
- Sur le panneau : « Attention, écoles ». À l’horizon, la frontière syrienne. Al Tanf, février 2008. © AI
Dans l’étroit no man’s land coincé entre un mur de béton et l’autoroute Bagdad-Damas, les températures atteignent 50 °C en été et passent en dessous de zéro en hiver. Les tentes bondées sont la seule protection qu’ont trouvée un petit millier de Palestiniens contre la chaleur, la neige et les tempêtes de sable.
Malgré les conditions déplorables, le nombre de Palestiniens fuyant l’Irak pour se réfugier dans le camp d’Al Tanf ne cesse de croître. Ce camp a été créé en mai 2006, lorsqu’un groupe de 389 Palestiniens fuyant les persécutions en Irak s’est présenté à la frontière syrienne et a été refoulé. La Syrie a autorisé l’entrée de plus d’un million de réfugiés venant d’Irak, mais n’accepte généralement pas les réfugiés d’origine palestinienne. Par ailleurs, les forces de sécurité syriennes appréhendent peu à peu les quelque 4 000 Palestiniens qui ont utilisé de faux passeports pour pénétrer en Syrie, et les transfèrent de plus en plus régulièrement dans ce camp, qui continue donc de s’étendre.
Les Palestiniens d’Irak sont victimes de graves violations des droits humains depuis l’invasion conduite par les États-Unis en mars 2003. Ils sont menacés, enlevés, torturés et tués, essentiellement par les milices chiites et notamment l’Armée du Mahdi, les partisans de Moqtada Sadr, mais aussi par les forces gouvernementales irakiennes. Les corps des personnes enlevées et tuées, lorsqu’on les retrouve, présentent souvent des traces caractéristiques de torture ou diverses mutilations.
Les Palestiniens sont visés en raison de leur origine, et parce qu’ils auraient bénéficié d’un traitement de faveur sous le régime baasiste de Saddam Hussein. Le nombre de Palestiniens vivant en Irak a chuté de 34 000 à environ 15 000. Pour le HCR, les Palestiniens, notamment ceux d’Al Tanf, rentrent dans la catégorie la plus vulnérable des deux millions de réfugiés ayant fui l’Irak.
Un réfugié d’Al Tanf a supplié la délégation d’Amnesty International de les sauver de cet enfer. Il a ajouté qu’« un être humain ne vit pas seulement pour manger ». Un autre a déclaré que « vivre une journée ici, c’est passer dix ans ailleurs ». Pour le HCR, seule une réinstallation dans des pays tiers permettra de résoudre durablement la situation de ces Palestiniens. Il a indiqué à Amnesty International que le gouvernement chilien avait proposé d’accueillir un premier groupe de 116 Palestiniens du camp d’Al Tanf. Leur départ était prévu pour avril 2008. En dehors du Moyen-Orient, un certain nombre d’États auraient déclaré qu’ils accueilleraient des résidents d’Al Tanf. Toutefois, la situation de ces personnes est désespérée et leur réinstallation dans des conditions de sécurité acceptables ne saurait attendre.
Au moins 2 000 autres Palestiniens réfugiés d’Irak vivent dans des conditions très difficiles au camp d’Al Waleed, une autre installation de fortune près de la frontière irako-syrienne. Par ailleurs, le camp d’Al Hol, dans le gouvernorat d’Al Hasakah (nord-est de la Syrie), abrite également 300 Palestiniens d’Irak.
P.F.
Vous pouvez agir, en écrivant à Annemie Turtelboom (ministre de la Politique de Migration et d’Asile) et Karel De Gucht (ministre des Affaires étrangères). Un modèle de lettre se trouve sur :
http://www.isavelives.be/fr/node/1307
* D’après Rijâl fî al Shams (1963), le roman de Ghassan Kanafani, publié en français en 1990 chez Actes Sud (Sindbad).




