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Mauritanie – « Ma soeur était enceinte de trois mois et a perdu son bébé »

dimanche 30 novembre 2008, par Pascal Fenaux

En Mauritanie, la torture est utilisée pour extorquer des « aveux » durant la garde-à-vue mais également pour humilier et punir des détenus incarcérés dans des prisons, qu’ils soient politiques ou de droit commun.

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Centre de détention de Dar Naïm, 7 mars 2008. © AI

Dans un rapport rendu public ce 3 décembre, Amnesty International dénonce la torture pratiquée par l’appareil sécuritaire de la République islamique de Mauritanie. La torture est profondément ancrée dans la culture de forces de sécurité qui agissent dans une totale impunité depuis plusieurs décennies, d’autant que le premier gouvernement jamais élu démocratiquement (en mars 2007) a été renversé par un coup d’État en août 2008 et que le Président Abdallahi et son Premier ministre sont toujours en résidence surveillée.

Les techniques de torture recensées par Amnesty International au cours de ses missions de recherche sont très nombreuses et comprennent notamment la privation de sommeil, les brûlures de cigarette, la suspension des détenus à une barre métallique (technique dite du « jaguar »), les coups et la torture psychologique. Ces techniques de torture sont souvent utilisées simultanément afin de contraindre le détenu à passer aux « aveux ».

« À mon arrivée à l’école de police, un commissaire m’a dit que je détenais des informations qui intéressaient les autorités. Il m’a demandé de les confirmer et, si jamais je refusais de le faire, il avait les moyens de me contraindre à le faire. Je lui ai dit que je dirais toute la vérité. Puis, il a lu une liste de noms et m’a demandé si je les connaissais, je lui ai répondu : ‘Non’. Il m’a dit que j’allais avouer et il a appelé des tortionnaires et il leur a demandé de s’occuper de moi jusqu’à ce que je sois disposé à reconnaître tout ce qu’il me demandait. Ils se sont mis alors à me torturer. » Un enseignant, accusé de lien avec des organisations islamistes et arrêté le 2 mai 2005.

« On m’a conduit dans une maison privée où j’ai été détenu pendant trois jours. À mon arrivée à la villa, j’ai été déshabillé, on m’a couché par terre sur le ventre, des menottes ont été mises à mes mains et on a attaché mes chevilles, mes pieds ont été soulevés et les personnes responsables de cet acte ont attaché mes mains à mes pieds, puis des coups ont été administrés sur la plante des pieds et sur tout le corps. Au bout du troisième jour, on m’a emmené à l’école de police où j’ai été à nouveau torturé, le nombre de séances de mauvais traitements variait entre un à trois par jour, cela a duré 15 jours. » Un commerçant accusé de complicité avec des militaires ayant fait une tentative de coup d’État et arrêté à Nouakchott le 25 septembre 2004.

« Ils ont utilisé ma soeur pour me faire avouer. Elle a été amenée au commissariat par les policiers. Ils lui ont montré la salle de torture, ensuite ils l’ont emmenée dans un autre bureau où ils lui ont demandé d’enlever son voile. Puis, ils ont commencé à la battre. Ma soeur est restée vingt jours en détention, elle était enceinte de trois mois et a perdu son bébé à la prison. Nous avons été traités d’une manière très dure, privés de nourriture pendant trois jours. Ils nous ont placés en isolement total et nous ont menacés de nous frapper. Alors, j’ai avoué. » Un homme, arrêté à Rosso (au sud du pays) pour un crime de droit commun en décembre 2004.

P.F.

À LIRE :
Mauritanie – La torture au cœur de l’État (AFR 38/009/2008)

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