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Nigeria – Une mosaïque explosive

vendredi 4 septembre 2009, par Pascal Fenaux

Le Nigeria constitue, avec la RDC et l’Afrique du Sud, l’un des pays les plus hétérogènes des points de vue de la langue, de la confession et de l’appartenance ethnique. Pour le meilleur comme pour le pire.

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Des membres d’une église évacuée de force recherchent leurs biens dans un immeuble parmi les centaines d’autres rasés par les autorités. Lagos, 6 mai 2005. © George Osodi

Sur les plans ethnique, linguistique et confessionnel, le Nigeria peut se diviser globalement en trois zones : un nord majoritairement musulman, un sud-ouest majoritairement chrétien et musulman, et, enfin, un sud-est majoritairement chrétien.

Dans les États du nord, qui couvrent les deux tiers du territoire nigérian, le groupe ethnique le plus nombreux est celui formé par les Haoussas et les Foulanis (Peuls), dont l’écrasante majorité sont musulmans. Les autres principaux groupes ethniques du nord sont les Tivs et les Kanouris. Dans les États du sud-ouest, ce sont les Yoroubas qui constituent le groupe ethnique et linguistique dominant. Plus de la moitié d’entre eux sont chrétiens et environ un quart sont musulmans, le reste de la population du sud-ouest observant des cultes traditionnels qui ne relèvent ni de l’islam ni du christianisme.

Enfin, dans les États du sud-est, ce sont les Igbos à dominante chrétienne qui forment le plus grand groupe ethnique. Si les Nigérians de rite catholique romain y sont de loin prédominants, on observe néanmoins une popularité croissante des Églises protestantes pentecôtistes et autres. Dans le sud-est, il faut également compter avec les Efiks, les Ibibios, les Annangs et les Ijaws, ces derniers constituant le quatrième principal groupe ethnique nigérian.

Dans ce patchwork hérité de la période coloniale britannique, c’est évidemment l’anglais qui sert de lingua franca entre les différents groupes ethniques et, surtout, entre leurs élites. Cela dit, la connaissance de deux ou plusieurs langues nigérianes est très répandue. C’est sans surprise que les idiomes des Haoussas, des Yoroubas et des Igbos se révèlent être les langues les plus usitées au Nigeria.

À l’échelle du Nigeria, en l’absence de statistiques officielles et en faisant remarquer que certains considèrent que ces estimations sont destinées à surreprésenter les États du nord dans la fédération, on estime que le pays le plus peuplé d’Afrique est composé de plus de 250 groupes ethniques, parmi lesquelles quelques-unes seulement s’avèrent être les plus politiquement influentes. Les Haoussas et les Foulanis (Peuls) constituent 29 % de la population totale du Nigeria. Viennent ensuite les Yoroubas (20%), les Igbos (20%), les Ijaws (7 %), les Kanouris 4% et les Tivs 3%. Du point de vue religieux, le dernier recensement, effectué en 1963, c.à.d. au lendemain de l’indépendance, indiquait que 47 % des Nigérians étaient musulmans, que 35% étaient chrétiens et qu’enfin 18% pratiquaient des cultes « traditionnels », c.à.d. antérieurs aux missionarismes chrétiens et musulmans.

L’islam est traditionnellement dominant dans toute l’Afrique de l’Ouest. Vu sa forte densité de population, c’est sans surprise que le Nigeria a l’une des plus importantes populations musulmanes de cette région d’Afrique subsaharienne. L’islam a pénétré le nord du Nigeria dès le XIe siècle est devenu dominant dans les principales cités de la région dès le XVIe siècle, avant de se répandre dans les campagnes et dans les collines de la Middle Belt. À l’aube de l’ère coloniale, le sheikh Usman Dan Fodio, un intellectuel et dirigeant politico-religieux, avait ainsi établi un califat (régime politique fondé sur l’islam) dans le nord du Nigeria. Le régime colonial instauré par la Grande-Bretagne allait ensuite se contenter d’exercer un contrôle indirect dans le nord du Nigeria et dont les structures ne faisaient que coopter l’ancien califat. De nos jours, la tendance des États du nord à se réclamer de la charia pour ce qui est du pouvoir judiciaire et le droit de la famille rappelle évidemment le double système administratif et judiciaire mis privilégié à l’époque de la colonisation britannique.

La sécession du Biafra en 1967-1970 et les troubles qui secouent actuellement la région du Delta ne sont pas des événements étrangers l’un à l’autre, loin de là. Les causes de la « guerre civile nigériane » étaient multiples et renvoyaient principalement au fait que l’immense protectorat colonial créé par la Grande-Bretagne était une construction « artificielle », sans antécédent historique et d’une extrême hétérogénéité. Cette hétérogénéité était rendue plus aiguë par la cohabitation forcée (colonisateur oblige) entre systèmes juridiques et aggravée par l’ascendant politique et démographique du nord « musulman » sur le sud-ouest et le sud-est.

Aujourd’hui, les violences qui secouent le Delta du Niger se déroulent tout bonnement dans les régions où fut proclamée en 1967 la République du Biafra. Le conflit porte bien évidemment sur l’inégalité excessive dans la redistribution des bénéfices de l’industrie pétrolière. Mais une autre source majeure de tensions est néanmoins le ressentiment des élites du sud par rapport à un gouvernement central considéré comme au service premier des régions musulmanes du nord.

P.F.

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