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ISRAËL/PALESTINE - L’HISTOIRE DES MANUELS

jeudi 1er février 2007, par Pascal Fenaux

Le conflit entre Israéliens et Palestiniens est avant tout celui de deux histoires. Ou plutôt de deux mémoires. Des mémoires spontanées. Mais aussi des mémoires institutionnelles, enseignées.

Le 13 septembre 1993, l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) et l’État d’Israël signaient à Washington une Declaration of Principles (DOP) négociée quelques mois auparavant en Norvège. Ces principes étaient censés guider les négociations à venir sur le statut des territoires occupés depuis 1967 et la façon de résoudre un conflit centenaire, les peuples juif israélien et arabe palestinien « se disputant une même terre », comme le veut la formule consacrée.

Un des principes contenus dans la DOP consistait à promouvoir et financer des coopérations entre les Israéliens et les Palestiniens, entre autres par le biais de programmes d’éducation à la paix. Ces derniers principes se heurtent néanmoins à une réalité très prosaïque où la façon de lire l’histoire des Israéliens s’oppose diamétralement à celle des Palestiniens, et inversement. Et pour cause : chacune des deux sociétés, majoritairement, a longtemps considéré que sa survie passait par la négation de l’autre et que la reconnaissance des droits de l’une signifiait l’illégitimité des droits de l’autre. Bref, chez les Israéliens et les Palestiniens, plus que partout ailleurs, l’histoire est une arme de guerre avant d’être une tentative – partielle – de lire le monde.

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Cartes climatique (g.) et démographique (d.) extraites d’un manuel scolaire jordanien distribué aux écoliers palestiniens jusqu’en 1996. Fidèle au mythe « grand-palestinien » de la dynastie hachémite, le royaume de Jordanie y englobe les territoires palestiniens (perdus en 1967) et… Israël, sans les nommer. © Al watan al arabi wal alam, Amman, 1986.

Côté palestinien, jusqu’en 1994, les manuels scolaires étaient d’origine égyptienne ou jordanienne, de qualité médiocre, truffés d’élisions voire d’allusions désobligeantes envers l’ennemi israélien. Considéré comme illégitime, anachronique, colonial, voire ségrégationniste et « raciste » en dépit de la légalité onusienne, l’État d’Israël n’était en général pas nommé autrement que comme « Palestine occupée » ou « entité sioniste », lorsqu’il était nommé. Idem pour les cartes accompagnant ces manuels d’histoire. La réticence à reconnaître l’Autre était d’autant plus prégnante que la majorité des enfants et des adolescents palestiniens scolarisés en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza étaient des réfugiés issus de villes et de villages recouverts par l’État d’Israël lors de sa création en 1948. Une réticence simplement exprimée par la difficulté à tracer la « Ligne Verte », la ligne qui séparait, de 1948 à 1967, le territoire israélien des territoires de Cisjordanie et de Gaza.

En 1994, une Autorité palestinienne (AP) a été établie sur une petite partie des territoires occupés que venait d’évacuer le gouvernement militaire israélien (GM). L’AP étant devenue compétente en matière d’éducation en lieu et place du GM, une des premières choses à laquelle elle s’attela, ce fut la production de programmes scolaires spécifiquement palestiniens rencontrant peu ou prou la nécessité de reconnaître l’Autre tout en sortant de décennies de négation de soi-même. Cette production s’est avérée fastidieuse, lente et, in fine, handicapée par la reprise en 2000 de la confrontation entre Israël et les Palestiniens.

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Démographies juive et non juive en 1996 (g.) et en 1947 (d.). Cartes extraites d’un atlas universitaire israélien édité en 1999. Fidèle au mythe sioniste, l’État d’Israël y englobe les territoires palestiniens (conquis en 1967) et la province syrienne de Quneitra (Golan), sans les nommer. © Atlas universitaï hadash, Tel-Aviv, 1999.

Côté israélien, jusqu’à la moitié des années nonante, les manuels scolaires étaient tout entiers orientés vers la légitimation d’un État juif contesté par son environnement arabe en général et par les Palestiniens en particulier. Le fait arabe palestinien y était nié, tout comme des siècles d’histoire de Palestine, pour se concentrer sur les racines antiques d’Israël, les persécutions, le génocide juif de 39-45 et les réalisations du mouvement sioniste. La Palestine et les Palestiniens étaient niés ou tout simplement « ensevelis » sous la nouvelle toponymie issue des transferts de population de 1948, voire sous une géographie biblique qui, par exemple, nomme la région de Gaza « Plaine de Philistie » et la Cisjordanie « Judée et Samarie ».

Ici aussi, le lent travail de réécriture a été lourdement handicapé par le retour à la violence entre Israéliens et Palestiniens, en témoigne la violente polémique encore récemment déclenchée par le souhait de la ministre israélienne de l’Éducation, Yuli Tamir, de redessiner la « Ligne Verte » dans les manuels scolaires israéliens. Il faut dire que, après 40 ans d’occupation, le système scolaire a accouché d’une population dont 70 % des moins de trente ans sont incapables de distinguer Israël des territoires qu’il occupe.

En 2003, cette double négation – israélienne et palestinienne – a amené deux collectifs d’universitaires réunis au sein du Peace Research Institute in the Middle East à produire un essai, non pas d’histoire commune, mais d’histoires parallèles. Cet essai est paru en français en 2004 aux éditions Liana Levi, sous le titre Histoire de l’autre.

Pascal Fenaux

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