Ce n’est pas parce que l’on prend du recul qu’on abdique toute émotion. En portant à l’image des événements marquants de sa vie de famille, le cinéaste palestinien Elia Suleiman observe les événements à distance avec humour et tendresse. Le contexte est dur. Commençant par la traque des résistants palestiniens par les soldats juifs à Nazareth en 1948, il nous mène jusqu’à la vie difficile de la minorité arabe en Israël aujourd’hui. Au choc frontal, il préfère l’allusion. En amoureux du cinéma, il connaît la puissance de l’image et la force des silences. Jouant avec justesse du contrepoint musical, il truffe son film de chansons arabes populaires qu’écoutait son père. Adoptant toujours cette distance placide, il observe le pillage d’une maison palestinienne par des soldats juifs ou la course-poursuite entre forces de sécurité et combattants dans un couloir d’hôpital comme si c’était une chorégraphie. Avec finesse et peu de moyens, il sait faire ressortir le dérisoire des rapports de pouvoir comme lorsque cet officiel israélien se réjouit avec sincérité que la chorale d’une école arabe remporte le prix de la chanson juive. Plus qu’un film historique, Le Temps qu’il reste raconte les rapports humains au sein d’une famille, entre voisins. Les repas autour de la table de cuisine, les parties de pêche nocturne ou les théories délirantes du voisin se répètent au fil des époques pour devenir les motifs d’une fresque intime. Laisser de la place aux autres, c’est là une des conditions pour survivre au chaos de l’histoire. Staying Alive comme le glisse la dernière chanson du film.
Gilles Bechet
Le temps qu’il reste, d’Elia Suleiman, sortie nationale le 9 septembre
10 X 2 places sont offertes aux membres d’Amnesty et lecteurs de Libertés ! Ces places sont valables dans tous les cinémas de Wallonie et de Bruxelles projetant Le temps qu’il reste , sur simple présentation d’un carton d’invitation. Pour obtenir ce dernier, il suffit d’envoyer un e-mail à libertes aibf.be avec la mention « Suleiman ».





