Giulio Andreotti est un cas. Au pouvoir quasiment sans discontinuer pendant quatre décennies, l’homme fort de la Démocratie chrétienne italienne a occupé un poste dans 33 des 59 gouvernements entre 1945 et 2004. Homme d’intrigues et de compromis secrets, il a cru pouvoir rester au-dessus de la mêlée. Les choses se sont gâtées pour lui lorsque des mafieux repentis l’ont accusé d’avoir été en relation avec Cosa Nostra. S’en est suivi un procès dont il n’est pas sorti gagnant, même si les preuves irréfutables ont manqué. Il Divo décrit un fascinant animal politique au crépuscule de sa carrière alors qu’il forme son septième gouvernement. Servi par une interprétation exemplaire de Toni Servillo, le film est d’une invention visuelle constante. Impénétrable tel un sphinx, l’homme fait du vélo dans son appartement mangé par les ombres. Alors que Rome dort, il fait sa promenade dans les rues désertes encadré d’une escorte de policiers surarmés. Le politicien, qui aurait un jour déclaré que Dr Jekyll & Mr Hyde était son film favori, offre en permanence le visage impassible d’un homme affable, raffolant de petites phrases ironiques. Comment faire le portrait d’une énigme ? Paolo Sorrentino s’est bien gardé de se lancer dans un portrait à charge ou dans une grande fresque historique préférant une musique de chambre aux accords feutrés, relevant son tempo par quelques assassinats aussi brutaux que rapides. À un seul moment, Andreotti sort de sa réserve pour une étrange confession solitaire dans sa cuisine où il affirme qu’il est nécessaire de perpétuer le mal pour garantir le bien. Tout est dit.
Gilles Bechet
Il Divo de Paolo Sorrentino, sortie nationale, le 14 janvier





