L’intervention militaire internationale ayant débuté en octobre 2001 sous le commandement des États-Unis dans le but de renverser le régime taliban a été suivie d’un engagement, pris par le gouvernement afghan, en faveur de la protection des droits des femmes et de la progression de l’égalité entre hommes et femmes ; cependant, huit ans plus tard, la condition des Afghanes reste affligeante.
Des progrès ont été accomplis en matière de respect des droits des femmes depuis la chute du régime taliban, notamment avec la création du ministère de la Condition féminine, une Constitution prévoyant l’égalité entre hommes et femmes, un meilleur accès à l’éducation et une meilleure représentation des femmes au Parlement. Toutefois, les femmes, les jeunes filles et les fillettes afghanes continuent à être en butte à une violence généralisée ; elles sont ainsi victimes d’actes de violence domestique, d’enlèvements et de viols imputables à des hommes armés, de la traite d’être humains, de mariages forcés – notamment de fillettes de plus en plus jeunes – et d’échanges permettant de régler des litiges et des dettes.
Un petit nombre de défenseuses des droits humains pleines de courage ose remettre en question le statut de la femme et agir en faveur des droits humains par le biais de diverses activités, notamment en faisant état des violations commises par des seigneurs de la guerre locaux, en dirigeant des centres d’accueil, en menant une action de sensibilisation concernant les mariages d’enfants et les mariages forcés et en proposant des programmes d’éducation et des services de planning familial. Ces courageuses femmes sont fréquemment la cible d’actes d’intimidation et d’agressions, souvent imputés à des éléments puissants de la société, certains d’entre eux membres du gouvernement, d’autres alliés aux talibans et à d’autres forces hostiles au gouvernement. Dans certains cas, ces femmes sont même agressées par des membres de leur famille pouvant avoir des opinions politiques opposées aux leurs ou étant gênés par leur franc-parler. Les défenseuses des droits humains et leur famille font souvent l’objet de menaces de mort ou de tentatives d’enlèvement, ainsi que d’agressions physiques, à l’acide par exemple. Certaines ont fui le pays tandis que d’autres ont été tuées pour s’être exprimées haut et fort.
En 2007, Zakia Zaki, propriétaire de Radio Peace, dans la province de Parwan, et connue pour sa critique vigoureuse des seigneurs de la guerre, a été tuée par balle alors qu’elle dormait aux côtés de ses deux jeunes fils. Elle avait auparavant reçu à plusieurs reprises des menaces de mort après avoir critiqué les seigneurs de la guerre locaux et les talibans. À ce jour, personne n’a été déféré à la justice pour ce crime odieux.
Laila, une défenseuse des droits humains s’efforçant d’obtenir justice pour les victimes de crimes de guerre, a déclaré à Amnesty International : « Depuis 2007, je fais systématiquement l’objet de pressions exercées par des inconnus qui m’appelaient, m’envoyaient des courriers électroniques, me suivraient et menaçaient de me tuer. Au cours des six premiers mois de l’année 2008, il y a eu au moins deux tentatives d’enlèvement visant mes enfants sur le chemin allant de la maison à l’école. »
Shahla, défenseuse des droits humains dirigeant un centre accueillant les femmes exposées au danger de la violence domestique et sexuelle, et des mariages forcés : « Je reçois des menaces de mort et mon fils de neuf ans a été victime d’une tentative d’enlèvement […] Les personnes qui me menaçaient me faisaient clairement comprendre que je devais fermer le centre d’accueil pour femmes en danger, faute de quoi je subirais les conséquences. »
L’absence de volonté politique ainsi que les discriminations dont les femmes font l’objet au sein des systèmes judiciaires, tant officiel que non officiel, renforcent le climat d’impunité et consacrent les attitudes culturelles et les pratiques abusives mettant à mal les droits des femmes. La police, les tribunaux et les jirgas locales (assemblées tribales) ne se préoccupent pas souvent des plaintes déposées par les femmes et les auteurs de violences sont rarement déférés à la justice pour avoir agressé des femmes ou porté atteinte à leurs droits.
Bien que l’Afghanistan ait signé la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et que sa Constitution garantisse l’égalité entre hommes et femmes, le gouvernement – au même titre que la communauté internationale, qui verse à l’Afghanistan 90 % de ses revenus destinés aux dépenses publiques – n’est pas parvenu à faire en sorte que les droits fondamentaux de toutes les femmes, jeunes filles et fillettes afghanes soient respectés, protégés et réalisés.
Pour véritablement faire progresser le statut des Afghanes, le gouvernement doit prendre des mesures immédiates et efficaces afin de veiller à ce que les défenseurs des droits humains puissent jouer le rôle vital qui est le leur en matière de promotion et de protection des droits fondamentaux en Afghanistan, sans avoir à craindre la violence ni les actes d’intimidation.
APPEL À L’ACTION :
Amnesty International vous propose d’envoyer une lettre demandant au gouvernement afghan de faire bénéficier les femmes défenseuses des droits humains d’une véritable protection en Afghanistan et de veiller à ce qu’elles puissent mener cette action vitale sans avoir à craindre de violences ni d’actes d’intimidation.
Voir http://www.amnestyinternational.be/doc/article14296.html





