Selon des estimations récentes de l’International Crisis Group, le nombre total de Nord-Coréens vivant en Chine serait aux alentours de 100 000, dont un peu plus de 9 000 seulement ont gagné la Corée du Sud et s’y sont installés ; un petit nombre de Nord- Coréens ont gagné le Japon, l’Europe et les États-Unis, où ils ont pour beaucoup reçu le statut de réfugié.

- Des transfuges nord-coréens se couvrent le visage alors qu’ils sont emmenés dans un centre de rétention pour immigrants en Thaïlande. S’ils sont reconnus, leurs familles risquent gros. S’ils n’obtiennent pas le statut de réfugiés, ils seront renvoyés en Corée du Nord. Bangkok, octobre 2006. © AFP / Saeed Khan
La Chine ne souhaite pas que le flux régulier de Nord-Coréens franchissant la frontière prenne une ampleur incontrôlable. Outre une politique répressive inaugurée en décembre 2002, la Chine construit actuellement une nouvelle barrière de barbelés le long du fleuve Yalu dans le Dandong, après les dégâts infligés aux récoltes et à l’infrastructure nord-coréennes par les crues d’été. Des panneaux côté chinois déclarent : « Il est interdit d’assister financièrement, d’héberger ou d’aider l’installation de personnes du pays voisin qui ont franchi la frontière illégalement ». Le « Traité d’extradition réciproque relatif aux criminels en fuite » de 1960, ainsi que l’« Accord relatif aux affaires frontalières » de 1986 déterminent la politique chinoise officielle à l’égard des Nord-Coréens qui franchissent la frontière. La classification de ces personnes comme migrants économiques illégaux par les autorités chinoises les soumet à un rapatriement forcé, aux termes de ces accords bilatéraux, et leur refuse la protection internationale ou l’accès au Haut-commissaire aux réfugiés des Nations unies.
Le grand nombre de « fugitifs » nord-coréens rapatriés de force par la Chine a incité le gouvernement nord-coréen à adoucir les peines prononcées et à modifier le code pénal. Sa version de 1999 établissait une distinction entre le « franchissement illégal de la frontière » et son franchissement « dans l’intention de renverser la République ». Dans sa version révisée de 2004, le code pénal opère une distinction supplémentaire entre le « franchissement » et le « franchissement fréquent ». Selon cette dernière version, le « franchissement fréquent » de la frontière sans permission constitue un acte délictueux passible de deux ans maximum de camp de travail (trois dans la version de 1999). Les actes de trahison, comme « la reddition, le changement d’allégeance, [et] la diffusion d’informations confidentielles » sont passibles de cinq à dix ans de travaux forcés, voire de dix ans à la perpétuité dans les cas les plus graves.
De nombreux prisonniers profitent des opportunités d’évasion quand ils sont transférés de camps de travail vers des centres de détention provinciaux, ou retournent en Chine après leur libération. Jusqu’à 40 % des rapatriés retournent en Chine dès que possible.
La Corée du Nord aurait renforcé la sécurité sur la frontière au cours des deux dernières années, visant les passeurs et les Nord-Coréens qui envisagent de quitter le pays. Les enregistrements vidéo clandestins d’exécutions publiques en 2005 montrent notamment des personnes inculpées de trafic d’êtres humains et de franchissement illégal de la frontière. En février 2006, 300 personnes auraient été arrêtées dans la ville frontalière septentrionale de Hoeryong pour avoir prévu de quitter la Corée du Nord, ou pour leurs liens avec la Corée du Sud ou la Chine. En mai, selon certaines rumeurs, 217 agents nord-coréens se faisant passer pour des demandeurs d’asile auraient été déployés en Chine dans le cadre d’une importante opération de renseignement. La Chine continue d’arrêter et de rapatrier de force des Nord-Coréens, sans les déférer au Haut-commissariat aux réfugiés.
La Chine s’en prend également aux missionnaires, aux personnes travaillant pour l’aide et aux passeurs qui hébergent ou transportent des Nord-Coréens. Des observateurs en Chine et en Corée du Sud attribuent les récentes opérations répressives menées près de la ville de Shenyang, au nord-est de la Chine, à une campagne de « nettoyage » en vue des Jeux olympiques de 2008. Des Nord-Coréens ayant vécu en Chine pendant plusieurs années ont mentionné ces mesures préparatoires aux Jeux olympiques comme facteur les ayant incité à fuir récemment en Corée du Sud. Selon des estimations, 150 à 300 Nord-Coréens seraient rapatriés de force par la Chine chaque semaine.
En juin 2004, le Comité des Droits de l’Enfant (CDE, un des rares organes de l’ONU obtenant un accès relatif) s’inquiétait d’informations relatives à la présence d’enfants des rues nord-coréens dans les villes chinoises frontalières. Le CDE s’est également exprimé contre le fait que les enfants (et leurs familles) forcés de retourner en Corée du Nord étaient considérés par le régime nord-coréen non comme des victimes, mais comme des délinquants.
En mars 2006, Lee Kwang-soo rejoignait la Corée du Sud par la mer avec sa femme, ses deux enfants et un ami. En août de la même année, il a découvert que 19 membres de sa famille restés en Corée du Nord étaient introuvables. Ils avaient « disparu » entre le mois de mars (date de sa fuite en Corée du Sud) et août 2006. Lee Kwang-soo a également appris qu’une réunion avait été organisée par des responsables nord-coréens, consacrée spécifiquement à la « trahison de l’État et du peuple nord-coréens » par ces familles…
Pascal Fenaux




