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Sri Lanka - Que reste-t-il des Tigres ?

mardi 30 septembre 2008

Le prestige des Tigres auprès de la population tamoule n’est plus ce qu’il était. Décryptage.

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Une photo non datée (mais publiée le 9 septembre 2008) de 10 kamikazes de l’armée des Tigres libérateurs de l’Eelam Tamoul (LTTE), photographiés avant qu’ils ne commettent un attentat suicide contre le complexe militaire de Vavuniya. Les kamikazes posent autour du chef des LTTE (première rangée, au centre). © AFP

Le Sri Lanka (alors Ceylan) a obtenu son indépendance de la Grande-Bretagne en 1948. Rapidement, la cohabitation entre ses deux principales communautés, les Cinghalais (74% de la population) et les Tamouls (18%) a posé problème. En 1956, le Parti de la Liberté créé par S. Bandaranaïke arrive au pouvoir. Il impose le cinghalais comme seule langue officielle et donne la prééminence au bouddhisme, la religion d’une majorité de Cinghalais (les Tamouls sont généralement hindous ou chrétiens). Quelques confrontations éclatent, puis elles s’atténuent et reprennent dans les années septante, avec notamment la création de l’armée des Tigres libérateurs de l’Eelam Tamoul. En 1977, une modification législative reconnaît le tamoul comme langue officielle au même titre que le cinghalais, mais cette reconnaissance s’avère trop tardive, la guerre civile opposant le gouvernement et les LTTE ayant pris de l’ampleur.

La puissance régionale voisine, l’Inde, tente d’intervenir, notamment par l’envoi d’une force de maintien de la paix entre 1987 et 1990, mais l’échec de cette mission renforce les LTTE, ces derniers étant parvenus à éliminer d’autres organisations politiques tamoules favorables, elles, à l’opération indienne. Depuis, les LTTE se proclament les seuls représentants légitimes de la volonté des Tamouls. Ils empêchent toute contestation interne et affirment que la seule solution acceptable ne peut être que la création d’un État tamoul dans la province du nord-est et dans les régions du sudest du Sri Lanka. Un cessez-le-feu est intervenu de 2002 à 2005, mais il était régulièrement violé de part et d’autre (chaque partie accusant l’autre de ces violations). Les affrontements et les attentats commis par les LTTE n’ont depuis lors plus cessé.

Lorsqu’on leur demande ce qu’ils pensent d’un mouvement comme les Tigres tamouls, qui se bat depuis 1972 en leur nom mais n’a jamais rien obtenu grand-chose de concret, une grande majorité de Tamouls du Sri Lanka répondent qu’ils ne soutiennent pas (ou plus) ce groupe… mais qu’ils n’ont pas d’alternative, vu l’attitude du gouvernement sri-lankais. Ils ne se reconnaissent pas dans les attentats commis par les Tigres contres les populations civiles à Colombo ou ailleurs. Ils ne cachent pas leur ras-le-bol quant à un conflit qui ne leur a valu que des horreurs et voudraient simplement vivre en paix et en dignité.

DE PIÈTRES GESTIONNAIRES

L’image des LTTE au sein de la population tamoule s’est encore ternie en raison de leur attitude au cours de la dernière période de cessez-le-feu, de 2002 à 2005. « Dans la zone qu’ils contrôlaient, les Tigres imposaient une taxation arbitraire bien trop lourde pour une population aussi pauvre, explique Muttukrishna Sarvananthan, chercheur tamoul vivant à Colombo [1]. Et puis, les Tamouls se sont aperçus que, durant cette période, beaucoup de dirigeants des Tigres ont envoyé leurs enfants faire de hautes études dans les pays occidentaux. Les gens se posent des questions : pourquoi emmenez-vous nos enfants pour combattre alors que vous envoyez les vôtres à l’étranger ? Le soutien de la population a donc vraiment diminué et c’est l’une des raisons qui expliquent les victoires militaires enregistrées pour le moment par les forces gouvernementales, ce qui ne fut jamais le cas dans les précédentes étapes du conflit ».

La sympathie envers les LTTE dans les régions qu’ils contrôlent est beaucoup moindre que celle dont ils peuvent encore jouir dans une partie de la diaspora tamoule. « Les Tamouls de l’étranger ne subissent pas les mêmes souffrances que les habitants des zones contrôlées par les Tigres, et notamment l’enrôlement forcé, souligne Muttukrishna Sarvananthan. Même des personnes âgées et des écoliers reçoivent une formation de base, pas nécessairement à la manipulation des armes, mais au combat, en cas de besoin ». De nombreux témoignages dénoncent aussi le fait que les LTTE ont empêché des civils de rejoindre des lieux plus sûrs situés dans des zones contrôlées par le gouvernement, afin notamment de s’en servir comme boucliers humains. Amnesty International a par ailleurs reçu des informations crédibles selon lesquelles les Tigres continuent de recruter activement des mineurs dans les camps de personnes nouvellement déplacées.

Les LTTE ont subi une très lourde perte en 2004, lorsqu’un de ses responsables militaires, connu sous le nom de « Colonel Karuna », a cessé les combats, entraînant avec lui 6 000 hommes. Cette désertion a précipité le retrait des Tigres de l’est de l’île, qui était une importante source de renforts pour les LTTE quand ils étaient attaqués par les forces du gouvernement dans le Nord. Selon des sources crédibles, il resterait à l’heure actuelle moins de 5 000 soldats « purs et durs » au sein des Tigres tamouls. Il resterait aussi quelques milliers de combattants enrôlés de force et de policiers, mais ils pourraient déserter si ça tourne vraiment mal, contrairement aux « purs et durs », qui sont là pour la cause et lutteront jusqu’au bout.

Les Tigres tamouls ont eu, au cours de leur histoire, plusieurs possibilités de conclure un accord de paix durable avec certains gouvernements sri-lankais. Colombo n’a certes jamais accepté d’accorder l’indépendance réclamée par les Tigres radicaux, mais plusieurs gouvernements modérés ont été prêts à accorder à la population tamoule une certaine autonomie dans la gestion de ses affaires, ce dont se seraient sans doute largement contentés bien des civils. Les LTTE ont rejeté ces possibilités et n’ont jamais complètement abandonné leurs actions terroristes.

S.G.

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Notes

[1] Principal chercheur du Point Pedro Institute of Development, www.pointpedro.org

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