Accueil du site > S’informer > Notre magazine « Le Fil » > Libertés ! (Archives) > Les anciens numéros > 433 Numéro d’avril 2007 > 3.Dossier > CORÉE DU NORD - NUCLÉAIRE, UN ACCORD À QUI PERD GAGNE ?

CORÉE DU NORD - NUCLÉAIRE, UN ACCORD À QUI PERD GAGNE ?

lundi 2 avril 2007, par Pascal Fenaux

Après cinq années de tensions américano-nord-coréennes et alors que Pyongyang est toujours inscrite par Washington sur l’« Axe du Mal », Américains et Nord-Coréens sont pourtant parvenus, le 13 février dernier, à un accord diplomatique sur le nucléaire.

Il s’agissait là d’une issue plutôt positive à un interminable bras de fer, jalonné de percées diplomatiques et de claquements de portes. Mais, apparemment, les pourparlers à six (Corée du Nord, Corée du Sud, États-Unis, Chine, Russie et Japon) entamés le 25 juillet 2005 à Pékin étaient cette fois « les bons ». Ce n’était pourtant jamais que la cinquième tentative de parvenir à un accord en dépit de la reconnaissance faite par Pyongyang en 2005 de la possession de l’arme nucléaire. Le compromis prévoit l’arrêt, la fermeture et, à terme, la désactivation des installations nucléaires de la Corée du Nord sous libre contrôle des inspecteurs des Nations unies. Avant d’interpréter l’accord, un rappel chronologique s’impose.

Octobre 2002 : les États-Unis affirment que la République populaire démocratique de Corée (RPDC) enrichit de l’uranium, en violation de ses accords.
Décembre 2002 : la Corée du Nord enlève les scellés placés par l’ONU dans la centrale nucléaire de Yongbyon et démantèle les dispositifs de surveillance – « les yeux et les oreilles » de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) –, avant d’expulser les inspecteurs de l’AIEA.

JPEG - 275.7 ko
Un homme d’affaires sud-coréen lit un journal annonçant que la Corée du Nord vient de procéder à des essais de tirs nucléaires. Séoul, octobre 2006. © AFP Photo / Jung Yeon-Je.



Janvier 2003 : la Corée du Nord annonce son retrait du Traité de non-prolifération nucléaire (TNP).
Février 2003 : la Corée du Nord affirme qu’elle a réactivé ses installations nucléaires et que leurs activités progressent désormais « normalement ». L’AIEA déclare que la Corée du Nord bafoue les garanties nucléaires et en appelle au Conseil de sécurité de l’ONU.
Avril 2003 : Le Conseil de sécurité se déclare préoccupé par le programme nucléaire de la Corée du Nord, sans aller jusqu’à dénoncer son retrait du TNP. La Chine accueille les pourparlers entre la Corée du Nord et les États-Unis. Ces discussions s’achèvent dans un climat de reproches mutuels, les États-Unis ayant soutenu que la Corée du Nord avait pour la première fois admis posséder des armes nucléaires.
Mai 2003 : la Corée du Nord annonce qu’elle abroge son dernier accord international de non-prolifération nucléaire – accord signé en 1992 avec la Corée du Sud, excluant les armes nucléaires de la péninsule coréenne.
Août 2003 : les pourparlers à six s’ouvrent à Pékin, entre les Corées du Nord et du Sud, les États-Unis, le Japon, la Russie et la Chine (qui en est l’hôte).
Décembre 2003 : la Corée du Nord propose de « geler » son programme nucléaire en échange d’une liste de concessions présentées aux États- Unis. S’ils refusent, elle ne participera pas aux futurs pourparlers. Les États-Unis rejettent cette proposition. Le président américain George Bush déclare que la Corée du Nord doit purement et simplement démanteler son programme.
Février 2004 : la deuxième série de pourparlers à six a lieu à Pékin et se termine sans grand progrès. Les États-Unis invitent la Corée du Nord à s’engager en faveur d’un démantèlement complet, vérifiable et irréversible. Ils lui demandent de démarrer concrètement le démantèlement avant qu’ils ne présentent leur feuille de route des engagements réciproques, afin de fournir une aide en matière de sécurité et de développement à la Corée du Nord.
Juin 2004 : le troisième cycle des pourparlers à six se déroule à Pékin ; les États-Unis proposent de fournir une aide énergétique à la Corée du Nord si elle gèle puis démantèle ses programmes nucléaires.
Juillet 2004 : le secrétaire d’État américain de l’époque, Colin Powell, rencontre le ministre nord-coréen des Affaires étrangères, Paek Nam-sun, dans le cadre des pourparlers de plus haut niveau entre les deux pays depuis le début de la crise nucléaire. La Corée du Nord rejette les propositions des États-Unis, à savoir suivre l’exemple de la Libye en abandonnant ses ambitions nucléaires.
Septembre 2004 : s’adressant à l’Assemblée générale des Nations unies, le vice-ministre nord-coréen des Affaires étrangères, Choe Su-hon, déclare que la Corée du Nord a achevé le processus de transformation du plutonium extrait de 8 000 barres de combustible irradié en armes nucléaires. La Corée du Nord se justifie en invoquant la nécessité de « se défendre » contre « la menace nucléaire américaine ».

JPEG - 338.5 ko
Immense peinture murale représentant Kim Jong-Il, le Cher Leader. Pyongyang, octobre 2006. © EyePress / Tex



Janvier 2005 : Condoleezza Rice, alors désignée par le président Bush au poste de Secrétaire d’État, inclut la Corée du Nord dans les six « avantpostes de la tyrannie », où les États-Unis doivent contribuer à amener la liberté.
Février 2005 : la Corée du Nord déclare qu’elle suspend sa participation aux pourparlers concernant son programme nucléaire « pour une durée indéterminée », accusant le gouvernement américain de vouloir « s’opposer à la République démocratique populaire de Corée, l’isoler et l’étouffer à tout prix ». Dans cette déclaration, la Corée du Nord affirme également qu’elle s’est dotée d’armes nucléaires par mesure d’autodéfense.
Avril 2005 : Selon des sources sud-coréennes, la Corée du Nord a fermé sa centrale nucléaire de Yongbyon, ce qui pourrait lui permettre d’extraire plus de combustible destiné à des armes nucléaires.
Mai 2005 : la Corée du Nord tire un missile de courte portée en mer du Japon, à la veille de sa rencontre avec des membres du TNP. La Corée du Nord affirme qu’elle a achevé le processus d’extraction de barres de combustible irradié de son réacteur de Yongbyon, dans le cadre de son programme visant à « renforcer son arsenal nucléaire ».
Juillet 2005 : la Corée du Nord se dit prête à reprendre les pourparlers sur le nucléaire, alors que la Secrétaire d’État américaine Condoleezza Rice entame une tournée dans la région. Faisant une offre généreuse, la Corée du Sud propose de fournir à la Corée du Nord d’importantes quantités d’électricité afin de l’inciter à mettre fin à son programme d’armes nucléaires. Le quatrième cycle des pourparlers à six s’ouvre à Pékin, après une interruption de 13 mois.
Septembre 2005 : la Corée du Nord s’engage à rejoindre le TNP et à abandonner son arsenal atomique militaire contre une énergie nucléaire à des fins civiles.
Novembre 2005 : Pyongyang exige l’abandon des sanctions financières américaines contre des sociétés accusées de financer l’armement atomique, avant de reprendre les discussions à six.
Juillet 2006 : tir raté de sept missiles nord-coréens dont un à longue portée Taepodong-2, susceptible d’atteindre l’Alaska et la côte ouest des États-Unis, ce qui suscite l’adoption à l’unanimité du Conseil de Sécurité des Nations unies (c.à.d. y compris la Chine et la Russie) de mesures contraignantes.
Octobre 2006 : Pyongyang procède à son premier essai nucléaire. En conséquence, le Conseil de Sécurité de l’ONU vote des sanctions économiques et commerciales à l’encontre de la Corée du Nord.
Décembre 2006 : reprise des pourparlers à six.
Février 2007 : le mardi 13 février, les Six rendent public le contenu d’un accord portant sur le « gel » du programme nucléaire nord-coréen.
Désormais, les questions vont bon train. L’accord conclu entre Pyongyang et « le reste du monde » est-il une victoire pour un régime qui, en entamant ses essais, serait parvenu à se « sanctuariser » et à contraindre ses voisins chinois et russes et ses adversaires sud-coréens, japonais et américains de parvenir rapidement à un accord problématique pour ce qui concerne les droits humains ? Qui plus est, officiellement en tout cas, le régime nord-coréen n’a pas encore fait savoir s’il comptait renoncer à son arsenal nucléaire, et à partir de quand.
Ou, au contraire, cet accord est-il le fruit des sanctions économiques et financières imposées conjointement par la Chine et les États-Unis ?
Certains analystes [1] considèrent que les dirigeants nord-coréens, « en procédant à un essai nucléaire dans des montagnes proches de la frontière chinoise, ont commis une erreur stratégique. Les Chinois, qui ont passé les soixante dernières années à protéger la dynastie Kim, ont réagi en lui coupant leur aide militaire et en coopérant avec Washington pour sanctionner les banques qui financent le mode de vie fastueux du dirigeant nord-coréen. »

Si c’est le cas, nombreux sont ceux qui estiment néanmoins que « la communauté internationale » n’est pas au bout de ses peines. La récente suspension du dialogue Pyongyang pour cause de différend financier et de manœuvres conjointes américano-sud-coréennes semblent attester que le plus dur reste à venir : négocier une ouverture de ses frontières et de ses sites nucléaires avec le régime le plus fermé et le plus paranoïaque du monde.

Pascal Fenaux

Sans votre aide, nous ne pouvons rien. Faites un don. Maintenant!

Notes

[1] David Sanger, « Outside Pressures Broke Korean Deadlock », The New York Times, 14 février 2007.

Répondre à cet article

Focus

e-Boutique

A l'agenda

CORÉE DU NORD - NUCLÉAIRE, UN ACCORD À QUI PERD GAGNE ?

« mai 2012 »
L M M J V S D
30 1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31 1 2 3
 

Mots-clés

Pays par pays