
- Pranavasorubi Sivabalaratnam, une lycéenne sri-lankaise tamoule dessine un motif traditionnel lors d’un concours organisé par une école hindoue. Colombo, 27 septembre 2008. © AFP/Lakruwan Wanniarachchi
Si un règlement pacifique est trouvé pour résoudre le conflit, sera-t-il possible pour les deux grandes communautés sri-lankaises de cohabiter sans trop de heurts ? « Je n’ai aucun doute à ce sujet, affirme le docteur Jehan Perera, directeur du Conseil national de la Paix du Sri Lanka [1]. J’en veux pour preuve ce qui s’est passé durant la période de cessezle- feu de 2002 à 2004. Avant la signature de ce cessez-le-feu, il y avait déjà le même genre de guerre et à cette époque, comme maintenant, les gens étaient nerveux, suspicieux et amers les uns envers les autres. Dès que les combats se sont arrêtés et qu’il y a eu une garantie que les civils pouvaient voyager en toute sécurité, les gens du sud ont commencé à voyager dans le nord sans problème, sans peur, alors qu’ils n’y étaient plus allés depuis 10 ou 20 ans.
« Le tourisme interne a explosé. Je suis allé à Jaffna peu après le cessez-le-feu. Je me souviens y avoir fait mon jogging à travers des rues dont les maisons avaient été endommagées par les bombes et les missiles des militaires sri-lankais, mais je me sentais en sécurité au sein de cette population tamoule alors que je suis un Cinghalais, que j’appartiens au même groupe ethnique que les militaires sri-lankais ».
Muttukrishna Sarvananthan estime lui aussi qu’une cohabitation pacifique entre les communautés sri-lankaises est possible. « Beaucoup de Tamouls pensent que les LTTE sont dépassés.Ils exigent encore un État séparé, alors que les Tamouls “lambda” se satisferaient d’un niveau raisonnable d’autonomie ou d’une solution basée sur une fédération comme en Belgique, en Suisse ou en Inde. Dans un contexte de plus en plus mondialisé, la partition est hors de question. J’en suis d’autant plus convaincu que rien ne se passe ici sans le soutien de la puissance régionale, l’Inde, qui est contre toute division du pays ».
On semble toutefois très loin d’un accord politique. Le Dr Jehan Perera identifie trois raisons principales à cette situation. « Il y a d’abord la façon cinghalaise de voir les choses, selon laquelle le Sri Lanka est un pays cinghalais parce que les Cinghalais y sont majoritaires, qu’ils y sont venus les premiers, qu’ils sont bouddhistes et que Bouddha a promis le Sri Lanka aux bouddhistes… Toutes ces raisons expliquent que les Cinghalais refusent d’accorder l’autogestion d’une partie de l’île à un non-Cinghalais, et tout particulièrement à un Tamoul, car il reste une certaine peur historique des Tamouls et le sentiment reste que les Tamouls, même s’ils sont une minorité au Sri Lanka, sont majoritaires dans la région, qui inclut l’Inde [via l’État indien du Tamil Nadu, sur le continent].
« Le deuxième obstacle majeur est politique : à plusieurs reprises, des responsables gouvernementaux ont malgré tout offert aux Tamouls une certaine forme d’autonomie, mais les partis politiques rivaux s’y sont toujours opposés… et quand ceux-ci arrivent au gouvernement et parviennent à leur tour à un accord avec les Tamouls fondé sur l’autonomie, ce sont les dirigeants de l’ancien gouvernement qui protestent ! Pour nos dirigeants politiques, les problèmes ethniques sont une façon de revenir au pouvoir lorsqu’ils ont perdu aux élections. L’obstination des Tigres tamouls, leur évolution vers une mentalité très radicale, empêche elle aussi une résolution pacifique ».
S.G.




