Les 3 et 4 juin 1989, plusieurs centaines (certaines sources parlent de plusieurs milliers) de citoyens chinois étaient tués par l’Armée de Libération du Peuple chinois (nom officiel de l’armée chinoise) lors de la répression sanglante des manifestations pacifiques organisées à Pékin sur la place Tian’anmen et dans ses alentours (voir aussi p.12). Vingt ans plus tard, de nombreux Chinois sont toujours incarcérés pour leur implication dans des manifestations qui ne demandaient « que » des réformes démocratiques. Depuis lors, jamais les autorités chinoises n’ont publié la moindre statistique officielle à propos de cette répression. Ainsi, comble de l’arbitraire et de l’absurde, de nombreuses personnes sont toujours emprisonnées pour « crimes contre-révolutionnaires », des charges qui ont pourtant été rayées du Code pénal chinois en 1997.
Objets d’une répression incessante et implacable de la part d’autorités qui n’ont jamais toléré la moindre esquisse d’ouverture d’un débat public sur la tragédie de 1989, beaucoup de citoyens chinois continuent d’être condamnés et embastillés pour avoir tout simplement fait usage de leur droit à la liberté d’expression. Pis, à l’occasion du vingtième anniversaire des manifestations du « Printemps de Pékin », la répression s’est intensifiée aux quatre coins du pays contre les défenseurs des droits humains et les avocats. Pendant ce temps, la Place Tian’anmen était envahie de « faux touristes », des « volontaires » civils et patriotes mobilisés par le Parti communiste pour faire nombre sur la Place.
Après l’écrasement violent du mouvement démocratique estudiantin chinois, le régime chinois avait emprunté la voie d’un modèle de développement mêlant ultralibéralisme économique et perpétuation de la dictature du parti unique. Vingt ans plus tard, le palmarès de la Chine en matière de droits politiques, économiques et sociaux est désolant. Ainsi, Amnesty International a recensé pas moins d’une centaine de cas de militants arrêtés ou agressés par les autorités depuis le début de l’année 2009, parce qu’ils essayaient de défendre leur droit à la terre, au logement et au travail. De même, plusieurs avocats sont menacés de violences physiques par les autorités, tandis que d’autres risquent d’être privés de leur licence.
Certes, le 13 avril 2009, le gouvernement chinois a officiellement lancé un « Plan national d’action sur les droits de l’Homme (2009- 2010) », lequel contient des dispositions visant à éliminer les détentions illégales et à protéger les droits fondamentaux des personnes tels que théoriquement garantis par la Constitution chinoise. Mais, au vu d’une répression jamais démentie, il semble y avoir encore loin de la parole aux actes.
Pascal Fenaux
Lire aussi notre dossier « Ombres chinoises », Libertés ! n°445 de juin 2008.




