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Italie - Les Roms, boucs émissaires

jeudi 5 février 2009

Depuis quelques années, les Roms, particulièrement nombreux en Italie, font l’objet d’une politique sécuritaire hostile sur fond de xénophobie galopante.

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Des pompiers luttent contre l’incendie criminel qui a ravagé un camp de Roms dans le quartier de Ponticelli. Deux autres camps ont été brûlés après qu’un adolescent rom ait tenté d’enlever un bébé. Naples, 28 mai 2008. © AFP/Francesco Pischetola

Tous les matins, un peu avant huit heures, les éducateurs traversent le camp et appellent les enfants. Les enfants les regardent derrière les fenêtres de leurs préfabriqués, parfois ils sortent pour dire qu’ils ne vont pas aller à l’école. Des adolescentes, le ventre tendu et un enfant attaché à la jupe, disent bonjour avant de s’éclipser aussitôt. Vers cinq heures, le bus ramène les enfants. Il s’approche lentement de la grille d’entrée, se frayant péniblement un chemin parmi les tonnes de déchets éparpillés un peu partout et contourne finalement les ordures empilées au beau milieu du parking. Des dizaines d’enfants sont accrochés à l’enceinte de fer comme des petits singes. Dans le bus, les enfants sont déjà debout, saluent de la main les autres devant le camp et se bousculent pour être les premiers à descendre du bus. Comme des supporteurs de football, ils chantent fièrement leur devise : « Via Germagnano, Via Germagnano... ». C’est le nom du camp, c’est-à-dire celui de la rue où leur camp a été installé : dans la banlieue nord de la ville de Turin, devant le chenil, pas loin de la plus grande décharge de la région. Ils crient et leur voix couvre tout. Il y un moment de silence quand le bus freine, puis tout le monde descend et disparaît dans le camp. Parfois quelques enfants s’approchent des ordures empilées, y récoltent quelque chose et repartent en courant rejoindre les autres.

Le camp de Via Germagnano est l’un des quatre camps légaux de la ville de Turin. Environ 170 Roms d’origine des Balkans y résident. Il s’agit de quarante préfabriqués numérotés construits par les autorités municipales et entourés d’une enceinte, de quelques caravanes de toutes les couleurs et de toutes sortes d’objets hétéroclites : sièges de voiture, meubles défoncés, rats morts, jouets abandonnés, chaussures veuves, le tout sans oublier l’odeur pestilentielle omniprésente des détritus. Au fil du temps, quelques camps illégaux, pour la plupart squattés par des Roms de Roumanie, se sont développés autour du camp légal. Pour avoir le droit de résider au camp, les familles doivent respecter certains critères. Entre autres, tous les candidats doivent disposer d’un permis de séjour et les enfants doivent aller à l’école régulièrement. Le service du bus scolaire assuré par une coopérative payée par la mairie de Turin n’est pas suffisant pour tous les enfants qui habitent le camp et il fait l’objet de critiques des élus de la Ligue du Nord.

Le rapport 2007 de l’Agence européenne des Droits fondamentaux (FRA) a souligné le dysfonctionnement du système de scolarisation des enfants roms en Europe. « C’est un système inadéquat qui entretient la ségrégation et aggrave l’inégalité des chances. » En fait, dans beaucoup d’États- Membres, les enfants roms sont entassés dans les mêmes écoles et reçoivent un enseignement de basse qualité. « Il arrive souvent que les enfants roms soient négligés par les enseignants ou qu’ils soient accusés par les parents des autres enfants d’être les responsables du bas niveau de la classe et des épidémies de poux », explique Rebeka, une éducatrice d’origine bosniaque.

Il faut se garder de brosser un portrait trop général de la situation des Roms. D’une part, ils viennent de régions différentes et parlent des langues différentes. D’autre part, l’Italie ellemême est loin d’être un pays homogène. En outre, les vagues d’immigration des Roms en Italie se sont succédé au fil des siècles et ont donc fait l’objet de politiques différentes selon les périodes. Cependant, la séparation physique entre les Roms et les Italiens n’a fait qu’exacerber la distance culturelle et alimenter les peurs mutuelles.

Aujourd’hui, la plupart des Roms d’Italie vivent dans des camps aux abords des grandes villes. Si quelques-uns ont été aménagés par la mairie, nombreux sont ceux qui ont surgi spontanément et sont dépourvus d’infrastructures de base. Le fait de résider dans un camp légal n’écarte pas le risque d’être expulsé par les autorités ou d’être exposé aux attaques de la population locale. Les différents gouvernements se sont donné pour tâche de résoudre « l’urgence rom » à travers des mesures coercitives. Pour l’association pour la protection des minorités Everyone, « en Italie, il n’existe aujourd’hui aucune mesure pour aider les Roms. Les seules mesures envisagées sont l’expulsion des camps sans la proposition d’une alternative et la persécution, tant de la part des forces de l’ordre que de groupes racistes. »

Au mois de mai 2008, pendant une campagne électorale marquée par la psychose de l’insécurité, les autorités ont évacué des camps à Milan et à Rome en laissant des centaines de personnes sans logement. Les mois suivants, les Roms sont devenus les principaux boucs émissaires des problèmes de sécurité en Italie. La proposition du ministre de l’Intérieur Roberto Maroni (Ligue du Nord) d’introduire le prélèvement des empreintes digitales des mineurs habitant les camps, accompagnée d’une propagande médiatique discriminatoire, a entraîné une vague de violences et plusieurs camps roms ont été incendiés. Ces événements ont suscité l’inquiétude de la société civile et des institutions européennes. Lors de sa deuxième visite à Rome, en janvier 2009, le commissaire aux Droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, Thomas Hammarberg, n’a pas craint de déclarer : « La situation est bien pire que ce que j’ai vu la dernière fois. Il est scandaleux qu’au sein de l’Union Européenne, il y ait des personnes sans droits qui habitent dans des conditions si misérables. »

La séparation physique alimente la méfiance et empêche l’intégration, laquelle pourrait être possible si l’accent était davantage mis sur les programmes sociaux et moins sur les campagnes catastrophistes. « Après des années dans un camp, ma famille a réussi à obtenir un HLM. Mes parents voulaient nous offrir un avenir différent », explique Valter Halilovic, 30 ans, ancien habitant du camp de l’Arrivore à Turin. « Cela n’a pas été facile au début, mais aujourd’hui nous sommes bien intégrés dans la vie du quartier. Chez ma soeur il y a toujours les enfants des voisins qui viennent jouer avec mes neveux et j’ai plein d’amis italiens. »

M. S.

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