévastateurs ont été décuplés par la chute des régimes communistes d’URSS et d’Europe de l’Est, qui colmataient tant bien que mal par leur aide les pénuries cubaines dues au blocus américain. Ce fut la « période spéciale » de sinistre mémoire où tout manquait à Cuba. Aujourd’hui, bien que cela aille mieux, beaucoup de biens de consommation, principalement concernant les enfants, font toujours défaut, comme en témoignent les rapports de l’UNICEF, et les effets de l’embargo continuent à peser lourdement sur les plus démunis.

« L’embargo contre Cuba est immoral et doit être levé », a déclaré récemment Irene Khan, la présidente d’Amnesty International qui ajoute : « c’est l’occasion rêvée pour Barak Obama de se distancier des politiques qui ont échoué dans le passé et d’envoyer un message fort au Congrès américain sur la nécessité de mettre fin à l’embargo. »

La notion d’échec que souligne Irène Khan est importante, car non seulement le blocus n’a pas fait tomber le régime, ni obtenu le moindre progrès en matière de respect des droits de l’homme, mais c’est le contraire qui s’est produit : le phénomène « citadelle assiégée » a joué à fond. A toute pénurie, à tout manquement, à toute limitation des libertés, à toute répression des citoyens qui militent pour un changement démocratique, le gouvernement oppose une explication et une seule : c’est la faute aux États-Unis, c’est la faute à l’embargo. Face aux États-Unis, le pays vit virtuellement en guerre et, comme on le sait, en temps de guerre, tout rapprochement avec l’ennemi est une trahison qui doit être punie sévèrement.

Amnesty est partie en campagne, aux États-Unis et en Europe. Son but ? C’est la fin de l’embargo. Or, celuici dépend du Congrès (Chambre des Représentants et Sénat), qui fait et défait les lois. La loi qu’Amnesty voudrait voir abolie aujourd’hui porte les initiales TWEA (Trading With the Enemy Act, Loi sur le Commerce avec l’Ennemi). Cette très vieille loi a été votée en 1917 et ne concernait au départ que les ennemis en période de guerre. Mais, de transformation en transformation, elle a fini par s’appliquer en urgence à tout pays que les États-Unis considèrent comme leur ennemi. La Corée du Nord partageait ce triste privilège avec Cuba, mais elle en a été retirée en 2008 par George W. Bush. La TWEA ne concerne donc plus aujourd’hui que Cuba.

Cette loi a ceci de particulier qu’il revient au seul Président américain de la reconduire d’année en année sans devoir repasser devant le Congrès. Cette reconduction a eu lieu il y a peu (le 14 septembre) et ce fut une déception pour Amnesty qui avait tenté d’infléchir la position du président Obama. Mais la campagne se poursuit et si, seuls les membres et comités de la section américaine d’Amnesty feront le siège des membres du Congrès, Amnesty demande à tous ses membres et sympathisants de faire connaître dans tous les pays la position du mouvement sur la question. Vivons nous la dernière année de ce blocus injuste et meurtrier, voire la première année d’un changement démocratique à Cuba ? Qui vivra verra.

Cécile Rolin, Coordination Cuba/Chili

S’INFORMER :
The US embargo against Cuba – Its impact on economic and social rights (Index : AMR 25/007/2009).

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