
- Manifestation devant l’ambassade d’Iran, dans le cadre de l’Iran Global Day of Action. Bruxelles, 25 juillet 2009. © AI
Le 12 juillet 2009, l’élection présidentielle iranienne débouchait sur la reconduction, dès le premier tour, du président sortant Mahmoud Ahmadinejad. Manifestement, le scrutin a été entaché de fraudes organisées à grande échelle et préparées de longue date, afin de barrer la voie au second tour aux candidats Mir Hossein Moussavi et Mehdi Kharroubi. Immédiatement après l’annonce de la victoire de Mahmoud Ahmadinejad dès le 1er tour avec 62,6% des suffrages exprimés contre 33,7% pour son principal concurrent Moussavi, les rues des principales villes d’Iran ont été envahies par des dizaines de milliers de manifestants pacifiques dans le cadre des plus vastes mobilisations citoyennes jamais observées depuis le renversement du régime impérial des Pahlavis et l’avènement de la République islamique, il y a trente ans.
Non contents d’arrêter des centaines de manifestants et à défaut de répondre en toute transparence aux préoccupations des nombreux Iraniens qui soupçonnent que les résultats ont été truqués, le ministère iranien du Renseignement et les autorités judiciaires cherchent depuis lors à jeter le discrédit sur les militants des droits humains et à les intimider en les accusant « d’atteinte à la sécurité nationale » ou de « propagande contre le régime ».
Dans plus de 100 villes à travers le monde, dans le cadre de l’Iran Global Day of Action, de nombreuses associations ont appelé à manifester le 25 juillet pour dénoncer les violations systématiques des droits humains en Iran et témoigner de leur soutien au peuple iranien. Par cette journée d’action, les ONG de défense des droits humains demandaient que toute la lumière soit faite sur les violations graves et systématiques des droits humains en Iran, que l’ONU envoie une mission d’enquête, que le gouvernement iranien rende des comptes, que les autorités libèrent sans condition toute personne emprisonnée en raison de ses engagements politiques, etc.
À ce jour, hélas, force est de reconnaître que les autorités iraniennes n’ont envoyé aucun signal positif. Certes, certains ressortissants étrangers ou membres de corps diplomatiques ont été relaxés. Mais, en proie à des dissensions internes de moins en moins feutrées, le régime iranien a choisi de frapper fort.
Certes, confronté à une avalanche d’indices inquiétants quant à de nombreux actes de torture, d’exécutions arbitraires et de viols dans plusieurs centres de détention, l’ayatollah Ali Khamenei, Guide suprême de la République et détenteur du pouvoir exécutif réel, a ordonné la fermeture du centre de détention de Kahrizak et annoncé le renvoi du directeur et de plusieurs gardiens de la prison pour violences à l’encontre de détenus. Il faut dire que Mohsen Rouhalamini, fils d’un conseiller du candidat à l’élection présidentielle Mohsen Rezaei, est mort d’un arrêt cardiaque et d’une hémorragie pulmonaire deux semaines après son arrestation le 9 juillet. Détenu à Kahrizak, il souffrait de plusieurs blessures dont certaines, assez graves, au visage. Le Guide suprême Ali Khamenei aurait demandé l’ouverture d’une enquête sur son décès.
Cependant, alors que la communauté internationale se mobilisait en faveur des manifestants pacifiques, pas moins de 115 exécutions, soit plus de deux exécutions en moyenne chaque jour, ont été pratiquées, ce qui représente une augmentation significative, même comparée au taux épouvantablement élevé d’exécutions qui a longtemps caractérisé le paysage des droits humains en Iran. Depuis le début 2009 jusqu’au 12 juin, Amnesty International a ainsi déjà enregistré pas moins de 196 exécutions. Parmi les 115 exécutions répertoriées depuis l’élection présidentielle du 12 juin, 14 ont eu lieu le 2 juillet, 20 le 4 juillet, 13 le 14 juillet et 24 autres le 5 août, jour de la prestation de serment…
Pascal Fenaux
POUR EN SAVOIR PLUS ET AGIR SUR L’IRAN :
http://www.amnestyinternational.be/iran




