En mars 2003, une coalition emmenée par les États-Unis envahissait l’Irak et renversait le régime de Saddam Hussein dont le parti Baas avait, 35 années durant, imposé à l’ensemble des Irakiens un régime dictatorial parmi les plus féroces de la seconde moitié du XXe siècle. Le 10 juin 2003, la peine de mort était suspendue par l’Autorité provisoire de la Coalition, le gouvernement militaire mis sur pied par la coalition angloaméricaine. Cependant, 14 mois plus tard, le 8 août 2004, le gouvernement irakien de transition rétablissait la peine capitale et justifiait entre autres son choix par la vague de violence – politique et crapuleuse – qui commençait à submerger l’Irak. De même, élu lors des premières élections législatives libres de décembre 2005 et investi en mai 2006, le gouvernement de coalition du Premier ministre Nouri al-Maliki n’a jamais daigné fournir d’informations dignes de ce nom sur ces exécutions, même s’il est évident que leur nombre va croissant et qu’une partie d’entre elles ont lieu dans le plus grand secret. C’est ainsi que, le 10 juin dernier, ce ne sont pas moins de 19 personnes, y compris une femme, qui ont été exécutées sans que cela fasse l’objet de la moindre annonce officielle et après que les peines capitales aient été prononcées à l’issue de procès qui ne répondent pas aux normes internationales en matière de procès équitables.
Sous Saddam Hussein, la peine de mort était pratiquée à une vaste échelle et visait entre autres les opposants politiques du Baas : partis laïcs, organisations religieuses, dirigeants étudiants, journalistes, hommes d’affaires, déserteurs (durant le conflit Iran- Irak), etc. À l’époque, Amnesty International était bien en peine d’établir avec précision le nombre – supposé élevé – de citoyens irakiens passés par les armes, entre autres lors de la terrible vague de répression qui répondit au soulèvement des provinces majoritairement arabes chiites dans le sud et kurdes dans le nord, au printemps 1991, répression durant laquelle des dizaines de milliers d’Irakiens furent victimes de disparitions forcées. Un peu plus de six ans après le renversement du régime baasiste, la déconvenue est d’autant plus sévère que la ministre des… Droits de l’Homme Wajdan Mikhaïl Salim s’est elle-même faite la promotrice d’une peine capitale censée répondre aux vagues incessantes d’attentats massifs perpétrés contre la population civile... La conséquence en est qu’en juillet dernier, les estimations les plus fiables évaluaient à un millier le nombre d’Irakiens alignés dans les couloirs de la mort…
Pascal Fenaux
Pour en savoir plus :
A thousand people face the death penalty in Iraq (Index AI : MDE 14/020/2009)




