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Gaza - La paix plombée

jeudi 5 février 2009, par Pascal Fenaux

Le 27 décembre 2008, l’armée israélienne déclenchait une violente offensive militaire contre la bande de Gaza palestinienne, l’opération « Plomb durci ». Selon les autorités israéliennes, il s’agissait de riposter à la rupture de la trêve (négociée sous l’égide de l’Égypte) par le Hamas et de mettre fin aux tirs de roquettes par les groupes armés palestiniens. Les 17 et 18 décembre, Israël et le Hamas proclamaient chacun une trêve unilatérale. Outre les destructions des infrastructures civiles, le bilan de la « guerre de Gaza » est terrible, avec 1300 morts palestiniens (dont une majorité de civils) et 13 morts israéliens (dont une majorité de combattants).

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Des bombes au phosphore blanc larguées par les forces israéliennes sur la bande de Gaza. Rafah, 11 janvier 2009. © Iyad El Baba/UNICEF-oPt

Si le conflit entre le Hamas et Israël a pu dégénérer ainsi en une orgie de violences et de destructions, c’est au terme d’un lent processus de pourrissement politique entamé avec l’implosion du processus né des accords d’Oslo à l’automne 2000, la victoire des nationalistes islamistes aux législatives palestiniennes de janvier 2007, le surplace des négociations entre les quatre derniers gouvernements israéliens et l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), le blocus humanitaire et économique de la bande de Gaza par Israël et les acteurs majeurs de la scène internationale, la poursuite de la politique israélienne d’incursions militaires, la continuation de la colonisation de peuplement juif et la radicalisation des groupes armés palestiniens.

À la fin du printemps 2008, une trêve renouvelable tous les six mois avait été négociée sous l’égide de l’Égypte entre le Hamas et Israël (qui ne se reconnaissent pas mutuellement). Ce qui avait permis aux observateurs d’espérer une réelle accalmie sur le front gazaoui, la reconstitution d’un gouvernement palestinien de consensus (après la guerre civile de juin 2007 et l’écrasement du Fatah à Gaza) et, pourquoi pas, une reprise de négociations substantielles entre l’OLP et Israël sur un retrait israélien hors de Cisjordanie. L’accord conclu au Caire prévoyait l’arrêt des tirs de roquettes palestiniennes contre le territoire d’Israël, la suspension des incursions militaires israéliennes dans la bande de Gaza et la levée du blocus économique et humanitaire de ce territoire palestinien.

Entré officiellement en vigueur le 19 juin 2008, cet accord avait été globalement respecté, à l’exception de quelques tirs sporadiques de roquettes par des éléments armés échappant manifestement au contrôle des services de sécurité. Cependant, le gouvernement israélien n’avait pas allégé le blocus de Gaza, tandis que les discussions autour d’un éventuel échange entre l’Israélien Gilad Shalit (un soldat enlevé en juin 2006) et quelques centaines de Palestiniens que le Hamas considère comme des prisonniers politiques ou de guerre n’ont jamais abouti. La pénurie provoquée par l’étranglement de la bande de Gaza a encouragé les activités des contrebandiers égyptiens et palestiniens qui font transiter marchandises et armements par les tunnels clandestins creusés sous l’« Axe Philadelphie » (la frontière fortifiée entre la bande de Gaza et le Sinaï égyptien). Une autre conséquence a été de permettre aux groupes armés palestiniens de donner le ton.

Le 4 novembre 2008, l’armée israélienne déclenchait une incursion terrestre et une série de bombardements héliportés provoquant la mort de 6 miliciens palestiniens et déclenchant automatiquement des tirs de roquettes contre le territoire israélien[Amnesty International, Le cessez-le-feu en péril à Gaza, 5 novembre 2008.]. Les jours suivants, une dizaine d’autres miliciens palestiniens étaient encore abattus, tandis que le gouvernement Olmert renforçait le blocus de la bande de Gaza et interdisait aux journalistes étrangers et israéliens l’accès au territoire gazaoui[Amnesty International, Dans la bande de Gaza, la population en est réduite à survivre, 5 décembre 2008.]. Le 19 décembre 2008, le Hamas annonçait officiellement que la trêve ne serait pas reconduite. Et, le 27 décembre, Israël déclenchait l’opération « Plomb durci », dans un contexte de surenchère électorale effrénée entre le Likoud (principal parti israélien d’opposition), Kadima (le parti de centre-droit titulaire de la présidence du Conseil et du ministère des Affaires étrangères) et le Parti travailliste (titulaire de la Défense).

Après la trêve du 17 janvier 2009, les chercheurs d’Amnesty International qui se sont rendus à Gaza et dans le sud d’Israël ont rassemblé des éléments prouvant que des crimes de guerre et d’autres graves violations du droit international avaient été commis par toutes les parties au conflit. Les nombreuses attaques disproportionnées menées par l’armée israélienne sur la bande de Gaza ont causé la mort de centaines de civils palestiniens, détruit les infrastructures civiles du territoire et provoqué une catastrophe humanitaire. Les délégués d’Amnesty International ont rassemblé des preuves irréfutables d’une large utilisation du phosphore blanc contre les civils palestiniens dans des secteurs résidentiels densément peuplés de Gaza. L’utilisation répétée du phosphore blanc de manière intrinsèquement aveugle est un crime de guerre. Au cours de la même période, les tirs de roquettes aveugles du Hamas et d’autres groupes armés palestiniens ont causé la mort de plusieurs civils israéliens. Or, le fait d’utiliser des armes non-discriminantes contre des zones peuplées constitue également un crime de guerre.

Les conséquences militaires et humanitaires de l’offensive lancée le 27 décembre et suspendue le 17 janvier sont connues. Et ses conséquences politiques risquent de miner toute perspective de relance réelle du processus diplomatique israélo-palestinien. Côté palestinien, réduit au rang d’observateur impuissant, le Fatah de Mahmoud Abbas, qui a été exclu de Gaza en juin 2007 et qui ne gère que 40 % d’enclaves autonomes en Cisjordanie, risque d’être lourdement sanctionné lors des prochaines élections présidentielles et législatives. Côté israélien, l’union sacrée manifestée avant et durant l’opération « Plomb durci » a d’ores et déjà renforcé les partisans de la force militaire et l’extrême droite nationaliste, comme l’ont démontré les élections du 10 février. La paix est bel et bien plombée.

Pascal Fenaux

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