
- Du gaz brûle à l’horizon d’Ebocha, un village de l’État de Rivers, dans le Delta. © Kadir van Lohuizen/NOOR
Rendu public le 30 juin dernier, le rapport Nigeria. Petroleum, pollution and poverty in the Niger Delta (Index AI : AFR 44/017/2009) décrit comment des décennies de pollution et de dégradation de l’environnement causées par l’industrie pétrolière ont privé des centaines de milliers de personnes du droit à un niveau de vie décent, lequel passe notamment par un accès suffisant à la nourriture et à l’eau. Quant aux salariés de cette industrie, ils sont tout simplement privés de leur droit à gagner leur vie en travaillant, du droit à un environnement sain et du droit à la santé.
Rédigé entre autres par Marleen van Ruijven, d’Amnesty International Nederland, ce rapport souligne également que le gouvernement nigérian ne parvient pas à faire assumer leurs responsabilités sociales et écologiques aux compagnies pétrolières qui exploitent le sous-sol du Delta.
Le Delta du Niger représente l’un des dix principaux écosystèmes marins de zone côtière humide au monde et il abrite quelque 31 millions de personnes. Il contient également d’importantes réserves d’hydrocarbures, exploitées depuis des dizaines d’années par le gouvernement du Nigeria et des compagnies pétrolières multinationales. Le Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD) décrit la région comme souffrant « de la négligence administrative, d’infrastructures et de services sociaux en train de s’effondrer, d’un fort taux de chômage, de la misère sociale, d’une pauvreté abjecte, d’une crasse repoussante et d’un conflit endémique ». Cette pauvreté, qui contraste avec les richesses engendrées par le pétrole, est devenue l’un des exemples les plus frappants et les plus inquiétants de la « malédiction des ressources ».
Ainsi, le pétrole a rapporté 600 milliards de dollars (environ 430 milliards d’euros) depuis les années 1960. Or, les habitants vivant dans les zones de production doivent utiliser une eau polluée pour boire, cuisiner et se laver. Ils doivent aussi consommer du poisson contaminé par les hydrocarbures et les toxines. Les déversements d’hydrocarbures et de déchets nuisent gravement aux terres agricoles. À long terme, ils rendent les sols moins fertiles et font baisser la productivité, dans certains cas pour des dizaines d’années. Bien souvent, les effets à long terme sapent la seule source de subsistance d’une famille.
Les représailles du gouvernement contre l’activisme et la violence armée de groupes comme le MEND font des populations locales les otages de la violence et des châtiments collectifs, ce qui ne fait qu’accentuer la colère et le ressentiment.
Dans le Delta, les acteurs de l’industrie pétrolière sont à la fois l’État nigérian et les filiales de multinationales. Ainsi, Shell Petroleum Development Company (Shell), une filiale de Royal Dutch Shell, est le principal exploitant onshore. La majorité des cas portés à la connaissance d’Amnesty International et sur lesquels l’organisation a enquêté sont liés à Shell. Réagissant à ce rapport, Shell a adressé plusieurs déclarations par e-mail aux médias nationaux et internationaux, déclarations contestées dès le 20 juillet par Amnesty International [1].
L’étendue de la pollution et des dégâts sur l’environnement n’a jamais été correctement évaluée. Les chiffres existants varient considérablement en fonction des sources, mais des centaines de fuites surviennent chaque année. D’après le PNUD, plus de 6 800 déversements ont été enregistrés entre 1976 et 2001. Selon l’Agence nationale pour la détection et la réaction aux déversements accidentels de pétrole, quelque 2 000 sites au moins avaient besoin d’être nettoyés en raison d’une pollution liée aux hydrocarbures. Le nombre réel est peut-être plus élevé.
Dans le Delta du Niger, le système réglementaire est très défaillant. Le Nigeria dispose de lois et de règlements stipulant que les compagnies doivent répondre aux normes internationales de « bonnes pratiques en matière d’exploitation pétrolière » et d’autres outils législatifs et réglementaires qui protégent l’environnement, mais cette législation est peu appliquée. Les agences gouvernementales chargées de la faire respecter sont inefficaces et sont, dans certains cas, prises dans des conflits d’intérêts. La Loi sur l’industrie pétrolière, actuellement examinée par les instances législatives du pays, constitue la plus importante révision du cadre légal régissant l’extraction de pétrole et de gaz au Nigeria jamais entamée depuis le lancement des premières opérations commerciales dans les années 1960. À cette occasion, Amnesty a demandé, le 31 juillet, que les autorités nigérianes y intègrent des normes et des mécanismes qui garantissent une meilleure protection des droits humains, économiques, sociaux et écologiques.
P. F.
POUR AGIR :
Les compagnies pétrolières et le gouvernement nigérian doivent assainir l’industrie pétrolière dans le Delta du Niger :
http://www.isavelives.be/fr/node/3787




