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Bombes à sous-munitions

Fragments de lâcheté

dimanche 30 novembre 2008

Quarante ans après la guerre du Viêt-Nam, le Laos subit encore les conséquences de cette guerre qui a vu une grande partie de son territoire recouvert de bombes à sous-munitions. On estime que 5 à 30 % de celles-ci n’ont pas explosé... Un traité vient d’être signé interdisant l’utilisation de ces armes.

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Ce père de famille laotien vient de perdre deux de ses enfants, tués par bombes à sous-munitions non explosées. À l’arrière, un cratère qui date des années 70. © Bruno Brioni

Les bombes à sous-munitions peuvent contenir jusqu’à près de 300 petites bombes. Avant l’impact, la bombe lâche ces 300 bombes qui sont censées exploser un peu partout. Cependant, et selon les chiffres d’ONG internationales, de 5 à 30 % des mini-bombes n’explosent pas immédiatement à l’impact au sol. Tout comme les mines anti-personnel, ces munitions sont très actives après les conflits et touchent principalement les populations civiles. Après trois années de discussions, en 1997, le traité d’Ottawa mettait fin à l’utilisation des mines anti-personnel responsables également de la misère de la population civile. Dix ans après, c’est au tour des bombes à sous-munitions.

Le 28 mai 2008, un traité a été signé à Dublin pour interdire ce type d’armes. À ce jour, le triste record du nombre de bombes semées sur son territoire est détenu par le Laos, la Bosnie, l’Irak, l’Afghanistan et le Liban. Cent onze pays, dont la France et le Royaume-Uni, sont signataires du nouveau traité. Petit bémol, les plus gros producteurs d’armes (USA, Chine, Russie, Inde, Pakistan et Israël) ont refusé de le signer. Dans ces conditions, comment se réjouir totalement de la signature d’un traité où les acteurs principaux sont aux abonnés absents ? Des voix s’accordent à dire qu’à un moment donné, ces pays non signataires devront dans la pratique s’aligner sur les autres. La pression des pays signataires comme la Grande-Bretagne, qui a un poids significatif sur le plan international, sera telle que lorsqu’un des pays non signataires voudra utiliser ce type d’armement, il y réfléchira à deux fois. C’est par ce type de lobbying que cela devrait porter ses fruits. L’espoir reste vif de voir ce texte inciter les pays non signataires à emboîter le pas. L’avenir nous le dira.

Reste qu’aujourd’hui, ces bombes tuent encore et toujours comme au Laos où des enfants prennent ces bombes pour des jouets. Au Liban, depuis deux ans, des équipes de démineurs des Nations unies nettoient la macabre cour de récréation des grands enfants après une guerre éclair qui a vu une pluie de bombes venue d’Israël s’abattre sur le territoire libanais. On estime qu’un million de petites bombes ont été lâchées par Israël durant la guerre de 2006 qui opposa l’État juif à la milice libanaise chiite du Hezbollah. Des soldats de la paix y laissent leur vie, comme ce fut le cas cette année pour un soldat belge. Depuis 2006, près de 14 000 bombes non explosées ont été neutralisées par les démineurs belges présents au Liban dans le cadre de la Force intérimaire des Nations unies [1].

Des bombes américaines tuent encore au laos

Au sud du Laos, la province de Savannakhet – la plus peuplée du pays – conserve les vestiges les plus intéressants de la fameuse piste Ho Chi Minh (voie de ravitaillement utilisée par les forces nord-vietnamiennes pendant la guerre d’Indochine et par la suite durant la période américaine). Pour la petite histoire, les bombardiers B-52 décollaient des bases aériennes stationnées en Thaïlande pour bombarder le Viêt-Nam du Nord et le long de la piste Ho Chi Minh. Au retour, les pilotes avaient l’ordre de vider leur chargement sur les zones civiles de l’est du Laos près de la piste Ho Chi Minh. Aujourd’hui, le pays détient le triste record du pays à avoir reçu le plus grand nombre de bombes par habitant. Entre 1963 et 1975, 2 millions de tonnes de bombes ont été larguées sur le pays dont près de 30 % n’ont pas explosées.

Dans son édition du 23 avril 2008, le Vientiane Times relatait une nouvelle triste histoire d’enfants tués par une bombe non explosée dans la région de Savannakhet. À l’heure de midi, la tranquillité du village de Phonchai s’est brusquement arrêtée. Une explosion vient de retentir près des champs. Le spectacle est apocalyptique : deux enfants sont morts et deux autres sont grièvement blessés par des éclats d’obus. Les programmes d’information aux risques (assurés par le gouvernement laotien et par des ONG internationales) sont très ardus, d’autant plus que l’extrême pauvreté amène la population à s’équiper de détecteurs pour aller vendre par la suite les métaux déterrés (environ 1500 kips - 0,30 € - pour un kilo de métal). Les enfants sont les premières victimes selon les statistiques fournies par les Nations unies : plus de 45 % des personnes impliquées dans la recherche de métal sont des enfants âgés de moins de 18 ans. De plus ces petites bombes s’apparentent à une balle de tennis qui ont été fatales aux enfants de Phonchai.

Quelques mois après, nous retrouvons dans le village un père qui a perdu deux de ses enfants dans l’explosion. Assis sur une natte dans sa maison en bois sur pilotis, il tente avec ses deux derniers enfants, témoins de l’explosion, de nous raconter cet événement. À l’évocation de cette douloureuse matinée, les enfants sont incapables de lâcher le moindre mot. Les visages restent fermés, les larmes commencent à couler. Plein d’amertume, le père nous accompagne sur le lieu de l’explosion, à 500 mètres de la maison. Tous les villages de la région garde les stigmates des bombardements de l’époque.

Quarante ans après, les cratères font partie intégrante du paysage laotien. « Les enfants étaient près d’un cratère lorsque l’explosion a eu lieu. Je ne sais pas exactement ce qu’ils faisaient. Arrivé sur place, les éclats avaient atteint la poitrine, le front, le bassin... C’était comme une scène de guerre. Deux enfants étaient déjà morts et deux autres allaient mourir sur la route les menant vers l’hôpital. » La haine dans les yeux, le père ajoute : « aujourd’hui, quand j’entends un bruit comme une explosion je pense directement que d’autres enfants meurent. »

Bruno Brioni

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Notes

[1] La présence des Casques bleus belges de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) vient d’être prolongée jusque fin décembre 2009.

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