Au niveau des signaux négatifs ou à tout le moins décevants, le Conseil des Droits humains pour les Nations unies, mis laborieusement sur pied en mars 2006 et censé en finir avec les insuffisances partisanes de la Commission des Droits de l’Homme, s’est avéré incapable de se mettre d’accord sur des mesures concrètes, même pour quelques-unes des situations les plus urgentes en matière de droits humains. Les marchandages typiques de la Commission se sont hélas à nouveau manifestés à l’été 2006, au plus fort du conflit du Liban. Ainsi, si le Conseil des Droits humains a fort logiquement demandé une enquête sur les actions de l’armée israélienne, il a refusé de faire de même concernant les opérations menées par le Hezbollah.

- Des soldats de l’armée régulière soudanaise à l’entrée d’un village attaqué par des miliciens Janjawid, bombardé par l’aviation de Khartoum et abandonné par ses habitants. Hashaba, Darfour, juin 2006. © AFP / Charles Onians
Malgré la guerre civile qui fait rage dans le Darfour, le Conseil s’est révélé totalement impuissant, tandis que la Cour pénale internationale (CPI) peine à instruire les crimes commis ces dernières années. On estime aujourd’hui à 200000 le nombre de Soudanais tués depuis l’éclatement d’un conflit qui a par ailleurs provoqué l’exode de près de 2 millions de personnes, soumis tout particulièrement les femmes aux abus et réduit 3,5 millions de personnes à dépendre de l’aide internationale. Pour rappeler aux opinions publiques et au monde politique l’urgence d’une intervention, un collectif d’organisations, parmi lesquelles Amnesty International, a décrété le 17 septembre Day For Darfour. Début novembre, Washington a néanmoins annoncé qu’il n’était pas question de déployer des soldats américains au Darfour, ce qui n’a fait que conforter dans leur attentisme les autres poids lourds de la communauté internationale.
Autre point noir, l’Irak. Longtemps attendu par les victimes (et leurs proches), le procès des poids lourds du régime baasiste renversé en mars 2003 aurait dû établir leurs responsabilités pour les violations massives des droits humains sous leur autorité. Or, le procès a tourné à une parodie de justice, entachée de graves irrégularités. Et la condamnation à mort de l’ancien président Saddam Hussein, outre qu’elle se heurte au combat contre la peine capitale, semble davantage répondre à un désir de vengeance que de justice, tout en empêchant l’instruction d’autres crimes de masse quantitativement plus terribles encore, comme les massacres des Kurdes et des Arabes chiites entre 1986 et 1991.
Ceci dit, la lutte contre l’impunité et pour la justice internationale a enregistré quelques succès. D’une part, malgré la disparition de certains inculpés, comme l’ancien président serbe Slobodan Milosevic, l’instruction par le TPIY de La Haye des crimes de guerre et contre l’humanité commis durant toutes les guerres de l’ex-Yougoslavie se poursuit.
D’autre part, l’ancien président tchadien Hissène Habré a été arrêté au Sénégal. Après quatre années d’instruction, un mandat d’arrêt international avait été émis en septembre 2005 par la Belgique contre Hissène Habré pour crimes contre l’humanité, crimes de guerre et torture. Répondant à une demande de l’Assemblée de l’Union africaine, le Sénégal a refusé cette demande d’extradition mais a néanmoins décidé de juger Hissène Habré sur son territoire.
P. F.




