Au cinéma, on a le droit de se réjouir de la souffrance et de l’agonie d’innocentes victimes sans être taxé de pervers. Normal, c’est pas pour du vrai. « Un long-métrage, c’est vingt-quatre mensonges par seconde » affirme le cinéaste autrichien Michael Haneke qui, tout au long de sa carrière, n’a cessé de mesurer le pouvoir et l’attrait de ces mensonges sur le spectateur. Avec Funny Games, réalisé en 97, il laissait un couple bourgeois se décomposer entre les mains sadiques de deux jeunes gens aux belles manières et tout de blanc vêtus. La violence qui se déchaîne est d’autant plus incompréhensible qu’elle semble sans raison ni fondement et que les agresseurs appartiennent au même monde que leurs victimes. Profitant de ce jeu de massacre, le cinéaste met à plat les artifices de la fiction et casse les codes en s’adressant directement au spectateur. Dix ans plus tard, il réalise lui-même un remake américain, quasiment à l’identique. Quoi de plus logique que de situer ce thriller-vérité dans un pays saoulé par la fascination de sa propre violence au travers de l’image tronquée qu’en donne son cinéma. Les ingrédients n’ont pas changé, un couple bourgeois, le gosse, et des anges de la mort. Coulé dans le moule hollywoodien, porté par des acteurs parfaits et impeccablement dirigés, le film a gardé sa force intacte. Il perd sans doute un peu de la froideur de la première version pour gagner en efficacité et distiller un malaise tout aussi insidieux. La vision reste éprouvante comme devraient l’être tous les mensonges.
Gilles Bechet
Funny Games US de Michael Haneke, sortie le 16 avril.
Leçon de manipulation
vendredi 4 avril 2008




