La crise alimentaire persistante en Corée du Nord n’est pas seulement due à des facteurs comme l’isolement du pays ou à une géographie essentiellement montagneuse. Elle est largement due au maintien d’une politique économique catastrophique et aux restrictions permanentes imposées par le gouvernement à la liberté de mouvement et d’information, l’absence de transparence, les obstacles dressés devant les observateurs indépendants et le personnel international. Avec pour conséquence que l’aide alimentaire ne parvient pas toujours à ceux qui en ont le plus besoin.

- Un ouvrier nord-coréen jette une pierre vers les journalistes chinois qui le prennent en photo le long du Yalu, la rivière qui sépare la Chine de la Corée du Nord. Sinuiji, octobre 2006. © AFP / Liu Jin
En décembre 2005, le PAM a mis fin à dix ans d’aide d’urgence à la Corée du Nord, après que le gouvernement nord-coréen ait déclaré qu’il n’accepterait désormais que l’aide destinée aux besoins de moyen et long terme. Le régime se justifiait en annonçant de meilleures récoltes mais aussi son inquiétude de voir se développer une « culture de la dépendance » et l’« ingérence » des observateurs du PAM. Cette décision a conduit à une réduction du personnel international, de 46 (nombre le plus élevé) à dix seulement, et à une diminution drastique du nombre de visites de surveillance. En février 2006, le PAM a approuvé un plan de deux ans évalué à 102 millions de dollars, comprenant la livraison de 150 000 tonnes de denrées alimentaires à 1,9 million de Nord-Coréens, et le financement d’une production nationale de nourriture enrichie en vitamines et minéraux destinée aux femmes et aux enfants. La mise en œuvre de ce plan, qui a débuté en juin 2006, s’est heurtée à des problèmes de financement ; en octobre 2006, le PAM n’avait ainsi reçu que 10% des 102 millions de dollars requis.
La FAO (Organisation des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) estimait le déficit en céréales pour l’année 2006 à 900 000 tonnes, soit moins de 20% du minimum requis. Cette projection a été faite avant les graves inondations qui ont frappé le pays en juillet et août 2006.
Après ces inondations, le gouvernement nord-coréen a signalé la mort ou la disparition de centaines de personnes, et la destruction des maisons de dizaines de milliers d’autres. Selon des estimations préliminaires, la perte des récoltes due aux inondations avoisinerait les 90 000 tonnes de céréales. De graves dégâts aux infrastructures, notamment aux routes, ponts et voies ferrées, ont été signalés sur des zones importantes.
Après les tests de missiles nord-coréens en juillet 2006, la Corée du Sud – l’un des principaux pays donateurs – avait radicalement réduit ses donations alimentaires, dont la Corée du Nord dépendait pour compenser un manque de plus d’un million de tonnes de riz. La Corée du Sud a cédé lorsque la Corée du Nord a demandé de l’aide après les graves inondations du mois d’août, mais Séoul a envoyé seulement la moitié des 100 000 tonnes qu’elle avait annoncées au titre de l’aide d’« urgence » – par comparaison avec les 500 000 tonnes de l’année précédente. À la suite de l’essai nucléaire nord-coréen d’octobre 2006, la Corée du Sud avait suspendu l’aide alimentaire, tandis que la Chine diminuait également son aide de 60 %.
Fin 2005, le gouvernement nord-coréen avait procédé à des distributions mais de nombreuses personnes n’avaient reçu aucune ration. À Pyongyang, certains habitants continuaient à souffrir de malnutrition au printemps 2006. La réimposition du système de distribution public à la fin 2005, combinée à la baisse de l’aide humanitaire internationale et aux inondations d’été, risquaient de provoquer le retour de la famine et un nouvel exode vers la Chine.
Sans doute faut-il voir dans l’évaluation de ce risque (tant pour la Chine et la Corée du Sud que la Corée du Nord) l’explication (ou l’une des explications) de la percée diplomatique de février 2007.
Pascal Fenaux




