
- Sabrina n’avait que 13 ans quand elle a été violée par des soldats dans un appartement de Visegrad où elle était séquestrée avec 8 autres jeunes filles. Entre 25 000 et 50 000 femmes ont été violées pendant la guerre de Bosnie-Herzégovine (1992-1995). © Robin Hammond/PANOS
Pendant la guerre de Bosnie de 1992-1995, des milliers de femmes et de jeunes filles ont été violées dans des conditions de brutalité extrême, beaucoup étant détenues dans des camps, des hôtels et des habitations privées où elles étaient exploitées sexuellement et parfois assassinées. Justice n’a toujours pas été rendue aux survivantes, tandis que les lâches (militaires, policiers et paramilitaires) qui leur ont infligé ces sévices sont toujours en liberté, certains exerçant des fonctions officielles importantes, quand ils ne vivent à proximité de leurs victimes. Depuis 1995, les gouvernements qui se sont succédé en Bosnie-Herzégovine n’ont pris aucune mesure substantielle pour que justice soit rendue.
Dans un rapport publié ce 30 septembre et intitulé Whose justice ? Bosnia and Herzegovina’s women still waiting (Index AI : EUR 63/006/2009), Amnesty International met en lumière les carences du système judiciaire bosniaque post-yougoslave, des carences d’autant plus graves que l’écrasante majorité des femmes qui ont survécu à ces violences sexuelles n’obtiennent pas de réparations en raison de la complexité du système judiciaire et des services sociaux du pays, sans parler de l’absence d’une prise en charge médicale ou psychologique adaptée. Celle-ci leur est proposée uniquement par des ONG aux moyens limités. Le viol restant un sujet tabou, la plupart des victimes, alors qu’elles auraient besoin d’être reconnues et aidées pour reconstruire leur vie, sont montrées du doigt.
En 1993, le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) avait été mis sur pied pour poursuivre, entre autres criminels présumés, les auteurs de violences sexuelles. Toutefois, le TPIY n’a pu mener de poursuites que sur un nombre très limité de cas et, fin juillet 2009, il n’avait pu engager de poursuites que dans 18 affaires de violences sexuelles en Bosnie-Herzégovine.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le TPIY a fait montre d’une plus grande célérité dans le jugement de Florence Hartmann. Cette ancienne porte-parole de la procureure du TPIY Carla Del Ponte était accusée d’avoir divulgué des informations confidentielles dans son livre Paix et Châtiment – Les guerres secrètes de la politique et de la justice internationale (Flammarion 2007), ainsi que dans Vital Genocide Documents Conceale, un article publié le 21 janvier 2008 par le Bosnia Report (Bosnian Institute). On se rappellera que c’est suite à ces publications que, le 26 avril 2008, AIBF l’avait invitée à débattre de la « confrontation au quotidien entre la mise en œuvre de la justice pénale et les impératifs de la diplomatie. » Seize mois plus tard, le 14 septembre 2009, Florence Hartmann, qui risquait la prison ferme, a été condamnée par le TPIY à une amende de 7 000 €…
Pascal Fenaux




