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Iran - À quand la fin de la lapidation ?

lundi 1er septembre 2008

Chaque année, des centaines d’hommes et de femmes sont exécutés en Iran. Amnesty international a enregistré plus de 250 exécutions pour la seule année 2007. Parallèlement, pour la deuxième fois en deux ans, le chef du pouvoir judiciaire iranien vient de suspendre la pratique cruelle de la lapidation. Est-ce un signe d’humanisation de la justice iranienne ?

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Des Iraniennes se rendent chez un membre de leur famille pour y commémorer l’anniversaire de la mort de Fatemeh, la fille du prophète Mohammed. Village de l’Azerbaïdjan, juin 2008. © Yasmina Hamlaoui

Le 6 août 2008, les autorités iraniennes ont annoncé la suspension des exécutions par lapidation, sans pour autant modifier le code pénal. Celuici prévoit la mort par lapidation, une peine destinée à causer un maximum de souffrances, jusqu’à ce que mort s’ensuive. Pour y parvenir, de nombreuses précautions sont prises. L’article 102 établit que les hommes doivent être enterrés jusqu’à la taille et les femmes jusqu’à la poitrine, tandis que l’article 104 pousse la perversité jusqu’à décrire la taille des pierres nécessaires pour faire durer le supplice.

En décembre 2002, l’ayatollah Mahmoud Hashemi Shahroudi, le chef du pouvoir judiciaire, avait déjà déposé un moratoire sur les exécutions par lapidation. « Le moratoire fut respecté jusqu’en 2006, date à partir de laquelle la situation lui a échappé », explique Asieh Amini, journaliste et militante de la campagne Stop Stoning Forever. « Mahmoud Shahroudi tente de faire évoluer les mentalités, notamment en suscitant des débats sur la lapidation au sein du Majlis, le Parlement iranien. Mais il rencontre des résistances ». De fait, certains juges locaux considèrent que la lapidation est une tradition de l’islam et qu’on ne peut y déroger. L’incurie du système judiciaire a donc fait échouer ce premier moratoire.

UNE CAMPAGNE CONTRE LA MORT

Stop Stoning Forever a été lancé au printemps 2006. Cette campagne est le résultat du travail d’une poignée de personnes qui, malgré le harcèlement et les tentatives d’intimidation des autorités, tentent de porter à la lumière les affaires dans lesquelles des personnes risquent la lapidation. Les militants jouent alors contre la montre pour suspendre les sentences, en divulguant l’information auprès des organisations internationales de protection des droits humains, en contactant la presse iranienne et en sollicitant des parlementaires. Leurs démarches consistent également à soutenir les détenus par une défense appropriée. Toutes les actions entreprises ont permis de sauver cinq vies depuis le lancement de la campagne.

Le dernier moratoire du chef du pouvoir judiciaire donne de nouveaux espoirs. Déjà, plusieurs femmes incarcérées ont vu leur peine commuée. Pourtant, Stop Stoning Forever s’interroge sur le mode de commutation des peines : une personne destinée à la lapidation ne sera-t-elle pas poussée vers la potence ? La peine de mort restant applicable, les raisons de se réjouir sont donc bien limitées.

UNE JUSTICE PENSÉE POUR LES HOMMES

La volonté des bénévoles de Stop Stoning Forever est d’aller plus loin pour arriver à la suppression totale de la peine de mort. Beaucoup considèrent également qu’en intervenant en amont, il est possible d’empêcher les faits délictuels ou criminels de se produire et donc d’échapper à la peine capitale. Pour y parvenir, la campagne défend une réforme du statut des femmes.

Asieh Amini constate en effet que la plupart des faits reprochés aux Iraniennes inculpées sont les conséquences d’un système patriarcal qui les a acculées à la violence : « C’est finalement contre tout le système que Stop Stoning Forever se bat. Bien sûr, il ne s’agit pas de défendre le meurtre qu’une femme a commis ou de juger ses moeurs, mais de soutenir que ce genre de cas aurait pu être évité si l’on avait accordé des droits aux femmes : le droit de divorcer librement, repousser l’âge légal du mariage – aujourd’hui fixé à 13 ans – pour permettre aux femmes de choisir en toute conscience leur époux… »

Par ailleurs, les Iraniennes sont davantage fragilisées face à un système judiciaire qui reste ancré dans la reproduction de valeurs patriarcales et les soustrait à un jugement équitable. Ainsi, le poids du témoignage d’un homme devant la justice représente deux fois celui d’une femme. Dans les zones rurales, les femmes sont d’autant plus victimes de ces lois discriminatoires qu’elles sont moins éduquées et moins informées de leurs droits [1].

Pour l’heure, les autorités iraniennes n’envisagent aucune réforme du Code pénal. Asieh Amini en a déjà conclu que seule la pression exercée par la population iranienne pourra faire évoluer les lois discriminatoires.

Y.H.

Notes

[1] Voir à ce propos le rapport publié par AI en janvier 2008, Iran – End executions by stoning (MDE 13/001/2008).

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