
- Des enfants soldats fraîchement démobilisés du Front de Libération du Congo. Beni, 2004. © AP GraphicsBank – Libertés ! Novembre 2006
Le dernier rapport publié par Amnesty International sur la République démocratique du Congo est de ceux qui vous coupent l’appétit, vous gâchent une ambiance et vous plongent dans des abîmes de perplexité et d’incrédulité. Selon ce document intitulé Nord Kivu : No End to War on Women and Children (AFR 62/005/2008) rendu public ce lundi 29 septembre, « chaque fois que deux enfants soldats congolais sont libérés, cinq sont recrutés de force ». Confusément, au gré des (très) rares reportages réalisés dans les territoires orientaux de la RDC (voir entre autres « Chaos debout », série de reportages de Cédric Gerbehaye parus dans le Libertés ! de septembre 2007), on sentait bien que cette réinsertion ne pouvait que souffrir d’une situation sécuritaire, politique et économique plus que volatile. Les conclusions du rapport d’AI sont une crucifixion. Enfonçant le clou, elles relèvent que la moitié des anciens enfants soldats qui avaient rejoint leurs familles dans le Nord-Kivu, dans le cadre du programme national de démobilisation, ont depuis lors été de nouveau enrôlés par des groupes armés. Pourquoi ? Parce que, précisément, c’est l’expérience acquise précédemment auprès des groupes armés qui font de ces gosses des recrues « intéressantes ». Et, lorsque ces enfants soldats n’ont que faire de ce sinistre « bagage » et tentent de s’enfuir, ils sont tués ou torturés, parfois devant les autres enfants, à titre dissuasif. On n’est jamais trop prudent.
Pour celles et ceux qui ont encore un peu d’appétit, le rapport traite également des violences physiques, et bien évidemment sexuelles, dont continuent d’être victimes les femmes et les enfants dans le cadre de ce conflit insensé, malgré que le gouvernement et les groupes armés se soient jadis engagés à mettre fin à ces atrocités. Ainsi, groupes armés et forces gouvernementales continuent de violer, parfois en groupe, les femmes de tous âges, sans épargner les petites filles et les femmes âgées. Ces viols sont souvent commis en public et devant les membres de la famille, y compris les enfants. N’en jetez plus.
Dans ce contexte, il est dramatique de constater l’indifférence assourdissante de la presse généraliste belge, tant francophone que néerlandophone, envers le drame effroyable qui s’éternise aux confins orientaux d’un Congo auquel nous fûmes si longtemps mêlés et dont de nombreux fils et filles vivent aujourd’hui à nos côtés, en tant que migrants ou en tant que nouveaux citoyens belges. C’est pourquoi l’initiative lancée en 2008 par le programme Jeunesse d’Amnesty Belgique francophone mérite d’être saluée (voir page 12), ce dernier étant parvenu à faire se rencontrer des jeunes lycéennes de Pont-à-Celles et des anciens (et futurs ?) enfants soldats de RDC. Rien que quelques microns de baume au cœur ? Il faut espérer que non.
Pascal Fenaux




