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Condamnation d’Alberto Fujimori

C’est le Pérou

lundi 4 mai 2009, par Pascal Fenaux

Le 7 avril, le tribunal de Lima condamnait l’ancien président Alberto Fujimori à 25 ans de prison pour plusieurs graves violations des droits humains commises sous sa présidence (1990-2000). Une étape de plus franchie dans la lutte contre l’impunité.

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Des manifestants péruviens défilent devant l’ambassade du Chili pour protester contre une première décision de la Cour suprême du Chili de ne pas extrader Alberto Fujimori vers le Pérou. Lima, 11 juillet 2007. © AI

Une fois n’est pas coutume, c’est d’un communiqué aux accents vibrants d’optimisme que s’est fendue Amnesty International en apprenant la condamnation d’Alberto Fujimori à pas moins de 25 ans de prison. « Justice a été rendue au Pérou, a ainsi affirmé le Conseiller spécial Javier Zúñiga, un des observateurs mandatés par Amnesty International pour assister à ce procès. Nous vivons une journée historique. C’est exceptionnel qu’un ancien chef d’État soit condamné pour des atteintes aux droits humains telles que la torture, l’enlèvement et les disparitions forcées. Nous espérons que c’est le premier d’une longue série de procès, tant en Amérique latine que dans les autres régions du globe. »

De fait, l’ONG aurait bien eu tort de cacher sa joie à l’écoute du jugement rendu par la Division des Affaires pénales spéciales de la Cour suprême du Pérou à l’issue des enquêtes menées sur trois affaires. La première affaire jugée concernait le massacre de Barrios Altos, où 15 hommes, femmes et enfants avaient été exécutés de manière extrajudiciaire en 1991. La deuxième affaire jugée était le « massacre de La Cantuta » : l’enlèvement et l’assassinat de 9 étudiants et d’un enseignant de l’ Universidad Nacional de Educación Enrique Guzmán y Valle par des membres du Grupo Colina, un groupement paramilitaire opérant au sein de l’armée péruvienne. La troisième et dernière affaire était celles des caves du Service du renseignement de l’Armée (où deux personnes avaient été séquestrées). À l’unanimité, les trois juges présidant le tribunal de Lima ont décidé que l’ancien président Alberto Fujimori portait la responsabilité pénale individuelle dans ces trois affaires puisqu’il assumait à l’époque le commandement militaire des personnes ayant commis les crimes.

Cela fait un moment que divers acteurs du combat contre l’impunité ont établi de manière incontestable que, sous le gouvernement d’Alberto Fujimori, de graves atteintes aux droits humains et des crimes imprescriptibles violant le droit international (actes de torture, homicides et disparitions forcées notamment) ont été commis. En raison de leur caractère généralisé et systématique, ces violations constituent des crimes contre l’humanité. Cela dit, l’organisation avait également relevé qu’avant 1990, les violations des droits fondamentaux par les prédécesseurs du président Fujimori revêtaient déjà un caractère généralisé et systématique.

Pour rappel, Alberto Fujimori avait remporté le second tour de l’élection présidentielle de 1990 à la tête de son parti Cambio 90 (« Changement 90 ») face à son adversaire, le célèbre écrivain Mario Vargas Llosa, lequel privilégiait à l’époque des recettes budgétaires et économiques hardiment néo-libérales (privatisations tous azimuts). Il succédait ainsi à Alan García et à son parti socialisant de l’Alianza Popular Revolucionaria Americana (Alliance populaire révolutionnaire américaine ou APRA). Fujimori avait sans doute bénéficié d’un vote majoritairement plus populaire et plus indien que celui de l’APRA. La violence des guérilleros marxistes du Movimiento Revolucionario Túpac Amaru et du Sendero Luminoso (Sentier lumineux) et l’insécurité régnant dans les campagnes avaient par ailleurs contribué au succès de Fujimori face à une APRA déconsidérée.

Entamé dans une relative euphorie, le premier mandat d’Alberto Fujimori avait été marqué par une initiative assez originale de mémoire de politologue.

Le 5 avril 1992, Fujimori renversait son propre gouvernement. En dissolvant un parlement péruvien devenu impopulaire pour cause de crise économique et d’insécurité généralisée, cet autogolpe (« auto-coup d’État ») était officiellement censé hâter l’adoption de mesures antiterroristes radicales à l’encontre du Sentier lumineux et Túpac Amaru.

En avril 1995, face à Javier Pérez de Cuéllar, ancien secrétaire général des Nations unies, Fujimori avait été réélu à la présidence péruvienne, tandis que son parti obtenait la majorité absolue au Congrès, des résultats que de nombreux observateurs n’attribuèrent pas seulement à l’incontestable popularité du président, mais aussi à des manipulations électorales. C’est surtout à partir de son deuxième mandat qu’Alberto Fujimori s’engagea dans une fuite en avant sécuritaire et économique, une fuite en avant qui allait petit à petit le perdre face à son opinion publique.

Dans son rapport final publié en 2003, la Comisión de la Verdad y Reconciliación (Commission Vérité et Réconciliation pour le Pérou) a ainsi rassemblé d’innombrables preuves de l’implication du président Fujimori, de son conseiller à la Sécurité, Vladimiro Montesinos, et d’officiers supérieurs des services de renseignement dans les milliers d’assassinats, de disparitions forcées et d’actes de torture perpétrés par l’escadron de la mort du Grupo Colina. De même, en 2001 et 2006, la Cour interaméricaine des Droits de l’Homme avait statué que, dans les affaires de Barrios Altos et de La Cantuta, l’État péruvien avait violé le droit à la vie de ses citoyens, tant les preuves étaient nombreuses quant à l’implication de l’armée et du président Fujimori.

Réélu en 2000 pour un troisième mandat en violation de la Constitution, Alberto Fujimori avait vu son autorité vaciller, avant d’être emporté par le scandale de la corruption d’opposants par Vladimiro Montesinos et d’être contraint de fuir le pays. Le 7 novembre 2005, le président déchu était finalement arrêté au Chili et extradé vers le Pérou. Si le jugement du 7 avril 2009 est venu faire la lumière sur quelques uns des chapitres les plus sombres de l’histoire récente du Pérou, des milliers de citoyens péruviens attendent néanmoins toujours justice.

Pascal Fenaux

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