
- Un manifestant s’agenouille et se « menotte » symboliquement face aux policiers anti-émeute pendant que les étudiants bloquent l’accès au Syntagma, le Parlement grec. Athènes, 13 décembre 2008. © AFP / Olivier Laban-Mattei
Dans une synthèse [1] rendue publique le 30 mars, Amnesty International met en évidence des pratiques apparemment bien établies de violations des droits fondamentaux des civils par la police grecque. Les faits mis en évidence concernent un recours excessif à la force et aux armes à feu, des actes de torture et d’autres formes de mauvais traitements, des détentions arbitraires et le fait d’empêcher les détenus de prendre rapidement contact avec un avocat.
Les événements ayant émaillé les manifestations violentes qui ont secoué la Grèce ces derniers mois font encore l’objet d’instructions judiciaires et d’enquêtes de police. Si elles ont souvent dégénéré en émeutes, les manifestations avaient initialement été déclenchées par la mort, le 6 décembre 2008, d’Alexis Gregoropoulos, un adolescent de 15 ans tué par un policier de l’unité des Gardes spéciaux. Les méthodes répressives alors utilisées par les forces de l’ordre ont remis en mémoire de nombreux observateurs que c’est depuis fort longtemps que ce pays connaît de graves problèmes en matière de maintien de l’ordre. En d’autres termes, la réaction de la police aux récentes émeutes a constitué une sorte de point d’orgue d’une politique systématique de graves violations des droits humains par les responsables de l’application des lois.
Concernant la répression excessive menée en décembre 2008 et janvier 2009 par les forces de polices, Amnesty a porté plusieurs cas à l’attention de Prokopis Pavlopoulos, le ministre grec de l’Intérieur. Ainsi, des policiers auraient arrêté de façon arbitraire, soumis à des mauvais traitements et maintenu en détention des manifestants pacifiques, ainsi que des civils n’ayant pas participé aux actions et aux manifestations. Des détenus, y compris des mineurs, ont été empêchés d’entrer rapidement en contact avec des avocats.
Si la répression policière a été le point d’orgue d’une politique systématique de violations des droits humains, il serait bien que leur révélation serve de catalyseur au gouvernement grec pour qu’il autorise l’ouverture d’une commission d’enquête de grande envergure pour instruire les événements de l’hiver dernier mais aussi pour se pencher sérieusement sur une question aussi fondamentale que la formation des policiers en matière de recours à la force et d’utilisation des armes à feu.
Certes, aux termes du droit international, les autorités grecques ont la responsabilité et l’obligation d’assurer la sécurité des biens et des personnes. Même armés des meilleures intentions, il n’est pas toujours facile pour les membres des forces de l’ordre de contenir des manifestations parfois très violentes. Cependant, il est aussi du devoir de la police, aux termes de même droit international, de veiller à ce que les normes internationales, y compris celles qui traitent du recours à la force, soient respectées lors des opérations de maintien de l’ordre pendant les manifestations.
Quoi qu’il en soit, si l’opinion grecque n’est pas toujours sensible à la détresse des migrants et demandeurs d’asile victimes d’excès policiers, les enquêtes d’opinion indiquent que les circonstances de la mort du jeune Alexis Gregoropoulos ont en quelque sorte servi de piqûre de rappel à une population qui ne fait plus outre mesure confiance à ses forces de l’ordre.
PF
POUR AGIR :
Demandez au gouvernement grec d’instituer une commission d’enquête indépendante




