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L’olympisme au défi des droits humains

dimanche 30 novembre 2008

Les Jeux olympiques ont permis à Amnesty d’attirer l’attention mondiale sur les violations massives des droits humains commises en Chine. Si les valeurs olympiques ont été bafouées, quelques éléments encourageants sont à souligner.

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À 100 jours des Jeux olympiques, 1500 personnes s’étaient donné rendez-vous devant l’ambassade de Chine, pour rappeler aux autorités chinoises les engagements pris lors de l’attribution de l’organisation des JO 2008. Bruxelles, 3 mai 2008. © Bruno Brioni

Dans son allocution de clôture des Jeux olympiques de Pékin, le président du CIO (Comité international olympique), notre compatriote Jacques Rogge, a déclaré que ces jeux avaient été vraiment « exceptionnels ». Sur ce point, au moins, Amnesty et CIO sont d’accord, même si pour notre association, l’aspect « exceptionnel » des Jeux de 2008 réside dans l’ampleur inouïe des violations des droits humains qu’ils ont suscitées. Les autorités chinoises ont constamment privilégié les apparences et négligé les valeurs olympiques en continuant de persécuter et punir les militants et les journalistes pendant les JO.

Amnesty accuse également le CIO d’avoir terni l’héritage qu’auraient pu avoir ces Jeux en matière de droits humains, en fermant les yeux sur les violations. Pendant la période des Jeux, Amnesty a recensé des violations systématiques à l’encontre des militants pacifiques et des journalistes en Chine : incarcération et condamnation pour avoir demandé l’autorisation de manifester dans les zones prévues à cet effet ; emprisonnement ou arrestation arbitraire de journalistes et de militants chinois ayant voulu donner des informations sur les violations des droits humains commises dans le pays ; refus d’autoriser des auteurs de pétitions et des militants à manifester pacifiquement dans les zones prévues pour les manifestations par le gouvernement dans des parcs aux alentours de Pékin. Le 18 août, les autorités chinoises ont indiqué qu’elles avaient reçu 77 demandes de manifestations concernant 149 personnes, mais que 74 de ces demandes avaient été « retirées », deux « suspendues » et une « interdite ».

La justice chinoise a poursuivi des activistes qui avaient évoqué les violations des droits humains avant ou pendant les JO. Un exemple : celui de deux femmes âgées, Wu Dianyuan (79 ans) et Wang Xiuying (77 ans). Elles ont été accusées de « troubles de l’ordre public » et astreintes à une année de « rééducation par le travail » après avoir demandé l’autorisation de manifester dans l’une des zones officielles prévues à cet effet. Ces femmes essaient de se faire entendre des autorités depuis qu’elles ont été expulsées de leur domicile en 2001 pour laisser place à un projet de construction. Les autorités ont statué qu’elles n’auraient pas à purger leur peine de « rééducation par le travail » tant qu’elles se « comporteraient correctement », mais que des restrictions seraient néanmoins apportées à leur liberté de mouvement.

Contrairement à d’autres mouvements, Amnesty ne demandait pas un boycott des JO. Notre stratégie consistait plutôt à ne pas affronter de face le régime afin de laisser une place au dialogue dans un futur proche, lorsque l’effervescence des Jeux aura disparu. La campagne « Chine » d’AIBF s’est concentrée sur quatre grands points : la peine de mort, l’accessibilité à la justice, la protection des défenseurs des droits humains et la censure sur Internet. Chaque thème a fait l’objet de très nombreuses actions par les groupes locaux et par le site Isavelives.be.

Plusieurs cas individuels ont été mis en avant en tant que symboles de ces thèmes, comme celui de Hu Jia. Assigné à résidence pendant plus de 200 jours, ce défenseur des droits humains a réalisé le documentaire Prisoners in the Freedom City en filmant son quotidien, les allées et venues des policiers chargés de sa surveillance et de la filature de sa femme. Le 27 décembre 2007, Hu Jia a été arrêté à son domicile suite à ses interventions par webcam devant le Parlement européen le 26 novembre 2007 et lors d’une cérémonie organisée par Reporters Sans Frontières le 5 décembre 2007. Hu Jia a été condamné le 3 avril 2008 à trois ans et demi de prison pour « incitation à la subversion de l’État et du système socialiste » et à un an de privation de ses droits politiques. En octobre, le Parlement européen a dès lors décidé de remettre le Prix Sakharov à Hu Jia. En Belgique, l’événement le plus visible de la campagne d’AIBF a été la manifestation du 3 mai organisée devant les portes de l’ambassade de Chine, à Bruxelles. Environ 1 500 personnes ont participé à cette action au cours de laquelle plusieurs pétitions ont été déposées à l’ambassade. Amnesty s’est également associée à trois autres associations pour sensibiliser les participants aux 20 km de Bruxelles aux violations des droits humains en Chine. Un géant gonflable était installé non loin de la ligne de départ, vêtu d’un t-shirt demandant la libération de Hu Jia. Plus tôt dans l’année, Amnesty s’était fortement mobilisée pour dénoncer les violations des droits humains commises au Tibet et dans la région autonome ouïghour du Xinjiang.

Tout au long de l’année 2008, Amnesty est demeurée très présente dans les médias belges pour dénoncer les violations des droits humains en Chine. Les groupes locaux se sont eux aussi très largement mobilisés pour soutenir la campagne, tout comme les groupes écoles. Amnesty a transmis aux enseignants un dossier pédagogique sur la Chine et de nombreux débats sur les droits humains en Chine ont été organisés aux quatre coins de la Communauté française, en présence des spécialistes de ce pays au sein d’AIBF. Un DVD concernant le travail d’Amnesty et la peine de mort en Chine a servi de base à de nombreuses sensibilisations dans les écoles belges. Les mouvements de jeunesse se sont également mobilisés pour notre campagne, notamment les scouts de Belgique qui ont choisi les droits humains en Chine comme thématique pour leur camp.

Annoncée le 28 octobre, la « Global Network Initiative » associe Yahoo !, Google et Microsoft. Cette initiative est entre autres le résultat d’un gros dérapage de Yahoo !, qui avait fourni à la justice chinoise des données qui ont mené à la condamnation à dix ans de prison du journaliste Shi Tao, accusé de « divulgation illégale de secrets d’État à l’étranger ». Les signataires du code d’éthique se sont engagés à adopter l’interprétation la plus restrictive des lois sur la censure, et à combattre la surveillance des échanges sur leurs réseaux, bien que cette initiative reste en deçà des attentes d’AI. Selon Amnesty, la Chine, qui aurait le plus grand nombre de journalistes et de cyberdissidents emprisonnés dans le monde, utilise les logiciels de filtrage les plus perfectionnés pour contrôler les 111 millions d’utilisateurs chinois de l’Internet.

Notre section a tout mis en œuvre pour obtenir la collaboration du COIB (Comité olympique et interfédéral belge) dans la campagne, sans grand succès malheureusement. Lorsque nous lui avons demandé de se prononcer publiquement en faveur des droits humains, le COIB a refusé sous prétexte qu’il doit suivre l’attitude du CIO en la matière.

Refus également lorsque nous lui avons demandé de pouvoir dispenser aux athlètes belges sélectionnés pour les JO une petite formation sur les droits humains afin qu’ils partent en Chine en toute connaissance de cause. Nous aurions voulu transmettre aux athlètes un dossier d’information sur la question, mais là aussi nous nous sommes heurtés à une fin de non recevoir de la part du COIB. Certains athlètes, contactés individuellement, ont toutefois accepté d’affirmer haut et fort leur attachement au respect des droits humains. C’est le cas notamment de la coureuse Veerle Dejaeghere. Pour que les prochains JO soient réellement « exceptionnels », Amnesty a invité le CIO à tirer les enseignements des Jeux de Pékin en intégrant dans le processus de candidature et dans les contrats avec la ville hôte des indicateurs concrets et mesurables de l’impact des Jeux sur les droits humains.

Samuel Grumiau

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