Les stades de football, miroir de nos sociétés ? En voilà une sentence qu’elle est bateau ! Et pourtant. Dans une actualité de fin novembre routinièrement dominée par des attentats massifs et crapuleux (Irak, Sri Lanka), par la campagne présidentielle française, par la victoire du Parti démocrate aux législatives de mid terms ou, en Belgique, par une restructuration économique violente (VW Forest), des événements scandaleux touchant au monde du football ont failli passer – relativement – inaperçus.
Ce vendredi 24 novembre, lors d’un match opposant, à Anvers, le Standard de Liège au Germinal Beerschot d’Anvers (GBA), les attaquants d’origine africaine du club liégeois se sont, 90 minutes durant, fait accueillir devant les filets adverses par des cris de singes couinés métronomiquement par une partie des supporteurs du club anversois. « Certes, objecteront les béats, tout ça n’est pas très reluisant mais réjouissons-nous tout de même que ces débordements inqualifiables ne se traduisent plus par de la violence physique dans le stade ou dans la ville lors de la troisième mi-temps. »
On aimerait partager ce fatalisme résigné mais vaguement optimiste. Car, la veille de ces incidents, Paris a été le théâtre d’événements bien plus révoltants et qui se sont terminés par une mort d’homme. Lors d’un match opposant le Paris-Saint-Germain à l’Hapoël Tel-Aviv, les supporteurs du club israélien ont été agressés verbalement (« sales juifs ») puis physiquement par des supporteurs tendance BBR (Bleu-Blanc-Rouge), ces derniers étant vite rejoints, hors du stade, par des supporteurs BBB (Blacks- Blancs-Beurs) auxquels ils s’opposent d’habitude. Pendant ce temps, certains BBR faisaient le pied de grue à la sortie du Parc des Princes pour « filtrer », par la provoc ou par la fouille, les supporteurs juifs ou supposés tels du club israélien. Cette orgie de connerie s’est terminée par une chasse à l’homme et un coup de feu mortel tiré par un policier français (et antillais) pour protéger un supporter français (et juif) du club de Tel-Aviv. Comme l’explique à Libération un ultra anonyme, « on n’était pas là pour ratonner du feuj. Mais c’est vrai qu’il y a un vieux fond chez certains supporteurs, à la fois à cause de l’extrême droite et de la cause palestinienne… »
Alors, qu’en conclure ? Que les stades de football sont les derniers refuges de décervelés en mal d’exutoires et d’ennemis désignés ? Non. Ce serait trop simple et sans doute insultant pour les vrais mordus du ballon rond. Mais, quand la sécurité d’un simple supporteur sportif n’est plus assurée pour cause de délit de faciès ou de communauté, on est en droit de crier au loup.
Pascal Fenaux





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