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COLOMBIE - DIRE NON À L’OUBLI

lundi 5 mars 2007

À la veille du cinquième anniversaire de l’enlèvement d’Ingrid Betancourt en Colombie, Amnesty International et les Presses Universitaires de Louvain ont présenté un ouvrage destiné à lutter contre l’oubli des personnes emprisonnées ou portées disparues.

Le livre Dire non à l’oubli. Autour d’Aung San Suu Kyi et Ingrid Betancourt rend hommage au combat démocratique de deux femmes d’exception. De nombreuses personnalités prennent position et adhèrent. L’ouvrage est à la fois un recueil de témoignages et de déclarations. Des illustrations des œuvres de Braque et de Chagall, provenant du Musée de Louvain-la-Neuve, accompagnent des textes poignants. Le coordinateur de l’ouvrage, Matthieu de Nanteuil, professeur au département de Sciences politiques et sociales de l’UCL, explique la genèse du projet : « Le livre est une trace. Une trace parce que c’est une manière de garder un souvenir durable et de l’inscrire dans des mots et des illustrations de ce qui a été deux moments exceptionnels de qualités, de profondeur, de colère et également d’espoir lors de rencontres et de soirées de soutien à Louvain-la-Neuve et à l’Université de Liège. Nous avons voulu rendre un hommage au courage dans ce que l’on peut appeler l’entêtement démocratique d’Aung San Suu Kyi assignée à résidence depuis 1989 – moyennant deux périodes de relâche qui expliquent que les années sont plus difficiles à compter dans son cas – et d’Ingrid Betancourt qui depuis cinq années est séquestrée dans les conditions que l’on sait. Un hommage d’abord au courage et à l’entêtement de ces deux femmes et à travers elles, de tous ceux qui dans chacun des deux pays soit partagent cette situation de séquestrés, de prisonniers politiques, de disparus et d’assassinés, soit tous ceux qui se battent au quotidien souvent dans l’oubli et l’indifférence ».

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Jacqueline Aubenas (g), mère de la journaliste Florence Aubenas (otage en Irak de janvier à juin 2005), et Fabienne Nérac (d), épouse du cameraman Frédéric Nérac, « disparu » près de Bassora en mars 2003. © Bruno Brioni



Des écrivains belges et français ont prêté leur plume pour s’associer à ce combat contre l’oubli. L’écrivaine et poétesse Andrée Chédid ouvre le bal par ces mots : « Je ne crois plus aux naufrages. Quelque part existe le visage de notre terre. Qui nous dira son nom ? » De très beaux textes de Xavier Deutsch, Philippe Besson, Rose-Marie François, Nadine Fabry… rencontrent des textes plus informatifs qui permettent de mettre en perspective les situations politiques en Birmanie et en Colombie. Sans oublier de mentionner une liste des prisonniers politiques, incarcérés ou retenus en otage dans ces deux pays.

Jacqueline Aubenas et Fabienne Nérac, présentes lors du lancement du livre, ont participé également à l’ouvrage en proposant des textes pleins d’émotions et de justesse. « Des témoins qui reviennent du chagrin et témoignent avec courage de leurs épreuves », souligne Matthieu de Nanteuil. Le livre est un appel, un cri qui n’admet ni n’accepte que l’on s’oppose au combat démocratique. « Il faut insister sur un point qui me paraît très important. Aujourd’hui il y a deux femmes au destin d’exception… mais derrière ces deux femmes, à côté de ces deux femmes, de nombreuses personnes luttent au quotidien pour les droits de l’homme. Ils n’en font pas une abstraction mais une réalité tangible. Dans ce livre figurent quelques noms de femmes birmanes et colombiennes. A travers elles nous avons voulu insister sur l’importance et l’universalité de ce combat. Il faut insister aussi sur le fait que ce combat n’est pas nouveau. C’est pour cela que l’on retrouve dans ce livre des citations d’anciens dissidents tels que Vaclav Havel et Jan Patocka. Des figures qui ont marqué l’histoire de la dissidence et de la défense des droits humains à l’époque de la guerre froide », précise Matthieu de Nanteuil.

Le livre démarre justement sur une citation de Vaclav Havel, celui qui fut un des personnages clés de la Révolution de Velours de 1989 en Tchécoslovaquie : « Ne pas prendre la défense de la liberté des autres revient à renoncer volontairement à sa propre liberté ». Et les derniers mots du texte de Jacqueline Aubenas résonnent encore… « Ne jamais admettre ».

Bruno Brioni

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